Une nuit à Aden T. 1 & 2 – Emad Jarar – 2018

Quatrième de couverture T.1

« Mon père pensait qu’on « naissait musulman » et qu’être musulman était un statut qui dépendait du Tout Puissant uniquement. Et comme pour se soumettre à ses propres certitudes, il s’était convaincu que l’islam était irréversible en ce qu’il l’emportait sur quelque autre religion; il était de ceux pour lesquels l’islam ne se limitait pas au seul culte, entretenant l’idée qu’être musulman préemptait pour ainsi dire tout autre choix de conscience. Pour lui, le christianisme ne serait qu’un avatar illégitime de son propre héritage, puis qu’il était désormais représenté par la religion vraie et transcendante qu’était l’islam. Sa suprématie sur les autres religions  et cette sorte d’inviolabilité  du statut de musulman semblaient d’ailleurs apaiser ses craintes: elles étaient censées me protéger de toute manoeuvre rusée de la part de ma mère ».

Quatrième de couverture T. 2

« Soudain, le fil de mes pensées cesse, quand dans l’obscurité, je perçois au loin le bruit d’un moteur, arrivant de nulle part; il semble provenir du fin fond de cette nuit: c’est u son aussi fin que le soupir de la nuit si elle pouvait respirer. Il y a que je n’ai plus besoin de tendre l’oreille pour écouter la nuit profonde. De mes mois de captivité et d’isolement, j’ai appris à domestiquer les bruits du silence, à soupeser l’air de ma prison; et je le sens cette nuit-ci plus léger; ou est ce mon corps qui est plus lourd à l’approche de la mort? Oui, l’idée me passe dans l’esprit que ce bruit peut plus facilement transpercer l’atmosphère si fine de cette nuit; c’est celui d’un moteur très au loin, et je l’entends à ne point s’y méprendre. Je me tourne vers la sentinelle: elle dort toujours ».

Mon avis

Naître Palestinien exilé est déjà une particularité. Naître d’un père musulman et d’une mère chrétienne pratiquante est une intrigue. Cette dichotomie pèsera dans tous les actes du jeune héros. A travers l’évocation de sa vie, nous découvrons les lois du Coran telles qu’elles sont établies en parallèle aux actes de ses parents. Ainsi, dans une nuit à Aden, cette particularité religieuse dans la vie de l’auteur est très intéressante et très instructive. Du fait de son statut d’homme citoyen du monde, son raisonnement est-il le résultat de cette situation? Cette dichotomie interne, psychologique entre sa vie et sa religion/ses religions rend la lecture agréable malgré les longues digressions. Ce qui est sûr, c’est que Emad Jarar est un érudit, un intellectuel doué et un théologien.

La lecture se déroule entre histoire personnelle, édits du Coran, de la Sunna, des Hadiths et les proverbes, les citations du monde Arabe. Des citations des plus grands maîtres de la pensée arabophone. C’est un regard plein de tendresse et d’humour qu’il pose sur sa vie et celle de ses parents. Au fur et à mesure de la lecture, une sorte d’addiction s’installe et les pages se tournent avec beaucoup de curiosité. Dans un monde où l’Islam est devenu un objet d’incompréhension, de questionnement, une nuit à Aden est le symbole de la possibilité d’une symbiose entre deux religions monothéistes.

Cependant, Emad Jarar ne parle pas que de religion. Il présente la vie d’un jeune homme sans patrie. Un jeune homme qui est le lien entre l’Orient et l’Occident. Qui mène une vie en fonction de ses antécédents familiaux. Un homme qui vit un amour passionné et passionnel. Il vit cet amour dans l’extrême. Avec douceur. Avec force. Malgré le monde qui s’écroule autour de lui. Malgré sa vie coincée entre quatre murs. Une vie qui s’effrite au nom de l’amour absent. Une vie retrouvée au nom de l’amour absent. Malgré le fanatisme religieux.

Une nuit à Aden fait revivre les moments clés des pays du Maghreb, du Proche et de Moyen Orient. Il s’agit d’une découverte des différents modes de vie de ces régions liées à l’islam et aux conséquences terribles des différentes interprétations des peuples. C’est une plongée dans un monde qui ne laisse pas indifférent. Qui ne laisse pas indemne. Qui permet de comprendre les raisons de la montée de certains courants extrémistes. Une nuit à Aden est un voyage superbe à travers l’amour. A travers les souvenirs. A travers la vie et ses déboires. Un voyage profondément humain. Un voyage d’un homme à la recherche de sa vie. De son destin. Quitte à se perdre à jamais. Quitte à se retrouver pour toujours.

Ma note 17/20

Tome 1 – 97823631588949  382 p.   17€     Tome 2 – 97823631588956   394 p.   19€

 

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Le sceau des Maîtres – 1 – Le manoir -Etherian Lore – 2018

Quatrième de couverture

Lorsque leur fête d’amis est interrompue par un drame, ils se dispersent tous dans les bois. Pourchassés par des bêtes, Isabelle est séparée de son copain  dans leur course. Maintenant, seule face à ce manoir étrange, elle devra tenter de retrouver ses amis et de rester en vie. Les découvertes qu’elle fera seront aussi inquiétantes… qu’intrigantes. Tout en cherchant le moyen de s’échapper de cet endroit labyrinthique, elle comprendra  pour quelle raison le manoir est caché au fond des bois. Ce qui existe en ces lieux n’aurait pas dû être découvert. Un document trouvé lui donnera des indices et l’un de ses amis la conduira à une ressource qui pourrait leur révéler les mystères du manoir.

Mon avis

Le titre m’a beaucoup intriguée. Le scénario imaginé était presque celui du livre. Bref, j’imaginais bien un manoir au fond de la forêt. Mais, pas la suite.  Et quelle suite! Un manoir qui retient les personnes! Ce sentiment affolant qu’est la peur, qui envahit tout être humain qui se rend compte d’un piège qui se referme sur lui. Dans un monde sans origine. Un monde inconnu et hostile. D’une hostilité froide. Inerte. Sans nom. Juste une impression qui s’exacerbe tout au long des pages. Une terreur pire que celle ressentie en pleine forêt ou dans un labyrinthe.

Le sceau des maître – 1 – Le manoir est un roman qui fait apprécier la liberté. De cette appréciation éprouvée  pour une chose perdue  et fortement regrettée. Tel est ce que ressent Isabelle. Le récit  est à la première personne. Ce qui permet au lecteur de s’identifier au personnage et de vivre l’aventure à son rythme.

Les découvertes se font, plus intrigantes les unes que les autres. Des questions se posent et pour nombre d’entre elles, restent sans réponse. Tout comme les solutions qui sont quasi inexistantes. Et, ce n’est pas faute pour Isabelle d’essayer de comprendre la situation afin de prendre une décision. Que se passe t-il? Quelle loi a été transgressée? Dans quel but garder les gens? Qui est à l’origine de cette blague douteuse? Comment s’évader? Des questions qui taraudent Isabelle et gardent intact son désir de s’échapper.

Lentement, le lecteur se trouve engagé dans une chasse à la liberté vitale. Il traverse des vagues d’espoir, de doute, d’euphorie et de déception. Dans le sceau des maîtres – 1 – Le Manoir, la vie, quelle qu’elle soit, est d’une grande présence. Juste une soif de vivre. Plus forte. Plus intense que celle du manoir et de ses habitants.

Ma note 17/20

978175209973   Ed. Solarianne      165 p.