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Promenade – Marc Le Savetier – 2019

Quatrième de couverture

JULIEN – J’écris leur douleur, son corps sans habit… J’écris ce qu’ils disent… Mais j’ai peur de cette écriture-là. J’ai peur qu’elle ne soit que leur propre prison… C’est comme ces images qu’ils regardent sans cesse. La douleur, ça prend tout le regard!… Quand on m’a demandé de venir, j’avais peur d’y aller… Je suis venu…

Ils n’ont pas péri dans l’attentat, mais ils ne sont que des ombres. Meurtris dans leur chair, anéantis, ils racontent l’horreur en boucle sans pouvoir l’exorciser. Patiemment, Julien les écoute, arrêtant leur récit intarissable sur les quelques mots vivants qu’il leur reste. Alors, ils se raccrochent à leur propre histoire, retrouvent leur existence, leur être, leurs espérances, un élan de résilience…

Chronique

« L’horreur ne s’écrit pas et ne se parle jamais tout à fait, c’est une illusion de le croire » dit l’auteur dans sa préface. Cependant, quand on a vécu l’horreur, l’écriture et la parole deviennent une nécessité pour soigner cette meurtrissure qui peine à se refermer. Comment raconter? Comment témoigner? Quels mots utiliser? Peut-on raconter?

Promenade est une pièce de théâtre qui raconte un certain quatorze juillet, un feu d’artifice comme tant d’autres avant. Un jour qui ne sera plus jamais comme les autres. Une nuit de fête cauchemardesque. Pourquoi certains sont-ils partis? Pourquoi d’autres ont-ils survécu? Des questions que se posent les témoins obnubilés par la présence des absents. Des témoins obnubilés par leur bruyant silence. Nous découvrons des personnes hébétées qui découvrent une scène de guerre. Des personnes qui découvrent un carnage sans nom. Ce sont des personnes terrorisées qui tentent de retrouver leur esprit pour comprendre l’incompréhensible. Comment une fête familiale a t-elle pu virer au cauchemar?

Promenade, à travers ses personnages, nous fait revivre ces moments que le cerveau a du mal à accepter. Ces moments que le cerveau a du mal à analyser. Chacun se souvient de cet instant où la vie a basculé. De cet instant où la mort s’est invitée. Instants que le cerveau enregistre et efface infiniment tel un ordinateur qui bug et peine à s’éteindre. Chacun regrette un geste, un regard, un état d’âme. Des regrets vecteurs d’une souffrance sans nom. Des regrets vecteurs d’un deuil quasi impossible. Promenade, une pièce de théâtre qui appelle à la tolérance, à la résilience, malgré cette nuit d’horreur sur la Promenade.

Note 18/20

9782343174952   Editions L’Harmattan    Collection En Scène    60 p.   10€

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Mickey Mouse Project -Frédéric Feliciano-Giret – 2019

Quatrième de couverture

Patrick perd une amie dans un attentat à la bombe en Inde en 2010. Après des années d’enquête, la police indienne n’a pas identifié les coupables.  Patrick revient sur les faits des années plus tard  avec l’espoir que la lumière soit faite sur le meurtre de son amie. Contraint à faire face à un imbroglio surprenant où se mêlent services secrets américains et terrorisme islamiste. Patrick arrivera t-il à ses fins?  Mickey Mouse project était le véritable nom de code utilisé par David Headley dans ses communications téléphoniques pour parler de ses projets d’attaque sur le territoire indien. Mickey Mouse Project est inspiré de faits et de personnages réels.

Chronique

Les attentats ont secoué la quiétude du monde. Ils ont bouleversé les routines familiales. Ils ont créé des absences pour des personnes pleines de vie. Les attentats ont poussé à se souvenir de l’être aimé et à en parler difficilement au passé. Les attentats… Une plaie dans le tableau social et sociétal. Une plaie aveugle, indigne et monstrueuse qui fait douloureusement supporter la perte de celui ou de celle qui ne sera plus. Une plaie béante qui ôte la vie à ceux qui souhaitaient vivre.

Mickey Mouse Project raconte, à travers les mots de Patrick, les lendemains d’attentat. Les jours tristes où la douleur est muette de stupéfaction. Une douleur lourdement silencieuse. Viscéralement forte. Une douleur faite de cris muets. Une douleur où l’absent est si présent. C’est une pièce de théâtre qui parle des terribles lendemains où les gestes sont si durs. Des lendemains où il faut préparer l’après alors que le présent est si terrible. Pourquoi? Comment vivre sans l’être aimé? Comment ne pas éprouver ce sentiment de culpabilité d’avoir continué sa vie routinière? Comment parler de son amie Nadia au passé alors que les souvenirs sont si vivaces? Si présents? Alors que les souvenirs hurlent l’évidence d’une absence qui met à mal ceux qui restent et qui peinent à faire le deuil?

