Fillette Lalo – Gerry L’Etang et Dominique Batraville – 2018

Quatrième de couverture

Dans une autre circonstance, un autre pays, un président-à-vie entreprit une traversée de l’horreur. Il s’appuya dans cette aventure sur une milice dont les membres reçurent le titre officiel de « volontaires de la sécurité nationale ». La malice populaire préféra les nommer « tontons macoutes » pour les hommes, « fillettes Lalo » pour les femmes, s’inspirant là d’un croquemitaine et d’une ogresse, figures imaginaires du lieu. Une femme se hissa à la tête de ces paramilitaires, devint LA Fillette Lalo. Plus d’un demi-siècle après le début de son oeuvre, sa légende, d’extravagance et d’effroi, est ici restituée

Mon Avis

Un peuple qui se révolte. Comme partout dans le monde. Sur une île Antillaise, les légendent courent les rues. Les chants moqueurs et satyriques aussi. Surtout ceux qui concernent Fillette Lalo qui a disparu de mille et une manières différentes. Qui est-elle? Mythe ou réalité? Que se passe t-il? Qu’est-ce qui a mené à cette révolte populaire? Quel est le lien avec fillette Lalo? Fillette Lalo nous fait découvrir des personnages hauts en couleurs. Des personnages aux noms d’une grande douceur. D’une douceur aussi grande que la férocité de la personne qui le porte. Leur vie. Leur sort nous sont racontés dans le détail. Nous suivons un peuple qui est arrivé au bout de la peur. Au bout de la douleur. Au bout de la terreur. Au bout de la violence. Une violence aveugle. Gratuite. Partiale.

Au fil des pages, nous faisons face à la grandiloquence d’un tyran. D’un autocrate nommé « Président à vie ». D’un « vampire du peuple ». Nous découvrons un pouvoir autoritaire qui se complait dans ses exactions. Comment vivent ces hommes et ces femmes qui détiennent le pouvoir? Ont-ils des limites à leur débauche? Ont-ils des imites à leurs violences? Peu à peu se dessine l’innommable. Les luttes souterraines. Les trahisons. Le ton est caustique. L’humour aussi.

A travers les actes, l’histoire de fillette Lalo est le destin d’une île saturée d’horreur. Qui se dessine. Ainsi que la force et la résilience d’un peuple qui se dresse face à son dictateur et à ses sbires. Un peuple qui tire sa force de cette violence pour se construire, pour avancer dans la vie. Pour regarder, de loin, la chute de ces « grands », voire de l’orchestrer. Mine de rien. Fillette Lalo est un hommage à un peuple jamais nommé, mais connu du monde entier. Ce peuple qui possède dans les gènes, dans son histoire, une part de l’ADN de cette légende: Fillette Lalo.

Ma note 18/20

9782357204171     Hervé Chopin Editions    80 p.     12,50€

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Les mots pour se taire – Timothée Guérin – 2019

Quatrième de couverture

Cette pièce raconte les histoires d’un couple qui n’en a pas. Elsa et Marc vivent beaucoup. Ils sont insatiables, enthousiastes, corrosifs. Ils s’aiment sans hésiter et se sollicitent sans relâche. Leur imagination est le garde-fou de la routine, leur énergie l’antidote  de l’ennui. Comme ils se comprennent sans parler, leurs mots sont affranchis de deux tâches ingrates: traduire les pensées et relater le réel. Dès lors, ils créent, provoquent, mentent avec joie, s’entendent, se sous-entendent et taisent à voix haute. Le ton est léger, vif, virevoltant. Et cela pourrait bien cacher quelque chose.

Mon Avis

Un couple. Comme partout. Un humour. Pète-sec. Virulent. A froid. Un échange. Un partage. A demi-mot. A pleine complicité. Un échange sur la vie.  Sur tous les jours. Un humour grinçant. Un regard particulier sur la routine de la vie. Les évènements. Les choix de la vie. Une vie qui se joue au poker. A pile ou face. Au gré des mots. Au gré du temps. Au gré des choix. Une vie pas si routinière.

