Les fables de La Fontaine en argot illustrées – Jean-Louis Azencott – 2016

Quatrième de couverture

Le corbeau et le renard

Un pignouf de corbaque croassait pépère sur la branche d’un touffu pâlichon, un from’ton  bien fumant carré dans la trompe. Un renard qui musardait dans l’secteur, flatteur et tringlomane notoire, lui bonit à peu près c’te jactance:

_ Eh, salut ô superbe blakos, j’avais jamais gaffé que vous étiez aussi choucard et si bien balancé, diantre! Puis vous êtes trop stylé avec vot’ sape noire, puis tellement baraqué, vous avez des endosses de catcheur, ma parole… Et le premier qui renaude, j’y cloque le beignet séance tenante!

_ Taratata l’canidé! mâchouilla l’oiseau entre ses ratiches primitives, sans pour autant relâcher sa bectance, pressentant une entourloupe vacharde. Vous me flattez cher ami, au point de m’filer de l’oxygène dans ma tuyauterie à raisiné…

Chronique

Rien qu’en lisant le titre, le sourire vient aux lèvres et l’imagination devient débordante. Imaginez Le corbeau et le renard se terminant par « qui vole un from’ton puera du bec« . Les poèmes se succèdent d’abord dans la version originale, puis dans la version argot qui fait sourire ou rire. Au choix.

Tout le monde se souvient de la morale de Le lièvre et le tortue: « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». En version argot, elle se transforme en « vaut mieux perdre une course, finalement, que d’choper des caries« . C’est ainsi au fil des pages. Je vous laisse imaginer la fable de la cigale et la fourmi. Toute une histoire. Des crises de fous rires garantis. Les dessins ne font que contribuer à ces éclats de rire.

Nous découvrons l’oeuvre de La Fontaine sous un autre univers. Les croquis sont exécutés comme des bandes dessinées avec des bulles de discussion. Des échanges épiques. C’est avec beaucoup de plaisir que nous tournons les pages. Chaque fable est une succulente découverte. Le rat des villes et le rat des champs devient une anthologie. L’esquisse de notre légendaire Perrette et le pot de lait augure de grands éclats de rires. Ces fables nous font passer de très bons moments, quelque part, en plein farniente, les doigts de pieds en éventail.

Note 17/20

9782848591537   Editions Zinedi   144 p.   17€

 

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Le meurtre d’Alice – Yasumi Kobayashi – 2016

Quatrième de couverture

Alice est suspectée de meurtre au Pays des Merveilles. Les crimes se multiplient  et se répercutent dans le monde réel, au sein d’une université japonaise. Petit à petit Alice se sent menacée tout comme Ari Kurisugawa, une des étudiantes du campus. Deux mondes mystérieusement liés dans lesquels se cache un meurtrier expert en faux semblants. Alice et Ari parviendront-elles à le démasquer et à sortir indemnes de cette histoire qui frise la folie?

Chronique

Un meurtre au Pays des Merveilles. Un meurtre dans un laboratoire universitaire. Quel rapport? Un rêve? Une réalité? Une prémonition?  Deux monde parallèles? Et si les deux mondes n’en faisaient qu’un? Dans un récit épique haletant, nous accompagnons Ari Kurisugawa  dans son enquête. Elle cherche à comprendre. Pourquoi ce meurtre? Y a t-il un rapport avec le monde fantastique?

Dans le meurtre d’Alice, Yasumi Kobayashi nous entraine dans le Pays des Merveilles. Dans le monde réel aussi. Les personnages sont attachants et pourraient exister aussi dans le monde réel tant ils sont proches les uns des autres. Quel est le lien entre eux? Quel est le lien avec le meurtre dans le monde réel? De discussions bizarres en dialogues de sourds, l’enquête suit son cours sans que nous nous départissions de notre sourire. L’humour reste le fil rouge de cette histoire de meurtre qui n’en finit pas de nous questionner.

Nous suivons l’évolution de l’enquête par le biais des personnages et leurs discours édifiants. Le meurtre d’Alice est un roman policier fantastique. La lecture est très agréable et les personnages sont hauts en couleur. Nous naviguons entre deux mondes sans perdre le fil de l’histoire. Au contraire.

