Terrorist at home – Victoria Bell – 2019

Quatrième de couverture

Ce récit, basé sur des faits réels, nous rapporte l’histoire d’Emerik, un enfant qui a subi l’inceste, la pédophilie, la maltraitance. Malgré les obstacles, sa mère se bat pour le défendre, utilisant pour cela tous les moyens en sa possession, qu’ils soient médicaux ou juridiques. Entre influences politiques et francs-maçons, le lecteur découvre que la résistance et le refus de la vérité peuvent parfois venir de l’intérieur: la famille.

Chronique

L’histoire d’un enfant. L’histoire d’une petite vie malmenée. Une histoire vraie qui prend aux tripes. Emerik est petit garçon heureux de vivre. Un enfant qui a des rêves de son âge: trois ans. Tout va bien. Mais la vie réserve parfois des tours pendables. La roue tourne dans un sens comme dans l’autre. Elle tournera pour Emerik et sa mère. Elle s’arrêtera aux portes de l’enfer. Que dis-je? Des enfers. Et presque pour l’éternité…

Terrorist at home est le cri de douleur d’une mère. Un cri d’amour emporté par la plume pour frapper à la porte d’un cœur scellé par le désespoir. C’est un roman qui nous présente un mal bien trop courant à notre époque: la violence  sous toutes ses formes envers un enfant. La violence faite à un petit garçon. Un mal qui gangrène la société. Comment se reconstruire après avoir subi des horreurs? Que faire pour que le statut de victime soit octroyé et reconnu? Comment peut réagir l’entourage? La résilience est-elle possible?

Les mots sont durs  mais la lecture reste aisée. Les chapitres s’enchainent comme les maillons d’un collier pour nous narrer l’histoire d’Emerik. Ses souffrances. Ses cris sourds. Ses douleurs d’enfant. Les mots se posent avec force. Ils sont empreints de cette douleur qui épuise le cœur et tord les boyaux. Cette douleur qui donne des nuits blanches et des cauchemars éveillés. La douleur d’une mère. Une mère pour qui le monde s’écroule, l’entrainant bien malgré elle dans les tréfonds du désespoir. Une mère. Un enfant. Une vie. Des vies. Rien que de plus banal. D’une telle banalité que l’on pense  que cette souffrance muette, ces cris angoissants de silence ne peuvent être perçus que de ceux qui ont un terrorist at home.

Note 19/20

9782754743989   Ed. du Panthéon    230 p.     19,90€

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Fillette Lalo – Gerry L’Etang et Dominique Batraville – 2018

Quatrième de couverture

Dans une autre circonstance, un autre pays, un président-à-vie entreprit une traversée de l’horreur. Il s’appuya dans cette aventure sur une milice dont les membres reçurent le titre officiel de « volontaires de la sécurité nationale ». La malice populaire préféra les nommer « tontons macoutes » pour les hommes, « fillettes Lalo » pour les femmes, s’inspirant là d’un croquemitaine et d’une ogresse, figures imaginaires du lieu. Une femme se hissa à la tête de ces paramilitaires, devint LA Fillette Lalo. Plus d’un demi-siècle après le début de son oeuvre, sa légende, d’extravagance et d’effroi, est ici restituée

Mon Avis

Un peuple qui se révolte. Comme partout dans le monde. Sur une île Antillaise, les légendent courent les rues. Les chants moqueurs et satyriques aussi. Surtout ceux qui concernent Fillette Lalo qui a disparu de mille et une manières différentes. Qui est-elle? Mythe ou réalité? Que se passe t-il? Qu’est-ce qui a mené à cette révolte populaire? Quel est le lien avec fillette Lalo? Fillette Lalo nous fait découvrir des personnages hauts en couleurs. Des personnages aux noms d’une grande douceur. D’une douceur aussi grande que la férocité de la personne qui le porte. Leur vie. Leur sort nous sont racontés dans le détail. Nous suivons un peuple qui est arrivé au bout de la peur. Au bout de la douleur. Au bout de la terreur. Au bout de la violence. Une violence aveugle. Gratuite. Partiale.