Les mots pour se taire est une pièce de théâtre où les acteurs se délectent des mots. Peu importe les émotions, du moment que ce couple se comprend à travers l’ironie. Franche. Incisive. Sèche. Jusqu’où peuvent-ils aller? Rien ne laisse indifférent. Au contraire. Tout comme Elsa et Marc, nous nous amusons de ces mots, de ces phrases lancées comme des objets. Des offrandes. Des cadeaux. Des liens. Nous nous amusons de ce couple atypique. Complémentaire. Si aimant. Si amants.

Le discours semble décousu. Cependant, il est clair, limpide. Les mots sont truculents « se faire décapiter par les pieds« . Nous nous régalons et en redemandons. De ces phrases. De ces jeux de mots. Nous comprenons ces amoureux des mots. Ces deux êtres amoureux de la vie. De la fin de vie. C’est une belle histoire d’amour qui, à travers les échanges dithyrambiques, cache ses souffrances. Ses limites. Son destin. Les mots pour  se taire. Pour taire l’absence. Pour taire le mal-être. Les mots pour se taire. Pour ne pas hurler. Sa douleur. Son avenir incertain.

Ma note 18/20

9782343164113   Ed. L’Harmattan   81 p.   12€

Mamie Denis, évadée de la maison de retraite – Edimo & Adjim Danngar – 2017

Quatrième de couverture

J’ai le sentiment qu’il va m’arriver quelque chose. Comme si j’étais une blonde d’Alfred Hitchcock.

Mon avis

Mamie Denis a des idées bien arrêtées sur tout ce qui l’entoure. Sur son arrondissement. La vie de quartier. Ses voisins… Son maire est bien placé pour le savoir, lui qui reçoit tous ses courriers de protestation. Alors, imaginez sa réaction quand des « coloniaux » (Africains) emménagent dans son immeuble. Que va -t-il se passer? Le supportera t-elle? Comment vont évoluer leurs relations? La vie de cette brave dame devient de plus en plus difficile. Elle doit faire face à de nombreux problèmes. Son neveu entre autres. La vie de Mamie Denis n’est vraiment pas un long fleuve tranquille. Surtout qu’elle est pleine de fougue, de verbe, de vie.

C’est avec beaucoup d’humour que nous faisons connaissance de cette mamie et de ses tribulations. Une Tatie Danielle puissance dix. Un regard acéré sur la société occidentale et son regard sur les personnes âgées. Un regard que mamie Denis va éclairer sur la situation de ces personnes qui ont beaucoup de connaissances de la vie. Qui sont riches d’expériences. Les dialogues sont truculents et nous font rire aux éclats tant les discours sont riches d’expressions telles que « tu cherches palabres« .

Les planches de Mamie Denis évadée de la maison de retraite sont en couleurs. Les coups de crayon griment si bien  les personnages et leurs traits de caractère que l’on reconnait sans peine leurs émotions. Cette bande dessinée se lit d’une traite tant le lecteur s’amuse.  Mamie Denis évadée dela maison de retraite est très cocasse. Avec son caractère trempé, Mamie Denis pourra t-elle se faire des amis? Quelqu’un comprendra t-il enfin cette dame? Mamie Denis démontre qu’il est possible d’avoir une vie après la maison de retraite. Et quelle vie!

Ma note 17/20

9782343101309   Ed. L’Harmattan  116 p.   14,90€

Cyberattaque – Angeline Vagabulle & Renard – 2018

Quatrième de couverture

27 juin 2017: une cyberattaque frappe de plein fouet plusieurs multi nationales. Angeline, collaboratrice engagée dans une course effrénée aux résultats, se trouve alors plongée dans le chaos. Après le choc, comment faire pour relancer l’activité? Ce récit va vous emporter  dans les affres de la grande déconnection.

Mon avis

Un monde économique hyper connecté. Nous le savons tous. Nous le vivons au quotidien. Et, quand tout se déconnecte, comment ce monde s’en sort-il? Ce monde surbooké. Cyberattaque nous emmène en promenade dans ce monde statiquement chaotique. Silencieusement chaotique. Un monde en sidération complète.