Note 18/20

9784990874612   Les éditions d’Est en Ouest    259 p.    18€

Partis sans laisser d’adresse – Susin Nielsen – 2019

Quatrième de couverture

Félix Knutsson, douze ans trois quarts, vit avec sa mère, Astrid, et sa gerbille Horatio. Tous trois vivent dans un Combi Volkswagen « emprunté ». Astrid assure que la situation va s’arranger dès qu’elle aura trouvé du travail, et fait promettre à Félix de garder le secret. L’adolescent tient sa langue et parvient à faire sa rentrée dans un nouveau collège, comme si de rien n’était. Mais à mesure  que l’hiver s’approche les temps se font de plus en plus durs. Félix en est sûr: la meilleure manière de s’en sortir est de participer à son émission favorite, qui, que, quoi, quand?. S’il gagne, il remportera vingt cinq mille dollars, et alors Astrid et lui n’auront plus aucun souci à se faire.

Chronique

Un jeune garçon un brin mature. Une mère qui est une sorte d’adolescente dans sa manière d’agir. Une mère aventurière qui prend la vie comme elle vient. Ce qui rend leur vie bien aventureuse. Hasardeuse.

Félix subit la vie que lui fait mener Astrid, sa mère. Avec stoïcisme. Cependant, il n’est pas facile de vivre quand on se retrouve sans logement et que l’on vit dans un Combi. Que répondre quand on vous demande une adresse? Comment avoir un minimum d’hygiène quand on prend un bain à la sauvette? Comment expliquer sa situation à des amis, surtout quand on a douze ans trois quarts? Félix le geek se sent plus responsable que sa mère. Il n’accepte pas toujours les actions de cette dernière. Mais comment le lui dire? Comment lui expliquer sa colère, son ras le bol? La colère de subir son caractère à l’origine de tout leurs déboires. Et que dire de sa mauvaise foi et de son orgueil mal placés?

Partis sans laisser d’adresse est l’histoire d’une longue descente aux abymes d’un enfant et de sa mère. Deux personnes qui perdent peu à peu pied pour s’installer dans une voiture. C’est l’histoire d’une famille qui se cache du regard des autres. Du regard que la société pourrait leur porter. C’est l’histoire de milliers de gens qui nous entourent, qui vivent cette détresse et qui font tout pour se fondre dans la masse. C’est l’histoire d’une désespérance. C’est un cri terriblement muet que poussent des milliers de familles autour de nous. Partis sans laisser d’adresse est le récit d’un espoir envers la générosité humaine. C’est un roman, très pudique, qui nous fait réfléchir profondément. Qui nous pousse à regarder autour de nous pour voir ce qui se cache sous un vernis d’apparence. Cette misère tue par les mots. Criée par les attitudes et les comportements. C’est un roman qui nous fait comprendre pourquoi certains courriers sont retournés avec la mention « partis sans laisser d’adresse« .

Note 17/20

9782330120566   Editions Hélium   240 p.   14,90€

 

 

 

How to stop time – Matt Haig – 2019

Quatrième de couverture

Tom Hazard vient de postuler pour devenir professeur d’histoire dans un collège londonien. Il se tient résolument à l’écart des autres. Car Tom a un secret. Il est atteint d’anagérie, une condition qui survient à la puberté et provoque un vieillissement extrêmement plus lent que la normale. Il doit donc tout faire pour ne pas éveiller les soupçons  et risquer de devenir un objet d’étude scientifique ou, pire, d’être tué. Il renonce ainsi, à chaque fois que le danger se précise, à la vie qu’il s’est construite, recommençant tout à zéro ailleurs. C’est ainsi qu’il a dû abandonner sa fille, atteinte du même mal que lui. Depuis lors, il n’a qu’une idée en tête: la retrouver, morte ou vivante. Mais voilà qu’il est en train de tomber amoureux de Camille, une simple mortelle _ lui qui sait que l’envie de se rapprocher d’elle est la pire chose qui puisse lui arriver…

Chronique

il existe des livres qui, dès la première page, nous donnent une envie furieuse d’aller à la dernière page pour voir la fin. Et on se fait violence pour le lire normalement de la première à la dernière page. How to stop time en fait partie. Qui n’a jamais rêvé de vivre longtemps?  Très longtemps? De traverser les siècles en secret? D’être multi centenaire? Comment le vivrez-vous? Figurez-vous que Tom jouit de ce privilège. De cette malédiction. Comme lui, auriez-vous la force de traverser les siècles et de revenir à votre première vie? Supporterez-vous de voir disparaître les personnes que vous aimez?