Mickey Mouse Project, une pièce de théâtre qui raconte une histoire vraie. Une pièce de théâtre qui, malgré la douleur, tire la langue à ces êtres sans cœur qui tuent aveuglément. Qui fait un pied de nez au destructeur, à l’assassin. Malgré le silence assourdissant des autorités indiennes face aux questionnements de Patrick. Malgré la colère de ce dernier et de la famille de Nadia. Des personnes qui tentent de se reconstruire. Des personnes qui font une place à l’absente tout en reprenant une vie pleine de questions sans réponse. Une vie pleine de larmes où la culpabilité est si présente. Culpabilité de ne pas avoir été là. Culpabilité d’être encore en vie. Une vie de résilience après le Mickey Mouse Project.

Note 18/20

9782343177090    Editions l’Harmattan    Collection En Scène    66 p.   10€

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Pitié pour la DRH! – Philippe Lecat – 2019

Quatrième de couverture

A quoi sert la fonction RH dans l’entreprise? Cette question est le fil conducteur de cette pièce. Certains des personnages ont une idée sur la question, d’autres non. Au fil de l’intrigue, le rôle attribué à la fonction RH va changer. La titulaire de la fonction n’est pas systématiquement celle qui l’entend le mieux. La scène commence par le constat d’un meurtre parla patronne de l’entreprise et le responsable de la paie. Pour comprendre ce qu’il s’est passé, ils vont visionner la vidéo surveillance des jours précédents. La patronne et son directeur commercial projettent de racheter une entreprise concurrente. Pour cela, ils débauchent un commercial de ce concurrent et, une fois l’opération réalisée, pensent se débarrasser de lui à moindre frais. Mais, bien sûr, cela ne se passe pas comme prévu. L’action se déroule dans une entreprise de pompes funèbres.

Chronique

Ah, la DRH, nous avons toujours quelque chose à dire à son sujet. En bien ou en mal. Et combien sommes-nous à connaitre réellement son rôle dans l’entreprise? Nous accompagnons Simone dans sa vie professionnelle. Dans une entreprise de pompes funèbres. Qui l’a tuée? Pourquoi?

Nous revenons sur la vie d’une entreprise par le biais de sa DRH. Nous entrons dans les secrets des tractations. Des OPA (Offres Publiques d’Achat). Des mensonges. Des coups bas. Avec un humour caustique, nous faisons la connaissances des personnages auxquels nous pouvons identifier des personnes que nous avons l’habitude de côtoyer. Nous découvrons les aleas de la vie professionnelle d’une DRH. De quoi peut-elle bien s’occuper?  De tout? De rien? De presque tout? De presque rien?

Pitié pour la DRH est une pièce de théâtre pleine d’humour. Les dialogues sont d’une cynisme succulent. Pour le plus grand plaisir du lecteur. Avec les employés, nous sommes curieux de savoir qui a bien pu tuer cette femme si peu aimée. Tant adulée. Cette femme dont tout le monde se servait. Et qui ne servait à rien. A part…. A quoi, au fait? Nous allons à la rencontre d’une femme pétries de bonnes intentions et qui veut faire plaisir à tout le monde. Une femme qui a l’air de savoir quel est son rôle dans une entreprise. Mais qui doute de son rôle dans ce service de pompes funèbres. Tout ce à quoi elle pouvait penser était pitié pour la DRH.

Note 17/20

9782343171968   Ed. L’Harmattan   68 p.    10,50€

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Léandre et Acacia, mariage compromis – Sébastien Bonmarchand – 2019

Quatrième de couverture

C’est le grand soir! Une troupe de collégiens donne la représentation de sa pièce intitulée Léandre et Acacia, mariage compromis. Un an de travail et beaucoup d’efforts. Ils sont dans les coulisses, le stress monte. Leurs parents patientent et leur professeur s’apprête à lancer la soirée. Ils vont jouer (en vers s’il vous plait!) l’histoire antique de Léandre, jeune et peureux prince d’Athènes et de sa fiancée, la belle Acacia. Ils vont présenter la machination d’Emilios, ministre de la Guerre et amoureux en secret d’Acacia…

Mais patatras! Une invitée surprise, venue du fond des âges, fait son apparition sur scène…. Une licorne! Quel rôle va t-elle jouer? Que vont penser les spectateurs de cette intruse un soir si important? Et le traitre Emilios, parviendra t-il à conquérir Acacia?