Au fil des pages, nous faisons face à la grandiloquence d’un tyran. D’un autocrate nommé « Président à vie ». D’un « vampire du peuple ». Nous découvrons un pouvoir autoritaire qui se complait dans ses exactions. Comment vivent ces hommes et ces femmes qui détiennent le pouvoir? Ont-ils des limites à leur débauche? Ont-ils des imites à leurs violences? Peu à peu se dessine l’innommable. Les luttes souterraines. Les trahisons. Le ton est caustique. L’humour aussi.

A travers les actes, l’histoire de fillette Lalo est le destin d’une île saturée d’horreur. Qui se dessine. Ainsi que la force et la résilience d’un peuple qui se dresse face à son dictateur et à ses sbires. Un peuple qui tire sa force de cette violence pour se construire, pour avancer dans la vie. Pour regarder, de loin, la chute de ces « grands », voire de l’orchestrer. Mine de rien. Fillette Lalo est un hommage à un peuple jamais nommé, mais connu du monde entier. Ce peuple qui possède dans les gènes, dans son histoire, une part de l’ADN de cette légende: Fillette Lalo.

Ma note 18/20

9782357204171     Hervé Chopin Editions    80 p.     12,50€

Sapin-Lilas – Alvyane Kermoal – 2018

Quatrième de couverture

Ce sont des temps que l’on ne compte pas, mais des années  que l’on n’oublie pas. On va doucement vers le bout de sa vie et les souvenirs affluent comme pour nous dire : »Regarde, tu as eu de beaux moments dans ce qui fut le pire« .

Une mère et ses jumeaux devant les belles vitrines des grands magasins à Paris. La détresse d’une femme qui travaille et ne peut rien offrir à ses enfants….rien….sauf…la dignité. Une pièce jetée au sol et le rêve se brise. Le « bienfaiteur » pourra t-il comprendre ce qu’elle va essayer de lui montrer avec le Sapin-Lilas?

Mon Avis

Une colombe en plein vol prise dans une boule de neige. Telle est la couverture de ce roman. Un symbole? Perte de liberté? Fin du rêve? Début du cauchemar? Comment vivre quand la vie est compliquée? Surtout comment faire pour que les enfants ne la subissent pas trop?

Sapin-lilas. Une belle invention pour les fêtes de Noël. Le symbole d’une vie compliquée mais belle. Celle de Sybille et de ses deux enfants. Le symbole de la simplicité. De l’amour profond. Sans fards.  Sans faux semblants. Symbole de l’amour innocence. De cette pauvreté riche d’autre chose  que de biens pécuniers. Que signifie la pauvreté? Sur quoi se base t-on pour l’attribuer à quelqu’un?

Sapin-lilas nous montre la vie. La vraie. Sans ostentation. La vie dans toute sa beauté et tous ses manques. C’est aussi une belle leçon d’amour. De partage. De don de soi. De don de son temps. Sans rien attendre en retour. Sapin-lilas est une offrande superbe sur l’autel des idées toutes faites. Des idées convenues sur les pauvres. Sur ceux qui ont très peu de pouvoirs financiers. Une famille, sans biens matériels, mais avec tant d’amour. C’est ce que nous découvrons au fil des pages. Au fil des mots. Un espoir en l’humanité. Une famille d’une grande simplicité et qui se nourrit de petits moments de bonheur.

 Un livre qui se dévore rapidement. Un livre qui fait réfléchir aux priorités de la vie. Un roman qui démontre la force de la résilience. Avec pudeur. Avec sensibilité. Avec générosité. L’art de faire de sa vie  des moments uniques malgré le manque financier. Manque qui n’entame pas la joie de vivre. Le plaisir de regarder autour de soi sans juger. Le plaisir de donner juste pour voir une étincelle de bonheur dans un regard inconnu. Des rencontres inoubliables et mémorables qui deviennent de précieux moments de partage. Juste pour voir le bonheur. La joie. Tant d’émotions qui ont tendance à déserter notre société. Au fait, qu’est-ce qu’un sapin-lilas?