How to stop time nous fait revivre les tribulations d’un homme qui a un lourd secret. un secret qui le ronge jusqu’à la moelle. Un secret qui peut se révéler dangereux pour lui. Un secret qui lui pèse tant qu’il a envie de s’en défaire. Cependant, ce n’est pas si simple. Avec cet homme, nous empruntons les pas de l’histoire. Des réalités de diverses époques. Nous assistons à l’annihilement de nos certitudes historiques. Sur la pointe des pieds, nous le suivons dans sa recherche de sa seuls réussite. Dans la recherche du grand regret de sa vie: Sa fille Marion qu’il abandonnée.

How to stop time est un roman d’un grande tendresse. D’une grande humanité. Un romans fait de nombreux flashbacks  d’un humour très fin. De souvenirs qui s’incrustent et font fi des états d’âme de Tom. Des souvenirs qui font fi de ses regrets.  Des souvenirs qui s’imposent comme un pique-assiette sans vergogne. Tom poursuit ses errances au gré de ses souvenirs. Il est possible qu’il veuille échanger son sort contre celui d’un éphémère. Qu’il soit prêt à lui expliquer how to stop time.

Note 17/20

9782330117245    Editions Hélium   352 p.    16,50€

 

Pitié pour la DRH! – Philippe Lecat – 2019

Quatrième de couverture

A quoi sert la fonction RH dans l’entreprise? Cette question est le fil conducteur de cette pièce. Certains des personnages ont une idée sur la question, d’autres non. Au fil de l’intrigue, le rôle attribué à la fonction RH va changer. La titulaire de la fonction n’est pas systématiquement celle qui l’entend le mieux. La scène commence par le constat d’un meurtre parla patronne de l’entreprise et le responsable de la paie. Pour comprendre ce qu’il s’est passé, ils vont visionner la vidéo surveillance des jours précédents. La patronne et son directeur commercial projettent de racheter une entreprise concurrente. Pour cela, ils débauchent un commercial de ce concurrent et, une fois l’opération réalisée, pensent se débarrasser de lui à moindre frais. Mais, bien sûr, cela ne se passe pas comme prévu. L’action se déroule dans une entreprise de pompes funèbres.

Chronique

Ah, la DRH, nous avons toujours quelque chose à dire à son sujet. En bien ou en mal. Et combien sommes-nous à connaitre réellement son rôle dans l’entreprise? Nous accompagnons Simone dans sa vie professionnelle. Dans une entreprise de pompes funèbres. Qui l’a tuée? Pourquoi?

Nous revenons sur la vie d’une entreprise par le biais de sa DRH. Nous entrons dans les secrets des tractations. Des OPA (Offres Publiques d’Achat). Des mensonges. Des coups bas. Avec un humour caustique, nous faisons la connaissances des personnages auxquels nous pouvons identifier des personnes que nous avons l’habitude de côtoyer. Nous découvrons les aleas de la vie professionnelle d’une DRH. De quoi peut-elle bien s’occuper?  De tout? De rien? De presque tout? De presque rien?

Pitié pour la DRH est une pièce de théâtre pleine d’humour. Les dialogues sont d’une cynisme succulent. Pour le plus grand plaisir du lecteur. Avec les employés, nous sommes curieux de savoir qui a bien pu tuer cette femme si peu aimée. Tant adulée. Cette femme dont tout le monde se servait. Et qui ne servait à rien. A part…. A quoi, au fait? Nous allons à la rencontre d’une femme pétries de bonnes intentions et qui veut faire plaisir à tout le monde. Une femme qui a l’air de savoir quel est son rôle dans une entreprise. Mais qui doute de son rôle dans ce service de pompes funèbres. Tout ce à quoi elle pouvait penser était pitié pour la DRH.

