L’espérance Macadam – Gisèle Pineau – 2006

Quatrième de couverture

Tout ça, c’était savane… Et là, il y avait des cases où roulaient des existence en chien qu’on serrait sous la tôle et  la  planche. Des bougresses qui comptaient plus leur marmaille. Sitôt laissée l’école, elles devenaient femelles, savantes en vices. Robes relevées, assurées que bondas et tétés allaient les délivrer de la misère, elles riaient. Mais, au bout d’un petit moment, égarées, tournées-virées par le roulis de la vie, elles étaient brisées sans le savoir. Et la ronde des ventres-calebasses commençait. Quand elles cherchaient la paix, qu’elles voulaient plus voir le portrait d’un homme, y avait déjà quatre-cinq enfants dans leurs pieds. Ventres et cartables vides. Patience des misérables et mâchoires contractées au guichet des Allocations Familiales.

Chronique

Après un évènement grave, c’est toujours le moment de faire un retour sur sa vie. Après le passage d’un cyclone destructeur, Eliette se remémore son passé. Tous les moments forts, douloureux de son existence. Toute la vie de son quartier. Elle laisse vagabonder ses souvenirs et nous fait découvrir son monde. Ses voisins.

L’espérance macadam nous fait entrer dans l’univers des compagnons d’infortune, de misère d’Eliette. Avec des mots fleuris, cueillis dans le créole, Cette dame nous raconte la déveine qui colle au corps des habitants de la ravine. Une vie colorée de misère, de crimes, de bons sentiments terrassés par la souffrance, la peur, la douleur. Une vie de déveine. Une vie scélérate et sans pitié.

Les mots sont terriblement beaux. D’une beauté enveloppée dans cette langue des gens antan lontan (autrefois). Un langage coloré et riche à souhait d’éclats de rire, de bribes de souffrance. Riche d’une vie scélérate. Les pages se tournent avec plaisir. Nous suivons Eliette dans ses souvenirs hachés, débridés qui nous font revivre le passé de chaque habitant. Des malheurs qui les frappent au petit bonheur la chance. Des moments où la douceur est éphémère. Où le bonheur est un rêve éternellement poursuivi.

L’espérance macadam nous emmène à la rencontre d’un peuple plein d’espoir bien que la misère soit quotidienne. Un peuple qui sait se réjouir de petits bonheurs arrachés à la dureté de la vie. Un peuple qui sait sourire et rire de ses coups du sort et y puiser la force pour continuer à espérer. Pour continuer à faire face au malheur. Pour rester bien droit dans ses bottes face à cette vie sans espoir. Une vie dont le futur se projette fatalement dans l’espérance macadam.

Note 18/20

9782911207549   HC Editions   200 p.   18,50€

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