Ma note 19/20

9781790980475   Autoédition   80 p.

Naissance d’une femme – Camomille – 2017

Quatrième de couverture

Geneviève grandit dans les années 60, à Langevin, un écart de Saint-Joseph, au sud de l’île de la Réunion. Après une enfance heureuse auprès des siens, malgré la misère et le décès prématuré du père, une rencontre entraîne la jeune fille naïve dans un tourbillon qui lui enlève tout contrôle sur sa vie. Choc des cultures, violence et humiliations deviennent progressivement son lot. Mais Geneviève tient bon. Elle espère. Surtout pour ses enfants, sa seule consolation et l’objet de sa fierté. Jusqu’à ce qu’éclate le scandale, qui brisera sa famille et ses dernières illusions. Geneviève saisit alors l’opportunité de devenir la femme libre et capable qui, au fond d’elle, attendait d’être révélée.

Mon Avis

Etre femme dans certains endroits du monde peut représenter une grande difficulté. Tout peut contribuer à ce qu’une jeune fille à la fleur de l’âge découvre et exploite son statut de femme dans la douleur. Le mensonge. La pauvreté fait force de maturité et oblige à tous les extrêmes. Ainsi se découvre Geneviève, jeune réunionnaise qui a grandi trop vite. Avec empressement. Avec ignorance. Pourquoi a t-elle accepté ce genre de vie si jeune?

Peu à peu, elle entre dans le monde d’adulte  et doit s’adapter rapidement. Naissance d’une femme nous fait entrer avec vivacité dans la vie d’une enfant. D’une enfant-femme. Une vie pas toujours facile. Une vie pas toujours supportable. Une vie de résilience entre la Réunion et la France. Chaque chapitre nous fait découvrir la force, la faiblesse, le courage d’une femme. D’une épouse. D’une mère. Comment ne pas baisser les bras quand la vie n’est que lutte de tous les instants? Comment faire pour ne pas sombrer? Le courage est-il un acquis? La vie de Geneviève défile ainsi que les épreuves. Les bons moments. Les instants de joie. De découragement. Cependant, vaille que vaille, la vie continue.

Naissance d’une femme est un cri. Une ode à la force de la femme. Force physique ou mentale. Une ode à sa capacité de résilience. C’est un roman d’une grande simplicité. Un roman bouleversant. Au fil des mots, nous nous laissons emporter par l’histoire de ce bout de femme. Par l’histoire d’une famille. A travers les épreuves, les joies, les rires, les larmes, la chenille devient papillon pour voler de ses propres ailes. Au fil des pages, nous assistons à l’accomplissement, à la naissance d’une femme. En toute beauté. En toute humanité. En toute humilité.

Ma note 18/20

9791092429121   Ed. du 20 décembre   375 p.   20€

 

 

Un rêve risqué, du rêve à la réalité – Franck Kouamé – 2017

Quatrième de couverture

« Un rêve risqué. Du rêve à la réalité » nous plonge à Huambo, petite ville du nord de l’Angola des années 70, dans laquelle vit un jeune garçon nommé Rigoberto, qui a un rêve, devenir écrivain. Malgré les moqueries de sa famille et les péripéties qu’il devra affronter, il n’abandonnera pas…

Mon avis

Avoir un rêve. Pouvoir le réaliser. Malgré les moqueries. Malgré les aleas de la vie. Malgré la pauvreté sociale environnante. Tel est le désir de Rigoberto, jeune homme mûri trop vite par la vie et les responsabilités. Finira t-il par réaliser son rêve? Résistera t-il aux lumières de la ville et aux dangers que draine cette dernière?