Note 17/20

9782343171968   Ed. L’Harmattan   68 p.    10,50€

Manège – Rémy Mallard – 2019

Quatrième de couverture

Egoïsme, indifférence, pouvoir, paranoïa, malchance, espoir… Couple qui se découvre, ne s’écoute pas, s’amuse, se questionne sur l’engagement… Voici à travers quatorze nouvelles, quelques fragments de la vie, peuplés de rêves qui ne se terminent pas toujours bien, en tout cas pour certains. Des histoires différentes qui se suivent, s’entrecroisent, tournent, comme dans la vie… comme sur un manège.

Chronique

Des histoires de tous les jours. Mais, si insolites. Si surprenantes. Des petites histoires. Des anecdotes. Des perles qui sont enfilées avec justesse, avec précision sur un beau collier. Telles sont les nouvelles de Rémy Mallard. Un kaléidoscope de vies. Un kaléidoscope de faits. Un kaléidoscope de récits dantesques.

Dans manège, nous entrons dans un monde sidérant. Parfois. Hilarant. Souvent. Enigmatique. Aussi. Une famille déjantée. Un adolescent crédule. Une femme âgée délirante. Autant de bribes de vies relatées avec humour. Avec suspens. Avec horreur. Avec perspicacité. Pas de fioritures. Des mots justes. Posés comme une offrande au lecteur. Une ritournelle de mots qui se mêlent, se tissent, pour former des passages, pour certains, dignes de Stephen King.

A travers manège, nous sommes enveloppés dans une atmosphère très dense. Une atmosphère surprenante. Une atmosphère qui nous fait grincer des dents devant des situations pleines de cynisme, d’humour. Des situations piquantes. Très fines. Nous posons, ainsi, un regard « pervers » sur les nouvelles car nous sommes pris dans une lecture très addictive. Le suspens est à chaque page. Que se passe t-il? Comment cela va finir?

La lecture se fait d’une traite (je l’ai lu en une journée) tant ces histoires sont belles. Elles ne se ressemblent pas, mais, ont un point commun: l’absurdité de l’être humain. L’absurdité des choix de la vie. La déshumanisation de la société. Le suspens dure jusqu’à la dernière ligne. Pour notre plus grand bonheur. Parfois, pour notre plus grande horreur. Pour notre plus belle peur. Les personnages se retrouvent tournant en vain, étourdis par cette ronde d’évènements sans fin. Pris dans les filets d’évènements qui les dépassent. Ils tournent. Terriblement. Pris dans le manège de la fatuité humaine.

Note 18/20

9782343163512    Ed. L’harmattan    258 p.    22€

Fillette Lalo – Gerry L’Etang et Dominique Batraville – 2018

Quatrième de couverture

Dans une autre circonstance, un autre pays, un président-à-vie entreprit une traversée de l’horreur. Il s’appuya dans cette aventure sur une milice dont les membres reçurent le titre officiel de « volontaires de la sécurité nationale ». La malice populaire préféra les nommer « tontons macoutes » pour les hommes, « fillettes Lalo » pour les femmes, s’inspirant là d’un croquemitaine et d’une ogresse, figures imaginaires du lieu. Une femme se hissa à la tête de ces paramilitaires, devint LA Fillette Lalo. Plus d’un demi-siècle après le début de son oeuvre, sa légende, d’extravagance et d’effroi, est ici restituée

Mon Avis

Un peuple qui se révolte. Comme partout dans le monde. Sur une île Antillaise, les légendent courent les rues. Les chants moqueurs et satyriques aussi. Surtout ceux qui concernent Fillette Lalo qui a disparu de mille et une manières différentes. Qui est-elle? Mythe ou réalité? Que se passe t-il? Qu’est-ce qui a mené à cette révolte populaire? Quel est le lien avec fillette Lalo? Fillette Lalo nous fait découvrir des personnages hauts en couleurs. Des personnages aux noms d’une grande douceur. D’une douceur aussi grande que la férocité de la personne qui le porte. Leur vie. Leur sort nous sont racontés dans le détail. Nous suivons un peuple qui est arrivé au bout de la peur. Au bout de la douleur. Au bout de la terreur. Au bout de la violence. Une violence aveugle. Gratuite. Partiale.

