Les collines de Berkeley – Françoise Autin – 2010

Quatrième de couverture

Les collines de Berkeley qui donnent leur nom au livre, servent de cadre à une conversation entre l’auteur et une amie qui lui tient lieu de double, de miroir. Aux paysages californiens répondent les paysages européens de l’enfance, de la jeunesse et de la maturité, lieux de souvenirs et d’évocation.  De ces rebondissements dans l’espace et le temps jaillit, sinon la révélation du sens de la vie, du moins une source de bonheur intense.

Chronique

A la poursuite du bonheur. A la construction du bonheur. Tels sont les titres que j’aurai aussi pu donner à ce livre. Qu’est ce que le bonheur, d’ailleurs? Comment le représente t-on? Quels sont les moments de la vie où nous avons éprouvé ce sentiment? Des souvenirs désordonnés qui surgissent dans la pensée. Réels ou irréels? Peu importe. Ils sont là et ils sont beaux et doux. Un échange épistolaire entre deux femmes. Deux vies racontées. L’une  vit en France, l’autre en Amérique. Leur lien? Leur quête irréversible du bonheur. Un échange où rêves et réalité s’emmêlent pour former un tout. Pour faire remonter les souvenirs. Pour les magnifier. Peut-être?

Les collines de Berkeley est un petit livre qui tient facilement dans un sac, dont les feuilles beiges emmagasinent des trésors de mots. Des trésors d’histoires qui nous font voyager dans le temps. A travers le temps. A la rencontre de mystérieux châteaux. De mystérieuses demeures par delà l’Atlantique. A la rencontre des joies incommensurables de l’enfance. Souvenirs réels? Magnifiés? Peu importe, du moment qu’ils sont acceptés, relatés et un brin idolâtrés. Les souvenirs d’une petite fille devenue femme. Une femme qui « reconstitue » ses souvenirs disparus. Oubliés

Les collines de Beverley est un roman qui se lit comme un conte. Un conte inventé au fur et à mesure de la discussion. Un conte où nous reconnaissons des parcelles de nos vies. De nos souvenirs. Un conte qui se brode finement. Tel une dentelle. Tel les collines de Berkeley

Note 16/20

9782919270002   Editions les trois platanes    120 p.   12€

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Le pisseux – Damienne Lecat – 2019

Quatrième de couverture

Belle-doche, salope! Eric, gamin sensible et intelligent, invective ainsi en secret sa belle-mère qui ne rate pas une occasion de le maltraiter. Son père se voile la face, sa grande sœur Anne essaie de le protéger.  Encore une qui va me faire chier! Cinquante ans plus tard, Eric, misanthrope reclus dans son appartement, ne supporte ni Prune, sa nouvelle voisine, ni sa sœur qui l’entoure toujours de ses attentions. Un même personnage, une alternance de deux époques, un dénouement parallèle pour un drame psychologique caustique, non dénué d’humour et de poésie.

Chronique

Souvent, un homme devient adulte en fonction de l’enfance qu’il a eu. De l’amour qu’il a reçu ou non. Des parents qu’il a eu et de l’éducation qu’ils lui ont donné. Eric ne déroge pas à la règle. Une enfance douloureuse fait de lui un homme aigri  qui n’a aucune envie de côtoyer les humains quels qu’ils soient. Encore moins les femmes. Alors, qui est cette femme qui a décidé d’empiéter sur sa vie de reclus émotionnel? Que lui veut-elle?

Le pisseux. Un titre qui dit presque tout. Un titre qui insinue une violence verbale. Une violence tout simplement. Une violence gratuite que doit subir un enfant. Dans l’indifférence paternelle totale. Mais ce n’est pas le cas pour sa sœur. Le pisseux. L’histoire d’une promesse. Celle d’un enfant à une mourante. Le Pisseux. Un enfant dont la vie est faite de maltraitance, de cris, de coups. Pourquoi un tel surnom? Qui a bien pu avoir la mauvaise idée de le surnommer ainsi? Cet enfant qui a vécu le martyr ira au-delà de ses forces pour s’en sortir. Où sont ses parents? Que font-ils face à un déferlement haineux qui l’accompagne?

Que de souffrance. Que de solitude. Que de force dans la vie du petit Eric face à un tortionnaire. Une résilience qui peut paraitre mal adaptée. Une résilience qui a l’intérêt de le faire avancer à l’aveugle dans la vie. Vie routinière. Vie pansement. Vie brisée par un manque total de confiance envers les autres. Nous découvrons une enfance saccagée. Une enfance torturée. Une enfance que les adultes rendent vide. Vide d’amour. Vie de mansuétude. Cependant, une bouée à laquelle Eric peur s’accrocher. Une bouée qui ne l’appellera jamais le pisseux