Chronique

En Grèce, Léandre et Acacia sont impatients de se marier. Se doutent-ils de ce qui se trame autour d’eux? Leur mariage aura t-il finalement lieu? L’amour sera t-il plus fort? Que faire si la guerre est déclarée? Sur qui compter? Léandre, en tant que prince, est appelé à prendre l’épée car il ne peut « laisser le royaume voisin l’insulter ainsi à chacun de ses festins« . Sa bien-aimée le laissera t-elle guerroyer en sachant que c’est un peureux?

Ce qu’il y a de superbe dans Léandre et Acacia, mariage compromis c’est que la scène est très vivante. Cette pièce de théâtre est faite de trois tableaux qui se jouent en même temps et se complètent. En plus des acteurs, le professeur et une licorne interviennent indépendamment l’un de l’autre, à des moments différents, à des époques différentes et, surtout avec la complicité des spectateurs. Tout cela est fait avec beaucoup d’humour. Trois mondes se côtoient: la Grèce antique, notre époque et un monde fantastique. Ces époques se mêlent grâce aux fils rouges: le professeur et la licorne, en toute simplicité et avec beaucoup de succès.  Une excellente idée que d’avoir des fils rouges aussi différents.

Léandre et Acacia, mariage compromis est une pièce de théâtre qui a été jouée par des élèves et leur professeur. Nous ressentons cette énergie, ce trac, cet amusement à travers les mots. A travers les tableaux. Nous naviguons entre la Grèce Antique et notre époque sans en perdre une miette. Léandre fera t-il la fierté de son peuple? Fera t-il la fierté de sa bien-aimée? Que de fous rires. Que de scénettes qui interrogent sur la prise en main de leur destin par les amoureux! Un beau spectacle: Léandre et Acacia, mariage compromis.

Note 17/20

9782343168937   Editions L’Harmattan Collection En scène    76 p.   12€

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Les mots pour se taire – Timothée Guérin – 2019

Quatrième de couverture

Cette pièce raconte les histoires d’un couple qui n’en a pas. Elsa et Marc vivent beaucoup. Ils sont insatiables, enthousiastes, corrosifs. Ils s’aiment sans hésiter et se sollicitent sans relâche. Leur imagination est le garde-fou de la routine, leur énergie l’antidote  de l’ennui. Comme ils se comprennent sans parler, leurs mots sont affranchis de deux tâches ingrates: traduire les pensées et relater le réel. Dès lors, ils créent, provoquent, mentent avec joie, s’entendent, se sous-entendent et taisent à voix haute. Le ton est léger, vif, virevoltant. Et cela pourrait bien cacher quelque chose.

Mon Avis

Un couple. Comme partout. Un humour. Pète-sec. Virulent. A froid. Un échange. Un partage. A demi-mot. A pleine complicité. Un échange sur la vie.  Sur tous les jours. Un humour grinçant. Un regard particulier sur la routine de la vie. Les évènements. Les choix de la vie. Une vie qui se joue au poker. A pile ou face. Au gré des mots. Au gré du temps. Au gré des choix. Une vie pas si routinière.

Les mots pour se taire est une pièce de théâtre où les acteurs se délectent des mots. Peu importe les émotions, du moment que ce couple se comprend à travers l’ironie. Franche. Incisive. Sèche. Jusqu’où peuvent-ils aller? Rien ne laisse indifférent. Au contraire. Tout comme Elsa et Marc, nous nous amusons de ces mots, de ces phrases lancées comme des objets. Des offrandes. Des cadeaux. Des liens. Nous nous amusons de ce couple atypique. Complémentaire. Si aimant. Si amants.

Le discours semble décousu. Cependant, il est clair, limpide. Les mots sont truculents « se faire décapiter par les pieds« . Nous nous régalons et en redemandons. De ces phrases. De ces jeux de mots. Nous comprenons ces amoureux des mots. Ces deux êtres amoureux de la vie. De la fin de vie. C’est une belle histoire d’amour qui, à travers les échanges dithyrambiques, cache ses souffrances. Ses limites. Son destin. Les mots pour  se taire. Pour taire l’absence. Pour taire le mal-être. Les mots pour se taire. Pour ne pas hurler. Sa douleur. Son avenir incertain.