Un rêve risqué – Du rêve à la réalité est le récit d’une vie. D’une multitude de vies. Le récit d’un rêve balloté par des choix. Des doutes. Des retrouvailles. L’histoire est belle car elle est celle d’une résilience. Celle d’une lune à décrocher. Celle de l’aboutissement d’un vœu. Au travers de ce récit, il y a une famille. Une famille qui se reforme autour d’un rêve. Autour d’une promesse. Une promesse qui engage une vie. Qui engage des vies. Une résilience. Belle. Forte.

Un rêve risqué – Du rêve à la réalité est un roman qui parle à tous ceux  qui, durant toute leur vie, ont poursuivi un rêve. Sans relâche. Par contre, de nombreuses fautes d’orthographe, de grammaire, de syntaxe sont passées au travers du filet de la correction, ce qui nuit à la qualité de l’histoire. Cependant, cette dernière reste prenante et nous accompagnons Rigoberto dans son rêve. Nous nous surprenons à lui souhaiter, malgré la dure vie qu’il mène, malgré son entourage, de réaliser son rêve, même s’il est risqué.

Ma note 13/20

9782956033806  Kiff’Art Editions – 63 p.

 

 

 

Les miroirs du silence – Zoubida Bengeloune Fall – 2018

Quatrième de couverture

Au moment d’ouvrir ce livre, posez-vous une question: Que sais-je des inconnus devant lesquels je passe tous les matins? Qui sont-ils? D’où viennent-ils? Quels sont leurs rêves? Mendiants, chômeurs, vendeurs à la sauvette, jeunes cadres d’entreprise, autant de personnes que nous croisons tousles jours sans leur accorder attention. Survivre à son divorce, retrouver sa jeunesse évanouie, réussir sa mort sont certaines des épreuves de vie qu’imagine l’auteure, remontant ainsi le fil invisible qui la relie à ces inconnus.

Mon avis

Il arrive souvent qu’en observant une scène, nous tentons d’en imaginer l’histoire. Dans les miroirs du silence, l’imagination de l’auteure va jusqu’au bout. Ces aventures du quotidien prennent vie sous la plume légère de Zoubida Bengeloune Fall. Des bouts de vie. Des tranches de vie. Tendres. Dures. Pleines d’humour. Pleines de doute. Poignantes. Des vies parfois misérables. Celles de personnes oubliées par la paix, la joie, le bonheur, l’équilibre psychique. Des hommes dans un pays où le quotidien est une lutte sans fin. Des tranches de vie qui pourraient être vécues n’importe où, à travers le monde.

Les miroirs du silence offrent un regard sans fards sur une société engluée dans son carcan de bonne éducation, de personnes « bien pensantes » et de l’art de supporter les aléas de la vie avec dignité. Les histoires, souvent égayées par des adages, des proverbes, sont courtes et profondément humaines. Quelques mots wolof ne sont pas traduits. Ce qui ne nuit en rien à la lecture et à la compréhension des petits moments de vie. Au détour d’une rencontre, même furtive, Les miroirs du silence nous peignent les vies imaginées d’hommes et de femmes du quotidien. Toute rencontre même furtive fait la part belle à l’imagination. C’est une belle prouesse. La lecture se fait facilement, d’une traite. tant elle est addictive et tant la curiosité est aiguisée à chaque page, à chaque nouveau récit.

Les miroirs du silence sont le miroir d’une superbe imagination. Une imagination qui entraine le lecteur dans une valse de mots. De maux. De vies mosaïques. De bris de vies pleines d’humanité. Une humanité pudique. Forte. Reflet d’une société résiliente. Une résilience que Zoubida Bengeloune Fall a su dépeindre avec douceur. Avec tendresse. Avec empathie, brisant ainsi le silence de l’indifférence.

Ma note 18/20

9791069927025 – Du Kokalam – Plein de petits riens – 184 p

Les brèches du temps – Michel Massit – 2018

Quatrième de couverture

Qu’est-ce qu’une brèche? Une échancrure à laquelle on ne prête d’abord guère attention, une fragilité aussi dans la matière, puis une fêlure avant de devenir faille qui engloutit tout. Les brèches du temps sont ces instants au détour desquels se dispersent les destinées.