Note 17/20

9782806104441   Editions Academia/l’Harmattan   120 p.   13,50€

Derniers mois en enfance – Philippe Mangion – 2018

Quatrième de couverture

Il est un  âge, au sortir de l’enfance, où les sentiments, les sensations, les pulsions nous envahissent, où l’on ne possède pas assez s’expérience pour les analyser et les garder à distance. il est un âge où l’on ressent les problèmes des adultes qui, eux, nous pensant innocents, ne nous épargnent rien. Il est un âge à partir duquel, plus tard, on peut dérouler le fil de son histoire. La mienne débute à neuf ans au bord d’une pelouse interdite…

Mon avis

Une enfance somme toute normale. Faite de jeux, de cachotteries, de découvertes. Une enfance qui s’arrête brusquement. Il y aura toujours un avant et un après. Cette enfance qui bascule met fin à l’innocence. La vie routinière a aussi changé. Que se passe t-il? Le monde est-il devenu fou? A quel moment le monde de l’enfance a t-il basculé? Pourquoi tant de difficultés dans le monde des adultes?

Derniers mois  en enfance nous fait entrer dans la vie d’un enfant qui a mûri trop vite. Et pas de la meilleure manière. Un enfant un peu balloté dans les histoires d’adultes et leurs mystères. Peu à peu, nous découvrons ces énigmes, ces drôles de vie. Tout en douceur. une immersion toute en innocence. Le monde des adultes au travers du regard d’un enfant qui ne le sera plus. La lecture est aisée et rendue agréable par des chapitres denses, mais d’une écriture légère. Les mots glissent et s’imprègnent en douceur dans notre subconscient., nous invitant à découvrir une histoire hors norme, pleine de surprises, de rebondissements.

Derniers mois en enfance est un roman riche en non-dits, en secrets. Ce qui en fait un roman agréable à lire. Surtout que cette lecture nous fait découvrir le regard d’un enfant. Un regard intransigeant, sans fards, sur la vie autour de lui. Un très beau roman.

Ma note 16/20

9781718049819  175 p.

 

L’innocence oubliée – Véronique Videau-Martinez – 2018

Quatrième de couverture

Emma n’est pas une petite fille comme les autres. Diagnostiquée EIP à l’âge de six ans, elle va avoir du mal à trouver sa place dans un monde où élèves et enseignants ne lui feront aucun cadeau. Posséder un haut potentiel intellectuel: don ou handicap? La question mérite d’être posée. Harcèlement et humiliations diverses vont jalonner son parcours sans oublier des drames qui la marqueront à tout jamais. Elle pourra compter sur l’amour inconditionnel de certaines personnes pour surmonter beaucoup d’épreuves mais pour combien de temps?

Mon avis

Oh mazette! Des mots qui expriment bien mal ce que j’ai ressenti à la lecture de l’innocence oubliée. Ce sujet me touche profondément car durant mes années de collège, j’ai été une victime comme tant d’autres. Parce que j’étais la plus jeune. Parce que j’avais de bonnes notes dans certaines matières. Je n’en ai jamais parlé. Mais, je m’en suis sortie. Contrairement à beaucoup de victimes. L’innocence oubliée est un roman de toute beauté. Tout en émotion. Une famille comme toutes les autres. Une petite fille différente des autres. Des parents désemparés par le regard, les réactions des autres. Que se passe t-il réellement? Emma semble d’une grande maturité pour son âge. Pourquoi les adultes ne le comprennent-ils pas? Pourquoi est-elle stigmatisée à l’école? Pourquoi est-elle toujours l’objet de punition? Le bouc émissaire ?

L’innocence oubliée est un roman qui nous interpelle. Doucement. Fortement. Sur le harcèlement en milieu scolaire. Sur la stigmatisation de la différence. Sur cette violence en vase clos qui ne dit pas son nom. Violences souvent ignorées des adultes. Du personnel enseignant. Pourquoi les victimes hésitent-elles à parler? Comment cette violence peut-elle être ignorée des adultes? Un calvaire vécu au quotidien. Une vie de peur. Une vie de honte pour la victime qui hésite à parler. Une victime qui ignore son statut de victime. Au fil des pages, des chapitres nous suivons l’évolution des brimades subies par Emma de l’enfance à l’adolescence. Son mutisme face aux agissements. Le mutisme de ceux qui savaient. Comment mettre des mots sur cette souffrance? Sur cette culpabilité de ne pas être comme les autres? Sur cette peur d’être montrée du doigt si elle parlait? Comment expliquer à ses parents son cœur, son corps, son âme en miettes? Ce désir fou de vouloir ressembler aux autres? Comment dire ce calvaire inscrit dans sa chair? Comment expliquer que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue car le bout du tunnel n’existe plus?

 L’innocence oubliée est un récit poignant. Une superbe manière de rendre hommage aux victimes qui sont allées jusqu’au bout de leur peur. De leur peine. De leur vie. Chaque mot nous emmène au plus profond du désespoir de la jeune Emma. Un très beau roman. Poignant. Juste. Humain. Un roman qui pousse à la réflexion. A mettre entre toutes les mains pour susciter des prises de conscience. Un superbe récit criant de vérité.

Ma note 19/20

9791026217237    Ed. Librinova  206 p.