Ma note 18/20

9782343164113   Ed. L’Harmattan   81 p.   12€

https://timothee-guerin.weebly.com/livres.html

 

 

 

 

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Crime de grossesse – Issan Giska Ntsila – 2018

Quatrième de couverture

Wayatima, fille d’un colonel riche et autoritaire, tombe malencontreusement enceinte d’Eloki, celui qu’elle considère comme l’homme de sa vie. Troublé par cette nouvelle et ne sachant comment l’assumer, Eloki trouve refuge chez sa sœur. Mais, quand le père de Wayatima  découvre l’impensable, c’est une horde de militaires qui part à la recherche du responsable de ce « crime de grossesse ».

Mon avis

Wayatima porte l’enfant de son prince charmant. Rêve ou cauchemar? Comment l’annoncer à sa famille? Surtout à son père. Crime de grossesse est une pièce de théâtre qui décortique cette situation et démontre le mécanisme qui se met en place dès l’annonce de la grossesse hors mariage. Il se lit rapidement et l’écriture est fluide.

En Afrique, dans certaines cultures, les grossesses hors mariage sont un problème sociétal. Surtout pour les jeunes femmes. C’est un grand moment de solitude pour ces dernières qui sont souvent abandonnées par le père de l’enfant. Par leur famille. Elles sont vouées à la colère parentale et rejetées par la société. Elles doivent faire face à la stigmatisation: réputations bafouée. Abandonnées de tous et jetées à la rue.

Crime de grossesse est une pièce de théâtre qui se lit d’une traite. L’humour est présent malgré le sérieux du thème abordé. Très fin. Les personnages sont caricaturaux à souhait. Cependant, certains comme la mère paraissent lisses. Les sentiments ne sont pas très approfondis. Ce qui n’empêche pas à la pièce de théâtre d’être truculente. Ce sujet très actuel aurait pu être approfondi. Cependant, l’essentiel est présent.

Dès le départ, nous sommes pris dans cette trame et souffrons avec Wayatima. Nous comprenons sa détresse. Les mots nous enserrent dans cette angoisse légitime de cette jeune femme. Crime de grossesse démontre que le fait d’attendre un enfant n’est pas forcément un très bel évènement dans certaines cultures. C’est une pièce de théâtre qui fait réfléchir. Profondément.

Note 16/20

9782754740302   Edition du Panthéon   115 p.   12,90€

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TAPKAL le royaumes des nuages – Isabelle Hoarau-Joly – 2018

Quatrième de couverture

Tragédie créole mettant en scène les derniers esclaves marrons réfugiés au pied du Grand Bénare dans le cirque de Cilaos, du temps de l’île Bourbon. Ode à la liberté, cette pièce de théâtre est aussi le cri du cœur  d’une auteure engagée à défendre les droits des femmes réunionnaises et dénoncer les violences commises envers elles encore aujourd’hui.

Mon avis

tapkal résumLEnfin un livre écrit, AUSSI pour les dyslexique. Cela fait du bien. Du théâtre. Des chants. De la poésie. Ensemble. Pour une même histoire. Pour un même retour à l’histoire. L’histoire des marrons, esclaves réfugiés dans les hauteurs de Cilaos (île de la Réunion): le peuple des nuages. Zahira s’apprête pour la fête de la moisson, sans savoir que sa vie va basculer. N’ayant pas connu l’esclavage, elle doit faire face à son destin. Se battre pour gagner sa liberté en tant que femme. Le destin de toutes les femmes réunionnaises car « la paix suffit rarement au bonheur de l’homme« . Mais, Sangamore, la laissera t-il faire, lui qui pense que « les femmes ont besoin d’être dominées« . Cet homme n’a pas compris « qu’une femme se séduit, se charme et ne se contraint pas« . Quel sera le destin de cet amour à sens unique? Vivra t-il ou sera t-il voué au néant?

Le destin des femmes réunionnaises sera t-il celui de Zahira, princesse des nuages? Cestapkal femmes succomberont-elles toujours sous le joug d’un homme « dominateur, car méprisant la femme, refusant de quérir son cœur« ? Les réunionnais subiront-ils le même sort que Sangamore, amoureux transi? Ils semblent avoir oublié que « l’amour se mérite, il se noue pas à pas« . La quête de liberté des femmes, en général, est-elle « en avance sur notre temps« ?

Tapkal le royaume des nuages est une délicieuse pièce de théâtre qui nous régale à chaque mot, à chaque scène. Une pièce  qui se lit d’une traite. Superbe de force, de message pour la condition féminine. Tapkal le royaume des nuages  fait réfléchir à la capacité qu’a l’Humain à se battre pour ses idées. Cependant, face à l’inéluctable, saura t-il faire le bon choix? L’avenir des réunionnaises en dépend. Leur vie aussi.

 Ma note 17/20

9791092429169   Editions du 20 décembre  77p. 12€