Mon avis

Des vies. Des bribes de vie. Des vies ordinaires. D’une simplicité telle que l’imaginaire se les approprie sans que nul ne s’en rende compte. Des moments où passé, présent et futur s’enlacent et ne forment qu’un face à ce moment improbable. Moment qui surgit  dans l’inconscient. Dans le conscient. Toujours plus loin dans les croyances. Et si l’incroyable survenait? Rêve ou réalité? Cette histoire qui emporte toute notion de réalité annonce t-elle la vérité ou le mensonge?  Cependant, les sentiments restent beaux. Nobles. Les hommes sont vrais dans leur quotidien, leurs mots, leurs maux. Si vrais qu’ils vont au bout de leurs choix.

Les brèches du temps est un recueil de nouvelles. Superbes par leur beauté. Superbes par leurs personnages et la capacité de ces derniers à s’approprier une vie pas forcément choisie. Chaque nouvelle est une aventure. Une vie simple. Forte. Profondément humaine. Des brins de vie qui se chevauchent. S’éloignent. Se brisent dans une valse à plusieurs temps. Avec des danseurs plus ou moins consentants.

Chaque chapitre, chaque mot est à la bonne place. Celle de la magie. Magie du destin. Magie des cœurs. Magie des rencontres. Rencontres hors du temps. Hors des sentiments. Hors de l’avenir. Des chapitres qui invitent à découvrir chaque destin derrière une porte . Destins vus au travers d’un microscope. Microscope invisible. Indécent. Présent. Les chapitres sont courts et titrés. Ce qui rend la lecture très agréable. Des chapitres qui chantent l’espoir. L’espoir par delà la résilience.

Les brèches du temps marquera votre lecture. Pas seulement en y faisant une brèche. Mais, en s’y insérant en douceur. Avec force. Afin que vous ajoutiez vos mots aux siens. Avec bonheur. Avec humanité. Avec pudeur.

Ma note 17/20

9791092375152  Editions Brandon  Collection Brandebourg   110 p.   14€

Les enquêtes d’Hugo Delatour – Mise en abîme – L.A. Bailey – 2018

Quatrième de couverture

Hugo Delatour est de retour dans le sud de la France. La vie au soleil pourrait paraître douce et paisible. Mais les champs d’oliviers et le chant envoûtant des grillons cachent des réalités plus sinistres. Quand le squelette d’un enfant est découvert dans un champ de fouilles, Hugo n’a pas d’autres choix que d’affronter son propre passé. Entre sacré et sacrilège, ombre et lumière; où se cache la vérité? serez-vous prêts à accompagner Hugo dans son voyage?

Mon avis

Hugo Delatour se repose dans le sud de la France. Mais, pas pour longtemps. Un message intrigant l’invite à enquêter sur une histoire hors norme. Un cadavre sur un site archéologique. Dès lors, il nous entraîne dans une enquête à rebondissements multiples. Qui est ce squelette? Quelle est son histoire?

Nous entrons de plein pied dans une enquête qui n’a rien de reposant. A la recherche d’évènements qui auraient pu mener à la présence de ce corps. Distillé petit à petit, le suspens nous tient. La curiosité s’éveille et l’obligation d’accompagner le détective dans ses recherches se fait plus vive. Que s’est-il réellement passé? Pourquoi si peu d’intérêt pour ce squelette? Hugo arrivera t-il à mettre au jour l’histoire de cet enfant? Trouvera t-il l’assassin? Ce cadavre restera t-il toujours sans nom? Entre souvenirs et rencontre, le détective nous entraine avec lui. Dans ses questionnements. Dans ses retranchements. Dans ses souvenirs, parfois. Mais, avec beaucoup d’humanité.

