Un monde désorbité – Christine Bry – 2018

Quatrième de couverture

– Vous aimez Proust?

– Ah, vous savez, je suis comme Céline. Trop de mots!

Un verre tinte. Le silence se fait dans Le Café de la Paix de Valréas où se tient la réunion littéraire mensuelle. La voix de Christine Bry s’élève. Elle ne faiblira plus pendant une heure jusqu’à ce que jaillissent les applaudissements. Il y a décidément trop à garder en soi après une lecture  de A l’ombre des jeunes filles en fleurs, ce roman que Proust a achevé pendant la guerre de 14, époque particulièrement désorbitée. D’habitude, les lectures s’accumulent dans la mémoire en strates géologiques. Ici, la mémoire déborde, il faut la partager. […]

Chronique

Un voyage. Dans le temps. Dans le monde…des arts. Entre Van Gogh et Proust en passant par… Maupassant. Dans le salon de la famille Blanche. Un endroit où tous les artistes se rencontrent. Un voyage à travers le monde littéraire de l’époque accompagné de trois belles lettres lues avec émotion.

Le monde désorbité est une plongée passionnante dans le 19ème siècle. Par le biais des écrits, des tableaux. Dans les salons tenus par des intellectuels de l’époque. La vie de ces hommes et de ces femmes qui ont marqué l’art, la littérature, des matières qui ont encore un impact dans notre société actuelle.

Nous évoluons, au fil des pages, dans une ambiance ouatée où chacun se raconte dans un murmure. Dans un souffle. De peur de bousculer une société refermée sur elle-même. Une société qui choisit ses élites. Un monde où la vie se raconte dans des textes, des peintures, de la musique. En parallèle se raconte une vie qui, paradoxalement, sort de ses habitudes. Une vie qui sort de ses repères et semble se perdre au-delà de ce qu’elle voulait ou souhaitait.

Le monde désorbité est une mémoire schizophrène. Une mémoire parfois vacillante d’un passé qui fut, d’un présent qui est. D’un présent asthmatique qui peine à se retrouver. Une époque qui se vit tel le monde désorbité.

Note 16/20

9782919270088   Editions les trois platanes   114 p.   15€

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Le livre perdu de Léonard de Vinci – Francesco Fioretti – 2019

Quatrième de couverture

Milan, 1496. Léonard de Vinci attend avec impatience de rencontrer le frère Luca Pacioli, célèbre mathématicien dont il espère apprendre beaucoup. Il découvre à cette occasion un portrait énigmatique et un code caché que son nouvel ami souhaite lui faire décrypter. Mais suite à l’assassinat d’un moine et au vol d’anciens textes byzantins qui sont d’un intérêt inestimable pour les mathématiques, les deux hommes voient leurs projets perturbés. De Milan à Venise, de Florence à Urbino, à travers une Italie où s’achève l’époque pacifique de Laurent de Médicis et des Sforza, ils se lancent sur les traces de l’assassin et des manuscrits volés.

Chronique

Léonard de Vinci, à travers les siècles, attise la curiosité. Qui est cet homme qui a réussi de si belles, de si grandes oeuvres? Quel genre d’artiste, de chercheur, de pionnier était-il? Était-il déjà reconnu à son époque ou l’a t-il été beaucoup plus tard? Francesco Fioretti nous emmène à la rencontre de cet homme de connaissances.

Au fil des pages, des chapitres, des mots, nous découvrons un  homme d’une grande curiosité. Ce qui fera sa force. Nous découvrons une fresque de cette époque où les hommes étaient ouverts à la science, à la mécanique, à l’art sous toutes ses formes. Nous découvrons aussi comment Léonard de Vinci trouvait son inspiration et procédait pour peindre les personnages de la très réputée cène. Nous faisons la connaissance des prémices de ce qui augure les heures noires de la religion.

