Les fleurs qui poussent en enfer – Mirza Mohammad Massoud (Dehati) – 2019

Quatrième de couverture

Parmi les romanciers des années trente-quarante, Mohammad Massoud, héritier comme tous ceux de sa génération des idées de la révolution constitutionnelle, offre la figure  du libertaire  et du redresseur de torts. Massoud est un « self-made man ». Issu d’une famille religieuse, traditionnaliste et économiquement défavorisée, il arrive à Téhéran encore adolescent […].

Chronique

L’Iran avant les ayatollahs. L’Iran à l’époque du Shah. Un pays qui se modernisait. Un pays où le port du voile avait été aboli. Un pays où la liberté de la parole n’existait toujours pas… C’est dans ce royaume qu’évolue Mohamed Massoud, journaliste satyrique.

Les fleurs qui poussent en enfer est d’abord un échange  épistolaire. Un échange qui démontre les rêves brisés. Qui montre la déception d’un homme de retour dans son pays. Pays où rien ne se fait dans les règles. Pays où règnent le mensonge et la peur. C’est aussi l’histoire d’un homme qui raconte son déclin, sa déchéance, ses désirs ensevelis sous des tonnes d’indifférence politique et sociale. C’est un cri dans le désert émotionnel, humain qui l’environne. Massoud s’est rêvé une vie en Iran avec son épouse européenne. L’Iran a assassiné ses rêves et dansé sur sa dignité.

Les fleurs qui poussent en enfer est une violente prise de conscience. De ce genre de prise de conscience qui annihile toute velléité de survie. Qui annihile toute joie de vivre et cueille dans le sang, la douleur et l’ignominie les fleurs qui poussent en enfer. Ces fleurs qui poussent au plus profond de l’être. Massoud nous dévoile un Iran effarant. Un pays qui va de mal en pis à travers son histoire. A travers ses gouvernants. Il présente l’enfer de Dante sur terre dans ses plaintes muettes. Dans ses larmes séchées par le feu de l’enfer. Dans ses rêves foulés au pied par une société tétanisée par la peur. Une société si violente qu’elle écrase volontiers les fleurs qui poussent en enfer.

Note 18/20

9782343169415 Ed. L’Harmattan   150 p.   13€

 

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Le voyage de Kirikoustra – Livre premier -Kirikoustra – 2016

Quatrième de couverture

Kirikoustra, lui qui se voulait devenir, se verra peut-être lu par vous cet autre qui dans vos mains détenez un fragment de son histoire, de notre Histoire.

« A travers les âges, je vous mènerai malgré vous à ce présent que vous avez voulu ignorer. Oh oui, vous qui l’avez chassé, l’Homme Dernier se rappellera aujourd’hui à vous. Alors, un peu de courage, le voyage saura se faire court, et loin de moi l’idée de vous sortir de votre quotidien, seulement le mettrai-je à la lumière de la pensée, de notre pensée! »

Ainsi aura parlé Kirikoustra, lui qui par vous aura toujours voulu être compris….

 

Mon avis

Kirikoustra. Kirikoustra…. Zarathoustra. Dès que j’ai lu la première ligne, j’ai su que j’étais dans mon élément. Ce roman semble déjanté. Illogique. Ecrit sans repères aucun. Que nenni! Il est tout ce qu’il y a de plus logique. Qui n’a jamais, un jour où la vie fait des caprices, pris l’initiative de se refermer sur lui. De s’interroger. De faire un voyage intérieur. Pour se panser. S’aimer. Se protéger. Combien de personnes à notre époque méga connectée, se retrouvent seules. Faces à elles-mêmes et à leur vie.  Des questions. Des réflexions. La vie. La mort. L’absurdité de la vie. L’inéluctabilité de la mort. Questionnements vains. Mais nécessaires.  La liberté de pensée. D’être. De devenir. La liberté, tout simplement. Pas si simple. Pas si évident. Kirikoustra s’analyse. Nous analyse. Partage avec nous ses réflexions. Ses évidences. Ses contradictions qui sont aussi les nôtres.

Quel plaisir! Quel régal! On a l’impression d’assister à une joute oratoire entre Kirikoustra et Zarathoustra. En plus moderne? Pas si sûr. Cette vanité en soi. Ce combat de Titans qui n’en est pas un.  Pourquoi faire une joute verbale alors qu’il suffit juste de se laisser vivre. D’accepter. De supporter.  De se porter. C’est un voyage à l’intérieur de l’Humain. De sa suffisance. De ses faiblesses. De ses forces. De ses peurs. Kirikoustra est la terre. La planète. Notre avenir. Notre existence. Avec brio…. L’Homme est égoïsme. Nombrilisme. Vain. Des soucis du quotidien vécus comme des agressions contre soi. Ô égoïsme quand tu nous tiens!!

Des questions troublantes que  nous nous sommes tous posées sur notre société hyper développée, hyper tout. Ce roman n’est-il pas le fruit de l’égoïsme? Du moi de Kirikoustra? Pourquoi communiquer avec les autres si on veut se laisser vivre et ne pas subir la vie? N’est-ce pas une lutte stérile comme toutes celles qui existent de par le Monde? Combien de vérités, de contre-vérités poussent Kirikoustra à prendre la plume? Ah l’Humain! Kirikoustra se veut déshumanisé. Pourtant il est si humain par ses réflexions. Ses doutes qu’il confie à son alter ego Plume.

Ce livre interroge. Fait sourire à certains moments. Pousse à une réflexion qui se fait en parallèle à Kirikoustra. Une ballade épique à travers le monde de l’Humain et de sa conscience. Une très belle ballade. Un très beau voyage que je conseille à tous les curieux.

 

Ma note 17/20

9782956029113  73 p.  Broché 4,99€  Kindle 0,99