Avec beaucoup d’humour Angeline Vagabulle nous décrit ce monde perdu entre « être et ne plus être ». Ce monde où les employés super actifs se retrouvent relégués au rôle de Legos oubliés. Comment se réapproprier son travail? Comment affronter ce traumatisme dans ce monde du chacun pour soi?

Cyberattaque est un roman tragicomique qui se joue dans le monde des affaires. Monde régi par la cybernétique. Tout y est froid. Calculé. Millimétré. Inhumain. Réglé comme une horloge Suisse. Comme du papier musique. Un monde où les marionnettes sont dirigées par un dieu aveugle, sadique et insensible: celui des affaires. Que deviennent ces marionnettes quand la musique s’arrête? Comment redécouvrir le vrai sens de la vie sacrifié sur l’autel du toujours plus vite, toujours plus actif?

L’humour est caustique et les dessins de Renard le rendent encore plus incisif. Au fil des pages, les situations rocambolesques se suivent et font penser à ces robots à qui l’on arrache les fils d’un coup, les vouant à une brusque et sempiternelle immobilité. Cyberattaque  nous fait réfléchir sur notre monde où la robotique régit une très grande partie de notre vie. De notre quotidien. Et si, un jour, le matériel électronique que nous possédons rendait l’âme? Comment réagirons-nous? Y survivrons-nous? Dans quel état? Cyberattaque apporte une première et truculente réponse. Peut-être est-ce l’occasion de reprendre sa vie en main? De faire face à des choix décisifs? Ce qui est sûr c’est que cyberattaque nous fait rire de cette situation. Cependant, et si un jour…?

Ma note 17/20

9782955545270   DG Editions Les Funambulles   220 p.   9€

Crime de grossesse – Issan Giska Ntsila – 2018

Quatrième de couverture

Wayatima, fille d’un colonel riche et autoritaire, tombe malencontreusement enceinte d’Eloki, celui qu’elle considère comme l’homme de sa vie. Troublé par cette nouvelle et ne sachant comment l’assumer, Eloki trouve refuge chez sa sœur. Mais, quand le père de Wayatima  découvre l’impensable, c’est une horde de militaires qui part à la recherche du responsable de ce « crime de grossesse ».

Mon avis

Wayatima porte l’enfant de son prince charmant. Rêve ou cauchemar? Comment l’annoncer à sa famille? Surtout à son père. Crime de grossesse est une pièce de théâtre qui décortique cette situation et démontre le mécanisme qui se met en place dès l’annonce de la grossesse hors mariage. Il se lit rapidement et l’écriture est fluide.

En Afrique, dans certaines cultures, les grossesses hors mariage sont un problème sociétal. Surtout pour les jeunes femmes. C’est un grand moment de solitude pour ces dernières qui sont souvent abandonnées par le père de l’enfant. Par leur famille. Elles sont vouées à la colère parentale et rejetées par la société. Elles doivent faire face à la stigmatisation: réputations bafouée. Abandonnées de tous et jetées à la rue.

Crime de grossesse est une pièce de théâtre qui se lit d’une traite. L’humour est présent malgré le sérieux du thème abordé. Très fin. Les personnages sont caricaturaux à souhait. Cependant, certains comme la mère paraissent lisses. Les sentiments ne sont pas très approfondis. Ce qui n’empêche pas à la pièce de théâtre d’être truculente. Ce sujet très actuel aurait pu être approfondi. Cependant, l’essentiel est présent.

Dès le départ, nous sommes pris dans cette trame et souffrons avec Wayatima. Nous comprenons sa détresse. Les mots nous enserrent dans cette angoisse légitime de cette jeune femme. Crime de grossesse démontre que le fait d’attendre un enfant n’est pas forcément un très bel évènement dans certaines cultures. C’est une pièce de théâtre qui fait réfléchir. Profondément.

Note 16/20

9782754740302   Edition du Panthéon   115 p.   12,90€

Le voyage d’un chat – Christophe Bladé & JustineF – 2019

Quatrième de couverture

Motus est un jeune chat rêveur et curieux qui découvre le courage au fil de son aventure. Il quitte son abri tranquille, s’éloigne du monde des humains, pour devenir un fier « poileux ». Son voyage l’oblige à prendre des risques, à faire des choix, à suivre son intuition  pour, au retour, être heureux de partager un trésor avec une jeune fille.

