La ronde des derniers Maîtres du Bèlè – Jean-Marc Terrine – 2015

Quatrième de couverture

Les anthropologues, les ethnologues, les musicologues, ont parlé d’eux, les gens du Bèlè. Un art des mornes autour du chant, de la danse et du tambour, pratiqué par des paysans dans les campagnes de Bezaudin, de Pérou et de Reculée, au Nord de la Martinique, dans la commune de Sainte-Marie. Une expression diabolisée depuis la nuit des temps, qui a survécu tant bien que mal depuis l’esclavage. Les rencontres Bèlè se multiplient depuis les années 1980; les Martiniquais renouent peu à peu avec un grand mouvement culturel qui fut longtemps marginalisé. L’univers du Bèlè a enfin gagné ses lettres de noblesse; on ne parle plus d’art archaïque, ni de « mœurs de vieux nègres ». Les artistes, les Maîtres du Bèlè, sont malgré tout restés dans l’ombre à ce jour. Les derniers chanteurs, danseurs, joueurs de tambour sont peu nombreux, ils sont issus d’une longue tradition initiatique. Leurs parcours, leurs danses, leurs styles, leurs expressions, ils n’en ont jamais parlé. On ne leur en a jamais donné l’occasion.

Chronique

La traite des esclaves n’est plus un mystère pour grand monde. Avec eux, les hommes ont emporté sur leurs terres lointaines leurs coutumes, leurs traditions. Elles se sont adaptées à leur nouvelle vie pour créer de nouvelles traditions. Le Bèlè en fait partie et des maîtres de cette musique ont émergé de cette culture musicale.

La ronde des derniers Maîtres du Bèlè nous introduit dans le monde des esprits par le biais de cette musique, de cette danse spécifique qui l’accompagne et nous fait flirter avec le monde de l’invisible. Cet art est longtemps tombé en désuétude. Connu de quelques initiés qui, peu à peu, emportaient leur savoir dans leur dernière demeure. Dans l’indifférence générale. Il fut une époque où cette musique animait les soirées. Aujourd’hui,  rares sont les maîtres du tambour, les maîtres de la parole. Nous découvrons, ainsi, les derniers seigneurs de cet art. Plutôt de ceux qui acceptent de parler  de leur art. Certains, blessés par les rejets ou les détournements de leur parole, sont devenus méfiants. Trop méfiants. Ils ont refusé de parler de cette musique dont la danse apprend la vie, les coups du sort et la résilience à toute épreuve, tels le Kalenda, danse des esclaves, le ladja qui accompagnait les combats.

La ronde des derniers Maîtres du Bèlè est une poésie. C’est une ode à la tradition. C’est une remise en question de cette société moderne qui met à bas certaines traditions afin de mieux avancer. C’est aussi un appel à la sauvegarde de richesses culturelles qui tombent dans l’oubli, volontairement ou non. C’est un appel à la protection d’un art en voie de disparition. C’est une vie spécifique qui n’est plus. Des bibliothèques ont brûlé et l’art est tombé en désuétude car trop de rapport avec les ancêtres venus d’au-delà des mers. Cependant, ils sont devenus si peu nombreux, ces artistes, rendus muets par l’indifférence générale. Tous ces hommes et ces femmes sont dépositaires d’un savoir. Mais ils sont trop peu nombreux pour entamer la ronde des derniers Maîtres du Bèlè.

Note 19/20

9782357202610   HC Editions    165 p.     14,50€

 

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