Le temps des râteaux – Hervé Mestron – 2018

Quatrième de couverture

Edouard, boutonneux, en mal de filles, est accroc  aux jeux vidéo. Obéissant au médecin qui lui prescrit de la marche à pied, Edouard va accepter un job de promeneur de chiens. C’est ainsi qu’il rencontre Princesse Butterfly, un Yorkshire du sixième arrondissement, avec qui il va tisser une relation particulière. En effet, le chien lit dans ses pensées comme lui-même lit dans les pensées du cien. Et peu à peu, l’animal va le coacher et lui expliquer comment s’y prendre en amour. D’abord réticent,  voire mal à l’aise à l’idée d’écouter les conseils d’un clebs, Edouard va finir par jouer le jeu et affiner sa technique d’approche auprès de Nicoline, une copine de classe dont il est secrètement amoureux. Mais, si les premiers résultats sont prometteurs, la suite l’est nettement moins.

Chronique

Comment vivent les adolescents? Que pensent les ados du monde entier, qu’ils soient boutonneux ou non? Edouard en est un. Il a une vie routinière. Il traine son ennui, son addiction aux jeux vidéos ainsi que ses guêtres à travers son quotidien. Jusqu’au jour où sa mère l’emmène  ou plutôt, le traine chez le médecin. Et sa vie bascule. Peut-être pour toujours.

Le temps des râteaux, avec beaucoup d’humour nous entraine dans « l’enfer’ de ce jeune homme. Dans l’aventure de sa vie. Une vie qu’il partage avec une mère en pleine crise d’adulte ou d’adolescence, au choix. Edouard jette une regard tendre, filial, presque paternel sur cette femme qui lui a donné la vie et qui semble vouloir la lui reprendre. Avec de nombreux sourires, rires, éclats de rires, l’aventure tragi-comique de cet adolescent boutonneux nous emporte dans un monde transcendental. Un monde où les choses lui échappent, lui jouent des tours pendables.  Comment expliquer que la chienne qu’il promène lui parle? Que fera sa mère s’il lui disait que Princesse Butterfly s’immisçait dans sa vie sentimentale et qu’ils discutaient beaucoup lors de leurs promenades?

Le temps des râteaux parle de renaissance plus ou moins attendue. Renaissance d’un adolescent qui prend enfin conscience de ce qui l’entoure. Qui prend conscience du chien qu’il promène et de leur symbiose. De leurs discussions. Un adolescent qui, enfin, prend conscience de l’Autre au point de presque faire l’impasse sur ses questions existentielles face à celui du Yorkshire qui le conseille si bien. Le début d’une grande histoire?

Note 17/20

9782848591773   Editions Zinedi   137 p.   14,90€

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L’innocence oubliée – Véronique Videau-Martinez – 2018

Quatrième de couverture

Emma n’est pas une petite fille comme les autres. Diagnostiquée EIP à l’âge de six ans, elle va avoir du mal à trouver sa place dans un monde où élèves et enseignants ne lui feront aucun cadeau. Posséder un haut potentiel intellectuel: don ou handicap? La question mérite d’être posée. Harcèlement et humiliations diverses vont jalonner son parcours sans oublier des drames qui la marqueront à tout jamais. Elle pourra compter sur l’amour inconditionnel de certaines personnes pour surmonter beaucoup d’épreuves mais pour combien de temps?

Mon avis

Oh mazette! Des mots qui expriment bien mal ce que j’ai ressenti à la lecture de l’innocence oubliée. Ce sujet me touche profondément car durant mes années de collège, j’ai été une victime comme tant d’autres. Parce que j’étais la plus jeune. Parce que j’avais de bonnes notes dans certaines matières. Je n’en ai jamais parlé. Mais, je m’en suis sortie. Contrairement à beaucoup de victimes. L’innocence oubliée est un roman de toute beauté. Tout en émotion. Une famille comme toutes les autres. Une petite fille différente des autres. Des parents désemparés par le regard, les réactions des autres. Que se passe t-il réellement? Emma semble d’une grande maturité pour son âge. Pourquoi les adultes ne le comprennent-ils pas? Pourquoi est-elle stigmatisée à l’école? Pourquoi est-elle toujours l’objet de punition? Le bouc émissaire ?

L’innocence oubliée est un roman qui nous interpelle. Doucement. Fortement. Sur le harcèlement en milieu scolaire. Sur la stigmatisation de la différence. Sur cette violence en vase clos qui ne dit pas son nom. Violences souvent ignorées des adultes. Du personnel enseignant. Pourquoi les victimes hésitent-elles à parler? Comment cette violence peut-elle être ignorée des adultes? Un calvaire vécu au quotidien. Une vie de peur. Une vie de honte pour la victime qui hésite à parler. Une victime qui ignore son statut de victime. Au fil des pages, des chapitres nous suivons l’évolution des brimades subies par Emma de l’enfance à l’adolescence. Son mutisme face aux agissements. Le mutisme de ceux qui savaient. Comment mettre des mots sur cette souffrance? Sur cette culpabilité de ne pas être comme les autres? Sur cette peur d’être montrée du doigt si elle parlait? Comment expliquer à ses parents son cœur, son corps, son âme en miettes? Ce désir fou de vouloir ressembler aux autres? Comment dire ce calvaire inscrit dans sa chair? Comment expliquer que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue car le bout du tunnel n’existe plus?