Mais n’est ce pas aussi ton destin, à toi lecteur, de t’enrichir d’expériences pour être plus fort  et mieux accompagner ceux que tu aimes? Alors va… voyage avec ce petit personnage qui, quelque part, te ressemble! Ecoute la Nature. Peut-être le murmure de la forêt t’invitera t-il à goûter … le miel de la lune!

Mon avis

Le monde des humains vu à travers le regard d’un chat et d’un vieux chêne. Le monde tout simplement. Une découverte. Une délicatesse. Une tendresse. Un chat qui rêve d’un ailleurs. Finalement, comme tout le monde. Un voyage rempli d’aventures. Motus va de découverte en découverte. C’est un petit mais courageux chaton.

Le voyage d’un chat est conseillé aux enfants à partir de six ans. Cependant, c’est un livre qui peut être lu à des tout petits, par leurs parents. Il crée un moment de grande complicité.  L’imagination d’un enfant, quel que soit son âge, est sans limites. Il pourra poser des questions et laisser libre cours à son imagination. Les textes en italique expliquent la vie des chats avec beaucoup d’humour. Explications qui peut piquer la curiosités de ces doux rêveurs. Ce qui augure de beaux moments de fous rires dans une famille. Dans une fratrie.

Les images sont en noir et blanc, sauf la dernière page qui est en couleurs, expliquant ainsi la joie de Motus d’avoir accompli son rêve et d’avoir mûri. De plus, les enfants peuvent ainsi ajouter leur propres couleurs. Pourquoi pas un chat rouge et un canard vert? Toujours leur imagination débordante. Le voyage d’un chat leur permet aussi d’apprendre les habitudes, les cris des animaux. Imaginez un petit bout de chou se tortillant pour marcher comme un canard. De grands moments de complicité en perspective.

Le voyage d’un chat est un roman qui apprend l’entraide. Le bonheur de rêver. Le partage. Un roman qui plaira à tous les enfants. A tous les parents. Un roman d’une superbe beauté. D’un superbe réalisme. Peu importe l’âge, les enfants se régaleront.

Ma note 19/20

9782378735456  Editions Ex Aequo   Collection Saute-mouton    60 p.  8€

Clo &Kuro – Pilote – A. – 2018

Mon Avis

En commençant à lire cette bande dessinée, je ne savais pas trop ce que j’allais découvrir. Les planches sont en blanc sur noir, avec une légère touche de rouge. Nous allons à la découverte de la vie de Clo, une coursière, et de son chat, Kuro. Dès la première planche, j’ai été prise d’un fou rire. Eh oui! Vous voulez savoir ce que vos animaux de compagnie pensent de vous? Vous serez servis car Kuro a une personnalité qui lui est propre. Non seulement il a un langage presque riche, mais il s’exprime aussi bien en anglais qu’en français. Il partage les aventures de sa maîtresse qui l’aime beaucoup.

Les mots sont un régal et le sourire et le rire sont présents durant toute la lecture. Lecture qui se fait d’une traite. Seule la dernière page est en couleur. Les deux complices et unami surprise terminent leur journée sous un beau coucher de soleil. Cependant, elle démontre avec saveur l’amour déséquilibré entre ces deux êtres qui vivent ensemble. Beaucoup d’éclats de rires. Les dialogues, bien que minimalistes sont succulents et égayent la lecture. La suite  serait la bienvenue. C’est une Bande Dessinée pour Adultes car Kuro a un langage très fleuri, surtout dans la langue de Shakespeare. Pour notre plus grand plaisir.

Ma note 17/20

Edition CoolLibri   26 p.

Ma vie sera pire que la tienne – Williams Exbrayat – 2018

Quatrième de couverture

Quel est le point commun entre un  looser amoureux, un bouledogue alcoolique nommé Disco Boy et une jolie hôtesse de casino? Une sévère propension à être là au mauvais endroit, au mauvais moment. Ces trois-là n’étaient pas faits pour se rencontrer, encore moins pour évoluer en milieu hostile: des trafiquants de drogues, des braqueurs grimés en présidents, des flics retors et une bête qui hante la campagne. Tuer ou se faire tuer, telle est désormais leur seule alternative.