Le livre perdu de Léonard de Vinci nous peint une époque d’une grande richesse intellectuelle, scientifique et artistique. Cependant, une époque où les secrets abondaient et attisaient les convoitises. Des secrets qu’il fallait protéger au péril d’une vie. Léonard de Vinci le fit-il? Un récit intense qui nous plonge au cœur des mathématiques, des sciences, des calculs divers et variés (sudoku, entre autres). Le livre perdu de Léonard de Vinci est un récit qui nous fait voyager dans une Italie de complots et de trahisons où de nombreux secrets sont peut-être inscrits dans le livre perdu de Léonard de Vinci.

Note 17/20

9782357204553   H.C. Editions   255 p.   22€

 

La ronde des derniers Maîtres du Bèlè – Jean-Marc Terrine – 2015

Quatrième de couverture

Les anthropologues, les ethnologues, les musicologues, ont parlé d’eux, les gens du Bèlè. Un art des mornes autour du chant, de la danse et du tambour, pratiqué par des paysans dans les campagnes de Bezaudin, de Pérou et de Reculée, au Nord de la Martinique, dans la commune de Sainte-Marie. Une expression diabolisée depuis la nuit des temps, qui a survécu tant bien que mal depuis l’esclavage. Les rencontres Bèlè se multiplient depuis les années 1980; les Martiniquais renouent peu à peu avec un grand mouvement culturel qui fut longtemps marginalisé. L’univers du Bèlè a enfin gagné ses lettres de noblesse; on ne parle plus d’art archaïque, ni de « mœurs de vieux nègres ». Les artistes, les Maîtres du Bèlè, sont malgré tout restés dans l’ombre à ce jour. Les derniers chanteurs, danseurs, joueurs de tambour sont peu nombreux, ils sont issus d’une longue tradition initiatique. Leurs parcours, leurs danses, leurs styles, leurs expressions, ils n’en ont jamais parlé. On ne leur en a jamais donné l’occasion.

Chronique

La traite des esclaves n’est plus un mystère pour grand monde. Avec eux, les hommes ont emporté sur leurs terres lointaines leurs coutumes, leurs traditions. Elles se sont adaptées à leur nouvelle vie pour créer de nouvelles traditions. Le Bèlè en fait partie et des maîtres de cette musique ont émergé de cette culture musicale.

La ronde des derniers Maîtres du Bèlè nous introduit dans le monde des esprits par le biais de cette musique, de cette danse spécifique qui l’accompagne et nous fait flirter avec le monde de l’invisible. Cet art est longtemps tombé en désuétude. Connu de quelques initiés qui, peu à peu, emportaient leur savoir dans leur dernière demeure. Dans l’indifférence générale. Il fut une époque où cette musique animait les soirées. Aujourd’hui,  rares sont les maîtres du tambour, les maîtres de la parole. Nous découvrons, ainsi, les derniers seigneurs de cet art. Plutôt de ceux qui acceptent de parler  de leur art. Certains, blessés par les rejets ou les détournements de leur parole, sont devenus méfiants. Trop méfiants. Ils ont refusé de parler de cette musique dont la danse apprend la vie, les coups du sort et la résilience à toute épreuve, tels le Kalenda, danse des esclaves, le ladja qui accompagnait les combats.

La ronde des derniers Maîtres du Bèlè est une poésie. C’est une ode à la tradition. C’est une remise en question de cette société moderne qui met à bas certaines traditions afin de mieux avancer. C’est aussi un appel à la sauvegarde de richesses culturelles qui tombent dans l’oubli, volontairement ou non. C’est un appel à la protection d’un art en voie de disparition. C’est une vie spécifique qui n’est plus. Des bibliothèques ont brûlé et l’art est tombé en désuétude car trop de rapport avec les ancêtres venus d’au-delà des mers. Cependant, ils sont devenus si peu nombreux, ces artistes, rendus muets par l’indifférence générale. Tous ces hommes et ces femmes sont dépositaires d’un savoir. Mais ils sont trop peu nombreux pour entamer la ronde des derniers Maîtres du Bèlè.

Note 19/20

9782357202610   HC Editions    165 p.     14,50€