Au fil des pages, nous faisons face à la grandiloquence d’un tyran. D’un autocrate nommé « Président à vie ». D’un « vampire du peuple ». Nous découvrons un pouvoir autoritaire qui se complait dans ses exactions. Comment vivent ces hommes et ces femmes qui détiennent le pouvoir? Ont-ils des limites à leur débauche? Ont-ils des imites à leurs violences? Peu à peu se dessine l’innommable. Les luttes souterraines. Les trahisons. Le ton est caustique. L’humour aussi.

A travers les actes, l’histoire de fillette Lalo est le destin d’une île saturée d’horreur. Qui se dessine. Ainsi que la force et la résilience d’un peuple qui se dresse face à son dictateur et à ses sbires. Un peuple qui tire sa force de cette violence pour se construire, pour avancer dans la vie. Pour regarder, de loin, la chute de ces « grands », voire de l’orchestrer. Mine de rien. Fillette Lalo est un hommage à un peuple jamais nommé, mais connu du monde entier. Ce peuple qui possède dans les gènes, dans son histoire, une part de l’ADN de cette légende: Fillette Lalo.

Ma note 18/20

9782357204171     Hervé Chopin Editions    80 p.     12,50€

Les mots pour se taire – Timothée Guérin – 2019

Quatrième de couverture

Cette pièce raconte les histoires d’un couple qui n’en a pas. Elsa et Marc vivent beaucoup. Ils sont insatiables, enthousiastes, corrosifs. Ils s’aiment sans hésiter et se sollicitent sans relâche. Leur imagination est le garde-fou de la routine, leur énergie l’antidote  de l’ennui. Comme ils se comprennent sans parler, leurs mots sont affranchis de deux tâches ingrates: traduire les pensées et relater le réel. Dès lors, ils créent, provoquent, mentent avec joie, s’entendent, se sous-entendent et taisent à voix haute. Le ton est léger, vif, virevoltant. Et cela pourrait bien cacher quelque chose.

Mon Avis

Un couple. Comme partout. Un humour. Pète-sec. Virulent. A froid. Un échange. Un partage. A demi-mot. A pleine complicité. Un échange sur la vie.  Sur tous les jours. Un humour grinçant. Un regard particulier sur la routine de la vie. Les évènements. Les choix de la vie. Une vie qui se joue au poker. A pile ou face. Au gré des mots. Au gré du temps. Au gré des choix. Une vie pas si routinière.

Les mots pour se taire est une pièce de théâtre où les acteurs se délectent des mots. Peu importe les émotions, du moment que ce couple se comprend à travers l’ironie. Franche. Incisive. Sèche. Jusqu’où peuvent-ils aller? Rien ne laisse indifférent. Au contraire. Tout comme Elsa et Marc, nous nous amusons de ces mots, de ces phrases lancées comme des objets. Des offrandes. Des cadeaux. Des liens. Nous nous amusons de ce couple atypique. Complémentaire. Si aimant. Si amants.

Le discours semble décousu. Cependant, il est clair, limpide. Les mots sont truculents « se faire décapiter par les pieds« . Nous nous régalons et en redemandons. De ces phrases. De ces jeux de mots. Nous comprenons ces amoureux des mots. Ces deux êtres amoureux de la vie. De la fin de vie. C’est une belle histoire d’amour qui, à travers les échanges dithyrambiques, cache ses souffrances. Ses limites. Son destin. Les mots pour  se taire. Pour taire l’absence. Pour taire le mal-être. Les mots pour se taire. Pour ne pas hurler. Sa douleur. Son avenir incertain.

Ma note 18/20

9782343164113   Ed. L’Harmattan   81 p.   12€

Mamie Denis, évadée de la maison de retraite – Edimo & Adjim Danngar – 2017

Quatrième de couverture

J’ai le sentiment qu’il va m’arriver quelque chose. Comme si j’étais une blonde d’Alfred Hitchcock.

