Pavane Alexandrine – Dominique Gogny -2016

Quatrième de couverture

Béatrice est chartiste à Alexandrie. Elles fouille les archives des grandes familles locales et soudain, au soir d’une vie turbulente, parait dans son ciel méditerranéen la comète d’un nouvel amour qui se dirige vers Rouen, sa ville et celle de François un musicien qui entre comme par effraction dans sa vie. Elle compose alors sur sa tablette une pavane littéraire faite de brefs messages écrits dans la spontanéité de l’émotion. Quand la musique se tait, la plume se fait scalpel et dissèque dans un épilogue fulgurant de lucidité le cadavre d’un fol amour.

Chronique

Peux t-on qualifier un livre de ballade musicale? Ce sont les mots qui me sont venus à l’esprit en lisant Pavane Alexandrine. Avoir un amour épistolaire, est-ce un véritable amour? Pourtant, il y parait quand les mots font chanter les cœurs et danser la vie. Quand l’avenir se fait tendresse et que le présent se fait passion. Entre l’Egypte et la France, un tendre échange voit le jour et devient chaque jour plus fort et plus intense. Une vie qui se raconte par le biais de courriers. Un amour qui devient tendrement passionné.

Une femme amoureuse raconte sa vie. Leur vie. Les moments de doute. De remords. D’angoisse. De bonheur. Ce moment où les mots deviennent poésie. Une poésie qui chante la musique. La musique de l’hymne à l’amour. Qui est cet homme à qui ces tendres récits sont destinés? Cet homme qui reçoit les mots de l’amour-passion, peut-être, de l’amour-mortifère? Comment aime t-il en retour? Quel genre d’amour au titre de films ou de musique classique?

Une lecture qui se fait d’une traite tant les mots sont beaux. Touchants. Bluffants. Crus. Nous découvrons la vie Alexandrine à travers le regard d’une femme qui laisse avec bonheur son regard s’égarer sur la vie qui l’entoure. Pavane Alexandrine nous démontre que l’amour malgré la distance se nourrit de passion. De la tendre vision de l’aimé. Une passion qui peut déboucher sur une froide réalité. Un ego surdimensionné. Un égoïsme à toute épreuve. Un éveil rude au non amour. Béatrice fera face à François et à l’égocentrisme de ce dernier. Un jour viendra le temps de la rédemption. Un jour.

Note 18/20

9782919270064   Editions Les Trois Platanes   163 p.   18€

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La ronde des derniers Maîtres du Bèlè – Jean-Marc Terrine – 2015

Quatrième de couverture

Les anthropologues, les ethnologues, les musicologues, ont parlé d’eux, les gens du Bèlè. Un art des mornes autour du chant, de la danse et du tambour, pratiqué par des paysans dans les campagnes de Bezaudin, de Pérou et de Reculée, au Nord de la Martinique, dans la commune de Sainte-Marie. Une expression diabolisée depuis la nuit des temps, qui a survécu tant bien que mal depuis l’esclavage. Les rencontres Bèlè se multiplient depuis les années 1980; les Martiniquais renouent peu à peu avec un grand mouvement culturel qui fut longtemps marginalisé. L’univers du Bèlè a enfin gagné ses lettres de noblesse; on ne parle plus d’art archaïque, ni de « mœurs de vieux nègres ». Les artistes, les Maîtres du Bèlè, sont malgré tout restés dans l’ombre à ce jour. Les derniers chanteurs, danseurs, joueurs de tambour sont peu nombreux, ils sont issus d’une longue tradition initiatique. Leurs parcours, leurs danses, leurs styles, leurs expressions, ils n’en ont jamais parlé. On ne leur en a jamais donné l’occasion.

Chronique

La traite des esclaves n’est plus un mystère pour grand monde. Avec eux, les hommes ont emporté sur leurs terres lointaines leurs coutumes, leurs traditions. Elles se sont adaptées à leur nouvelle vie pour créer de nouvelles traditions. Le Bèlè en fait partie et des maîtres de cette musique ont émergé de cette culture musicale.

La ronde des derniers Maîtres du Bèlè nous introduit dans le monde des esprits par le biais de cette musique, de cette danse spécifique qui l’accompagne et nous fait flirter avec le monde de l’invisible. Cet art est longtemps tombé en désuétude. Connu de quelques initiés qui, peu à peu, emportaient leur savoir dans leur dernière demeure. Dans l’indifférence générale. Il fut une époque où cette musique animait les soirées. Aujourd’hui,  rares sont les maîtres du tambour, les maîtres de la parole. Nous découvrons, ainsi, les derniers seigneurs de cet art. Plutôt de ceux qui acceptent de parler  de leur art. Certains, blessés par les rejets ou les détournements de leur parole, sont devenus méfiants. Trop méfiants. Ils ont refusé de parler de cette musique dont la danse apprend la vie, les coups du sort et la résilience à toute épreuve, tels le Kalenda, danse des esclaves, le ladja qui accompagnait les combats.

La ronde des derniers Maîtres du Bèlè est une poésie. C’est une ode à la tradition. C’est une remise en question de cette société moderne qui met à bas certaines traditions afin de mieux avancer. C’est aussi un appel à la sauvegarde de richesses culturelles qui tombent dans l’oubli, volontairement ou non. C’est un appel à la protection d’un art en voie de disparition. C’est une vie spécifique qui n’est plus. Des bibliothèques ont brûlé et l’art est tombé en désuétude car trop de rapport avec les ancêtres venus d’au-delà des mers. Cependant, ils sont devenus si peu nombreux, ces artistes, rendus muets par l’indifférence générale. Tous ces hommes et ces femmes sont dépositaires d’un savoir. Mais ils sont trop peu nombreux pour entamer la ronde des derniers Maîtres du Bèlè.

Note 19/20

9782357202610   HC Editions    165 p.     14,50€