Mon avis

Il y a des jours où il est préférable de rester au lit. Tout le monde a connu ce moment. Ce ne sont pas les apprentis voyous qui vont dire le contraire. Avec un vocabulaire truculent, Williams Exbrayat nous fait entrer dans un monde peu ordinaire: celui des voyous loosers. Ceux qui ont la poisse collée au corps. Peu importe le milieu. Peu importe la classe sociale. La poisse guide la vie de ces gangsters. Vous voulez du sang? Vous en aurez plus que vous ne le souhaitez. Vous voulez des cadavres? Il suffit de demander.

Les différentes scènes se passent avec horreur, gouaille, humour. Nous suivons les aventures de ces apprentis méchants. De ces victimes à qui la vie joue des tours assez retors. Les scènes se succèdent, se recoupent, se rejoignent pour finir en apothéose. N’est pas gangster qui veut. Peu importe l’intelligence. Peu importe la baraka. Les hommes se substituent aux animaux qui, eux, se substituent aux hommes. Ils ont plus de sentiments, plus d’âme que ces derniers. Ces humains qui vont jusqu’au bout de leur noirceur d’âme pour gagner si peu. Pour gagner le pire.

Ma vie sera pire que la tienne fait remonter la faiblesse, la fourberie de l’homme. Jusqu’où peut aller ce dernier pour garder un pactole? Qu’est ce que sa conscience lui permet de faire ou d’oublier?  Les mots sont crus. La logique est illogique. Le suspens est présent jusqu’au dernier mot. La lecture est agréable et les surprises sont nombreuses. L’intrigue est superbement ficelée et, jusqu’au bout, les personnages resteront sur le fil du rasoir. Définitivement, il est vrai que JE a raison de dire Ma vie sera pire quela tienne. Et c’est peu de le dire.

Ma note 18/20

9781719901536   Autoédition   232 p.

Noces d’un tombeau – Germain Nyada – 2017

Quatrième de couverture

Ayant perdu sa clé USB dans la maison familiale avant son départ pour des études supérieures en Allemagne, Pura charge Sita sa mère, de la retrouver et de la lui renvoyer tout en lui interdisant d’en lire le contenu. Mais cette dernière ne résiste pas à la tentation. Elle y découvre « noces d’un tombeau », le récit fantastique d’une jeune femme condamnée aux dures réalités d’un veuvage en campagne, puis soumise aux aleas conjoncturels d’une vie urbaine. D’abord fascinée par l’idée d’avoir un fils écrivain, Sita estime après réflexion que la réputation  de toute l’Afrique prendrait un coup si le texte était publié. Mais s’opposer à sa parution reviendrait à reconnaître qu’elle a trahi la confiance de Pura…

Mon avis

Oublier ou perdre une clé USB, cela peut arriver. Que se passerait-il si la personne qui la retrouvait la lisait? Sita, mère aimante, découvre ainsi son fils. Sa vie. Leur vie. Vivre sa vie est normal. La lire noir sur blanc est bouleversant. Surtout s’il y a des secrets.

Avec beaucoup d’humour, nous découvrons la vie  d’un village, d’une famille, d’une femme, d’un enfant à travers les traditions et les coutumes ethniques. Puis dans une vie citadine. Sita se pose de nombreuses questions. Faut-il rendre la clé à son fils? Faut-il, donc, accepter la publication de ce roman? La clé USB est à l’origine de tribulations tragi-comiques qui font réfléchir. Des tribulations qui nous poussent à tourner les pages avec frénésie, le sourire aux lèvres.

Tout se déroule tel une pièce de théâtre de Guillaume Oyono Mbia, tel un écrit de Francis Bebey. Le sourire et la grandiloquence des personnages tissent une histoire superbe. Superbe de doutes. D’humour. Une histoire criante de vérité. Noces d’un tombeau nous fait découvrir le poids des traditions pour les femmes. Le poids des traditions tout simplement. La lecture est très agréable et c’est avec plaisir  que l’on retrouve le parler local (« ékiééé ») et des expressions typiques qui insufflent une particularité vibrante au texte.