Mon avis

Mamie Denis a des idées bien arrêtées sur tout ce qui l’entoure. Sur son arrondissement. La vie de quartier. Ses voisins… Son maire est bien placé pour le savoir, lui qui reçoit tous ses courriers de protestation. Alors, imaginez sa réaction quand des « coloniaux » (Africains) emménagent dans son immeuble. Que va -t-il se passer? Le supportera t-elle? Comment vont évoluer leurs relations? La vie de cette brave dame devient de plus en plus difficile. Elle doit faire face à de nombreux problèmes. Son neveu entre autres. La vie de Mamie Denis n’est vraiment pas un long fleuve tranquille. Surtout qu’elle est pleine de fougue, de verbe, de vie.

C’est avec beaucoup d’humour que nous faisons connaissance de cette mamie et de ses tribulations. Une Tatie Danielle puissance dix. Un regard acéré sur la société occidentale et son regard sur les personnes âgées. Un regard que mamie Denis va éclairer sur la situation de ces personnes qui ont beaucoup de connaissances de la vie. Qui sont riches d’expériences. Les dialogues sont truculents et nous font rire aux éclats tant les discours sont riches d’expressions telles que « tu cherches palabres« .

Les planches de Mamie Denis évadée de la maison de retraite sont en couleurs. Les coups de crayon griment si bien  les personnages et leurs traits de caractère que l’on reconnait sans peine leurs émotions. Cette bande dessinée se lit d’une traite tant le lecteur s’amuse.  Mamie Denis évadée dela maison de retraite est très cocasse. Avec son caractère trempé, Mamie Denis pourra t-elle se faire des amis? Quelqu’un comprendra t-il enfin cette dame? Mamie Denis démontre qu’il est possible d’avoir une vie après la maison de retraite. Et quelle vie!

Ma note 17/20

9782343101309   Ed. L’Harmattan  116 p.   14,90€

Cyberattaque – Angeline Vagabulle & Renard – 2018

Quatrième de couverture

27 juin 2017: une cyberattaque frappe de plein fouet plusieurs multi nationales. Angeline, collaboratrice engagée dans une course effrénée aux résultats, se trouve alors plongée dans le chaos. Après le choc, comment faire pour relancer l’activité? Ce récit va vous emporter  dans les affres de la grande déconnection.

Mon avis

Un monde économique hyper connecté. Nous le savons tous. Nous le vivons au quotidien. Et, quand tout se déconnecte, comment ce monde s’en sort-il? Ce monde surbooké. Cyberattaque nous emmène en promenade dans ce monde statiquement chaotique. Silencieusement chaotique. Un monde en sidération complète.

Avec beaucoup d’humour Angeline Vagabulle nous décrit ce monde perdu entre « être et ne plus être ». Ce monde où les employés super actifs se retrouvent relégués au rôle de Legos oubliés. Comment se réapproprier son travail? Comment affronter ce traumatisme dans ce monde du chacun pour soi?

Cyberattaque est un roman tragicomique qui se joue dans le monde des affaires. Monde régi par la cybernétique. Tout y est froid. Calculé. Millimétré. Inhumain. Réglé comme une horloge Suisse. Comme du papier musique. Un monde où les marionnettes sont dirigées par un dieu aveugle, sadique et insensible: celui des affaires. Que deviennent ces marionnettes quand la musique s’arrête? Comment redécouvrir le vrai sens de la vie sacrifié sur l’autel du toujours plus vite, toujours plus actif?

L’humour est caustique et les dessins de Renard le rendent encore plus incisif. Au fil des pages, les situations rocambolesques se suivent et font penser à ces robots à qui l’on arrache les fils d’un coup, les vouant à une brusque et sempiternelle immobilité. Cyberattaque  nous fait réfléchir sur notre monde où la robotique régit une très grande partie de notre vie. De notre quotidien. Et si, un jour, le matériel électronique que nous possédons rendait l’âme? Comment réagirons-nous? Y survivrons-nous? Dans quel état? Cyberattaque apporte une première et truculente réponse. Peut-être est-ce l’occasion de reprendre sa vie en main? De faire face à des choix décisifs? Ce qui est sûr c’est que cyberattaque nous fait rire de cette situation. Cependant, et si un jour…?

Ma note 17/20

9782955545270   DG Editions Les Funambulles   220 p.   9€