Je t’aime affreusement – Estelle Gapp -2018

Quatrième de couverture

Si Marina Tsvetaeva (1892-1941) compte aujourd’’hui parmi les grands poetes russes du XXe siècle, on le doit au destin et au tempérament hors du commun de sa fille, Ariadna Efron (1912-1975), seule survivante d’une famille broyée par la Terreur stalinienne. Après seize ans de Goulag, elle consacre les vingt dernières années de son existence à faire publier l’’œœuvre de Marina. La « fille prodige » deviendra le premier éditeur de sa mère. Je t’’aime affreusement est une lettre fictive qu’’Ariadna aurait pu écrire, depuis le premier jour de sa libération, en 1955, jusqu’à’ sa mort, en 1975. […]

Chronique

Quand nous pensons à notre enfance, à notre mère, c’est souvent avec une tendre nostalgie. Tendre malgré les coups durs de la vie. Nous portons d’habitude un regard plus compréhensif sur certains faits. Compréhensif après le temps qui passe, le regard de l’adulte que nous sommes devenus. Pour Ariadna, ce sont des souvenirs doux-amers d’une période qui ne fut pas facile.

Je t’aime affreusement est un cri d’amour d’une fille à sa mère. Une mère qui est allée au bout de son amour maternel. Parfois en faisant les pires choses pour le bien-être de sa progéniture. L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on. L’enfance d’Ariadna a été voué à l’enfer éternel. Au froid sibérien. Une enfance marquée par la Première Guerre Mondiale et l’autocratie de Staline. Une enfance de crainte, de cris, de désespoir.

Je t’aime affreusement est la colère d’une enfant qui le restera malgré les années. Qui le restera face à cette mère absente. C’est le cri de colère d’Ariadna qui voit le monde se vider autour d’elle sans trop savoir ce qui se passe. Des disparitions que la petite fille prend pour une punition. C’est aussi une promesse. Promesse faite en échange du retour  et de l’amour d’une mère disparue. La promesse de faire connaitre l’oeuvre de sa mère-fantôme. Malgré certains regrets. Malgré les promesses échangées contre un peu d’intérêt, je t’aime affreusement est fait d’amour. D’un amour fort et sincère. D’un amour qui a fait tomber tous les obstacles. C’est un superbe cri d’amour d’une fille à sa mère, envers et contre tout: je t’aime affreusement.

Note 17/20

9782940628155   Edition des Syrtes   172 p.   13€

Publicités

Une autre couleur du bonheur – 2015 – Paule Auriane Ntchouadep

4ème de couverture

« Je ne savais pas comment réagir. Si je devais moi aussi quitter le domicile parental ou pas. Je ressentais plutôt le besoin de soulever ma mère du sol et de la consoler. En effet, je me rendais compte que je ne lui en voulais pas du tout, mais uniquement à la naturePaule auriane nt de m’avoir fait naître dans une famille comme celle-ci. En réalité, mes sœurs et moi n’avions pas la même vision du problème. Elles s’en prenaient à ma mère, tandis que j’aurais tous changé si la possibilité s’était présentée, mère, maison, sœurs.. ».

Après voir passé une partie de son enfance loin des siens, l’héroïne, une insouciante jeune collégienne  découvre le visage effarant de ses proches. Dans une société bien pensant, où les enfants n’ont pas droit à la parole, commence alors le chemin de croix de celle qui doit, pour survivre, juger ses parents.

 

Mon avis

Un grand plongeon dans la vie d’une famille, c’est ce qui vous attend en mettant le nez dans ce livre. Je pense qu’en lisant une autre couleur du bonheur, vous regarderez différemment les adolescents qui vous entourent. Comment comprennent-ils les actes des adultes? Eh oui, Messieurs et Dames, Tania, la jeune héroïne, décortique le monde autour d’elle. Ce monde qu’est sa famille. Une famille bizarre, atypique, normale, quoi! Vous allez faire une plongée vertigineuse dans son esprit, dans sa vie.une-autre-couleur

J’avoue qu’au début, j’étais aussi perdue que l’héroïne devant la découverte de cette famille qu’elle a longtemps idéalisé. D’une famille qu’elle découvre lors de vacances scolaires. Passer d’une vie ordinaire dans un milieu où tout parait simple à l’antre, que dis-je? à la dernière strate de la pauvreté.  On avance précautionneusement avec cette jeune adolescente. On découvre lentement chaque membre de sa famille avec ses traits de caractère qui lui sont propres.

Tout commence lentement, prudemment car on ne sait pas trop où on met les pieds. Puis, petit à petit, on va de découverte en découverte. La vie bascule du jour au lendemain. Comme le dit si bien un certain chanteur « on ne choisit pas sa famille ». Toutes les familles ont un cadavre dans le placard. Imaginez, alors, quand une famille est bâtie de plusieurs cadavres dans les placards. Les retrouvailles peuvent s’avérer difficiles et les découvertes de plus en plus déroutantes.

Paule AurianeChaque membre de cette famille est une blessure  ouverte qui complète le tout. Chacun vit cette blessure à sa manière et trouve en l’autre son exutoire. Pour ma part, je me suis attachée à Amavi, l’un des membre de cette famille brisée par les secrets. Elle est poète dans l’âme, aussi fragile que la Dame aux Camélias. Elle jouit d’une superbe philosophie, bien que la vie ne l’ait aucunement épargnée. Elle vit dans l’instant tout ce que lui offre la vie, en douceur, avec tendresse. J’ai eu un vrai coup de cœur pour ce petit bout de femme, pétrie de bonté, d’empathie.

J’ai une véritable tendresse pour ce roman. Une adolescente qui raconte son histoire avec ses tripes. Les émotions sont intenses. Simplement intenses. Merveilleusement vivantes. C’est un cri d’amour. Un cri de haine. Une naissance. Une re-naissance. Un enfantement. Dans la douleur. Une extrême douleur. Tania doit grandir, avancer, en effeuillant un à un les secrets de famille. Tourner enfin la page. C’est un roman d’émotions fortes, entières. Un roman qui ressemble à la vie. Tout simplement.

Ma note 17/20

ISBN 9956429000279 – Editions Proximité – 148 p – 2015

Vente auprès de l’éditeur