Sita doit réfléchir à un choix car, c’est accepter de révéler sa vie aux yeux du monde entier. A condition, bien sûr, qu’elle accepte de renvoyer cette clé. Dans le cas contraire… Mais, a-t-elle le droit de cacher son histoire? Qu’est ce qui l’y autorise? Trouvera t-elle la meilleure solution pour tout le monde? Que choisira t-elle finalement? Une question qui tient en haleine jusqu’au bout. Son choix peut sceller le destin de noces d’un tombeau à tout jamais. Et vous, si c’était votre vie qui se trouvait sur cette clé USB, quel serait votre choix?

Ma note 18/20

9782754735803 Ed. du Panthéon   331 p.   22,90€

Trois jours sans portable – Renzo Ardiccioni – 2018

Quatrième de couverture

Début du nouveau millénaire, en Italie, pendant les vacances d’été. Les téléphones portables et internet ont envahi le quotidien, au point que l’existence ne se vit plus que par écrans interposés. Dans cette frénésie, Davide vient d’avoir 50 ans, il travaille dans le marketing et a pris l’habitude d’utiliser trois lignes de téléphone. Pour se sevrer de son addiction, il suit les conseils de son médecin et tente alors de s’en passer. Au moins pendant trois jours… Trois jours sans portable, ça n’est pas la fin du monde! Davide va donc essayer. Pendant cette période, il retrouve un vieux répertoire téléphonique et ressent alors une certaine nostalgie  qui le pousse à appeler Lisa (depuis une bonne vieille cabine téléphonique). Il a connu cette femme trente ans plus tôt et a vécu avec elle une aventure passionnée. Lisa lui promet de le rejoindre en Italie. Mais, sur le quai de la gare, une surprise attend Davide…

Mon avis

A une époque où tout est connecté, humains ou non, qui oserait se déconnecter? Accepter de sortir de ce monde virtuel? Cela risque de s’avérer difficile pour de nombreuses personnes. C’est le début de l’aventure pour Davide, quinquagénaire hyper connecté. Un homme de son époque. Survivra t-il à ce choix?  Comment sera sa nouvelle vie? Supportera t-il cette déconnection? Pas facile, surtout quand, autour de soi, tout le monde s’installe dans le vingt et unième siècle.

Trois jours sans portable est un roman à trois voix: Davide qui est en train de se sevrer de ces petites machines addictives, Maestro l’intellectuel plein d’humour et Giulia qui adore ces petites boîtes qui sont le  monde extérieur. Les échanges, les discours sont truculents. Les mots sont incisifs. Durs parfois avec un brin de mauvaise foi pour certains personnages. Ils sont bourrés d’humour. Un humour caustique et fin à la fois. Les situations sont de plus en plus rocambolesques. Au fil des mots, nous finissons par regarder notre téléphone portable d’une manière dubitative.

Trois jours sans portable est une sorte de huis clos entre trois principaux personnages que tout sépare: les rêves, la vie, les choix, les portables… Des personages qui se sondent mutuellement dans une sorte de frénésie à se révéler à l’autre. Un trio qui dépeint notre société sans fards. Avec  parfois une vive cruauté.

Ce croquis pittoresque du 21ème siècle pourrait donner des idées à certains tant les excuses des personnages sont logiques et farfelues à la fois. Où est la poésie? L’art d’écrire? De fabriquer de belles phrases? Où est passé le plaisir de converser avec l’autre? Le plaisir d’écouter, de regarder la vie autour de soi? Et s’il s’agissait de révéler au mieux l’humain, avec ses forces et ses faiblesses en le regardant dans une glace sans tain? Pour s’ouvrir à notre monde en déliquescence. Sans portable, mais avec une vie. Quelle qu’elle soit. Peut-être…

Ma note 16/20

978281271047  Editions Les Presses du Midi    123 p.  15€