 L’innocence oubliée est un récit poignant. Une superbe manière de rendre hommage aux victimes qui sont allées jusqu’au bout de leur peur. De leur peine. De leur vie. Chaque mot nous emmène au plus profond du désespoir de la jeune Emma. Un très beau roman. Poignant. Juste. Humain. Un roman qui pousse à la réflexion. A mettre entre toutes les mains pour susciter des prises de conscience. Un superbe récit criant de vérité.

Ma note 19/20

9791026217237    Ed. Librinova  206 p.

Une autre couleur du bonheur – 2015 – Paule Auriane Ntchouadep

4ème de couverture

« Je ne savais pas comment réagir. Si je devais moi aussi quitter le domicile parental ou pas. Je ressentais plutôt le besoin de soulever ma mère du sol et de la consoler. En effet, je me rendais compte que je ne lui en voulais pas du tout, mais uniquement à la naturePaule auriane nt de m’avoir fait naître dans une famille comme celle-ci. En réalité, mes sœurs et moi n’avions pas la même vision du problème. Elles s’en prenaient à ma mère, tandis que j’aurais tous changé si la possibilité s’était présentée, mère, maison, sœurs.. ».

Après voir passé une partie de son enfance loin des siens, l’héroïne, une insouciante jeune collégienne  découvre le visage effarant de ses proches. Dans une société bien pensant, où les enfants n’ont pas droit à la parole, commence alors le chemin de croix de celle qui doit, pour survivre, juger ses parents.

 

Mon avis

Un grand plongeon dans la vie d’une famille, c’est ce qui vous attend en mettant le nez dans ce livre. Je pense qu’en lisant une autre couleur du bonheur, vous regarderez différemment les adolescents qui vous entourent. Comment comprennent-ils les actes des adultes? Eh oui, Messieurs et Dames, Tania, la jeune héroïne, décortique le monde autour d’elle. Ce monde qu’est sa famille. Une famille bizarre, atypique, normale, quoi! Vous allez faire une plongée vertigineuse dans son esprit, dans sa vie.une-autre-couleur

J’avoue qu’au début, j’étais aussi perdue que l’héroïne devant la découverte de cette famille qu’elle a longtemps idéalisé. D’une famille qu’elle découvre lors de vacances scolaires. Passer d’une vie ordinaire dans un milieu où tout parait simple à l’antre, que dis-je? à la dernière strate de la pauvreté.  On avance précautionneusement avec cette jeune adolescente. On découvre lentement chaque membre de sa famille avec ses traits de caractère qui lui sont propres.

Tout commence lentement, prudemment car on ne sait pas trop où on met les pieds. Puis, petit à petit, on va de découverte en découverte. La vie bascule du jour au lendemain. Comme le dit si bien un certain chanteur « on ne choisit pas sa famille ». Toutes les familles ont un cadavre dans le placard. Imaginez, alors, quand une famille est bâtie de plusieurs cadavres dans les placards. Les retrouvailles peuvent s’avérer difficiles et les découvertes de plus en plus déroutantes.

Paule AurianeChaque membre de cette famille est une blessure  ouverte qui complète le tout. Chacun vit cette blessure à sa manière et trouve en l’autre son exutoire. Pour ma part, je me suis attachée à Amavi, l’un des membre de cette famille brisée par les secrets. Elle est poète dans l’âme, aussi fragile que la Dame aux Camélias. Elle jouit d’une superbe philosophie, bien que la vie ne l’ait aucunement épargnée. Elle vit dans l’instant tout ce que lui offre la vie, en douceur, avec tendresse. J’ai eu un vrai coup de cœur pour ce petit bout de femme, pétrie de bonté, d’empathie.

J’ai une véritable tendresse pour ce roman. Une adolescente qui raconte son histoire avec ses tripes. Les émotions sont intenses. Simplement intenses. Merveilleusement vivantes. C’est un cri d’amour. Un cri de haine. Une naissance. Une re-naissance. Un enfantement. Dans la douleur. Une extrême douleur. Tania doit grandir, avancer, en effeuillant un à un les secrets de famille. Tourner enfin la page. C’est un roman d’émotions fortes, entières. Un roman qui ressemble à la vie. Tout simplement.

Ma note 17/20

ISBN 9956429000279 – Editions Proximité – 148 p – 2015

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