Dialogue avec mon grand-père – Alseny GaliManguè Soumah

Quatrième de couverture

L’auteur nous emmène en voyage au croisement des cultures africaine et occidentale. Inspiré par les sages métaphores de son grand-père, il déroule le fil de ses interrogations, de sa propre quête d’identité et expose ses réflexions sur le monde qui nous entoure. Dans une approche très humaniste et presque poétique, il met en lumière un dialogue entre les cultures, valorise les différences qui font leur force et leur complémentarité: un petit pas pour l’homme, nécessaire à franchir, vers la tolérance.

Mon avis

« La sculpture de mon adolescence s’est formée entre la forêt sacrée à travers les rites initiatiques et « l’école des Blancs«  par la force de conviction de nos enseignants« . Voilà des mots qui résument bien Dialogue avec mon grand-père. Un livre qui raconte la vie de l’auteur à travers les leçons de vie de son aïeul, de sa culture soussou et son adaptation à la vie occidentale.

Pas de complainte sur la colonisation et son cortège de dits et de non-dits. Mais, une invitation à connaître l’Afrique à travers ses proverbes, ses adages, la force des mots des personnes âgées, la philosophie de vie et l’invitation à l’ouverture vers l’autre, vers ce monde connu et si peu connu. Une invitation à ouvrir son esprit  et à prendre le meilleur des deux cultures pour en faire une richesse. Les Editions du Panthéon nous font découvrir de très beaux adages, un très bel échange entre la nouvelle et l’ancienne génération. Une ancienne génération très en avance sur notre époque. Si bienveillante. Les chapitres analysent chaque lien entre l’Afrique et l’Occident. Les mots sont forts et les pensées contemporaines.

Dialogue avec mon grand-père est un parallèle entre deux mondes avec leurs similitudes,  leurs différences. Un parallèle entre deux cultures différentes et similaires. Des paroles d’un homme d’une grande sagesse, d’une si belle tolérance, qui vouent la haine et le racisme à l’échec. Une philosophie africaine si contemporaine de la part d’un vieillard. Un proverbe africain dit que « le vieillard assis voit ce que le jeune ne voit pas debout« . C’est ce qu’illustre Dialogue avec mon grand-père. Dans la beauté des mots. La tendresse du regard posé sur l’autre, cet inconnu qui nous ressemble tant.

Par ailleurs, l’auteur nous invite à réfléchir aux évènements contemporains qui ont émaillé ces dernières années, toujours à travers le discours philosophique du grand-père  et  les réflexions de l’auteur. Des réflexions sobres, intelligentes, intéressantes. Qui nous poussent à regarder le monde d’un oeil neuf. Bienveillant. Dialogue avec mon grand-père est un bel ouvrage qui fait la part belle à la tolérance, à l’ouverture à l’autre. Un très beau livre qui prône le respect, la compréhension, la sagesse.

Ma note 18/20

9782754740260  Editions du Panthéon   275 p.  19,90€

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Violences faites aux femmes – Une anthropologue au Tchad – Joëlle Kerl-Kochanski – 2018

Quatrième de couverture

Pourquoi les violences faites aux femmes au Tchad revêtent-elles une spécificité particulière? Car la nature et la forme des violences exercées contre les femmes sont « spectaculaires » et raffinées parfois dans leur ampleur. Les actes de violence ou de torture commis à l’encontre des femmes et des fillettes Tchadiennes sont peu connus ou mal connus. Elles interrogent en tout cas sur les pratiques toujours en cours au 21ème siècle. Le fonds culturel n’a guère évolué. La criminalisation des actes de cruauté envers les femmes et les fillettes est largement passée sous silence par des communautés enchâssées dans les normes et les tabous. C’est peu dire que les hommes se taisent et la justice ferme les yeux, n’engageant aucune véritable pénalisation de ces violences, en dépit des lois internes au pays. La société toute entière y trouverait-elle son compte? Pourtant la destruction physique et morale des femmes et des fillettes, rétives à une culture qui soumet la femme au pouvoir des hommes, à la tradition et à la religion, porte atteinte très directement à l’avenir d’un pays, à son tissu social et économique.

Mon avis

Lorsque j’ai concouru au Crazy Books Day de Evidence Edition, je souhaitais recevoir cet essai. C’est chose faite. J’en suis très heureuse. La violence faite aux femmes est le mal de notre siècle car, enfin, les langues se délient. Cependant, il existe des endroits où cette violence est endémique, culturelle, au nom de la tradition. Une violence qui n’est pas reconnue comme telle. Ce qui est le cas au Tchad.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, au Tchad, des lois sont votées pour lutter contre ce mal. Cependant, elles sont rarement appliquées. Violences faites aux femmes – Une Anthropologue au Tchad nous entraine dans le quotidien de ces femmes, parfois femmes-enfants, qui se racontent avec humilité, pudeur, franchise, réalisme. Elles font juste état de ces traditions qu’elles subissent au quotidien. Que dire du mariage forcé non seulement dans les faits, mais, parfois voire souvent avec des adolescentes à peine pubères? Comment ces femmes arrivent-elles parfois à réagir face à ces injonctions paternelles? Que dire, que faire, quand la violence répond à la violence? Dans quel désarroi vivent-elles?

Dans violences faites aux femmes – Une Anthropologue au Tchad, Joëlle Kerl-Kochanski nous fait voyager dans un monde de femmes. De fillettes. Blessées. Victimes. Des jeunes femmes dont les rêves d’études, de carrière sont bouleversés à jamais. Enterrés sous le poids des traditions et des exigences masculines. Des témoignages poignants. Des témoignages qui font mal à la féminité. Tout en simplicité. En pudeur. De quoi s’interroger sur l’incidence  ou l’absence d’incidence  sur le rôle de ces femmes dans l’économie de leur pays. L’impact de ces coutumes sur leur rôle économique et social. Ont-elles une réelle existence dans un pays qui tait ce qu’elles subissent? Un pays qui nie cette souffrance physique, psychologique?

Cette violence faite aux femmes tchadiennes est présente à toutes les étapes de leur vie: excision, infibulation, mariage forcé ou précoce, grossesse et accouchement précoce, violences pendant l’accouchement, viols non punis. Un mariage est sensé être le plus beau jour dans une vie. Eh bien, ce n’est pas le cas pour toutes les femmes. Imaginez-vous découvrir votre époux le jour de votre mariage. Quelle détresse pour ces petites filles, ces femmes face à un vieillard! Quel désespoir! Que dire des violences conjugales! Le taux de mortalité est très élevé, dans l’indifférence générale. Pourquoi tant d’impunité envers les auteurs? Pourquoi les lois ne sont-elles pas appliquées? Des questions qui laissent songeur.

Les faits sont présentés simplement. Les lois sont présentées dans chaque chapitre. Violences faites aux femmes – une anthropologue au Tchad est un essai qui ne laisse pas indifférent. Une fois refermé, les questions, les pensées continuent à surgir. Un livre à lire. A conseiller. Un essai fort. Humain, ô combien! Profondément humain. A lire, pour le bien de la condition féminine. Le bien de l’humanité. Pour faire réfléchir l’humain en toute personne. Un chef-d’oeuvre!

Ma note 19/20

9791034807291   307 p.   Evidence Edition  Coll. Electron libre  16€