Mise en abîme nous emmène dans une enquête feutrée. Une enquête où vie privée et recherche se mêlent. S’entrelacent pour former une probable solution. Une enquête avec en filigrane une improbable histoire d’amour. Vous attendez des courses poursuites? Des coups de feu? Que nenni. Pas du tout. Cependant, les évènements s’enchainent et nous surprennent. Hugo Delatour nous emporte dans son monde. Dans sa vie. Dans sa résilience. Quel sera le prix à payer?

Dans mise en abîme, les mots, les phrases, les chapitres se suivent et ne se ressemblent pas. La lecture est agréable et le lecteur se laisse emporter dans cette quête d’une intelligence très fine, pour son plus grand plaisir. C’est avec une extrême douceur que nous accompagnons Hugo dans sa quête de vérité. Dans sa quête de réalité. Dans son besoin infini de savoir. Le tout avec une grande humanité. Une douce humilité. Un grand désir de savoir. Peu importe le prix à payer. Peu importent les vérités et les contre vérités. Du moment qu’un cadavre anonyme retrouve son droit à l’existence. Son droit à sortir  de l’anonymat. Son droit à une sépulture. Le Détective ira au-delà de tout. Pour lui rendre son âme. Pour lui permettre de se rappeler aux vivants. De retrouver sa dignité. Simplement.

Ma note 17/20

9781718075405     241 p.

 

 

L’adieu à Lila – Colline Hoarau – 2014

Quatrième de couverture

La mère disparait et les souvenirs qui reviennent: une famille de la Réunion, les frères, les sœurs, les jalousies, les injustices et la mère qu’il faut enterrer après lui avoir pardonné. C’est ce que saura faire Isabella, la résiliente. Cette journée particulière permettra de voyager dans « le temps longtemps », dans une île de l’Océan Indien, bien rarement décrite. Une journée où tous se retrouvent autour de Lila. C’est un voyage, au cœur de l’île de la Réunion, dans la famille réunie  pour la première fois. Isabella photographie ou filme. Chaque personnage passe devant l’objectif à tour de rôle, avec les imperfections que le regard de l’autre saisit.

Mon avis

Le décès d’une mère. L’occasion pour tous ses enfants de se retrouver. Avec les rancunes. Les non dits. Les haines. Les joies. Les jalousies. Les questions sans réponses. Les souhaits avortés. Les amours inexistants. Brefs, les souvenirs. Lila, la mère d’une famille nombreuse, n’échappe pas à la règle. Tous ses enfants sont présents pour l’accompagner dans sa dernière demeure. Quelle mère a t-elle été? Qu’éprouvent tous ses enfants devant son corps sans vie? Amour? Désespoir? Soulagement? Rien du tout?

A partir de scènes de vie somme toute habituelles, Colline Hoarau a le don, par sa belle plume, de nous faire vivre chaque instant de manière incroyable. Chacun s’y retrouve et se reconnait dans les personnages. Des scènes vivantes, animées par des sentiments nobles ou non. Du vécu. C’est le cas de l’adieu à Lila. Perdre un être cher est terrible et fait revenir en masse tous les souvenirs. Revivre une dernière fois, en communion avec les autres, devant la personne disparue, la vie qui fut, du vivant  du disparu. Comme partout dans le monde.

Dans l’adieu à Lila, l’auteure nous fait découvrir les coutumes (face à la mort) de ce pays, cet ailleurs qu’elle connait si bien. Durant ce moment de recueil, que pensent les enfants de leur mère? Quels souvenirs ont-ils gardé d’elle? Quels sentiments éprouvent – ils envers elle? Colline Hoarau nous fait voyager dans la vie, dans le cœur de chacun. Les découvertes sont fortes. Parfois inimaginables. Parfois attendues. Toujours émouvantes. Des découvertes belles de cris du cœur. De cris des tripes. Alourdies de non dits. De souvenirs enfouis.

Les personnages sont superbes dans leur détresse, leur deuil réel ou non. Le lecteur va de découverte en découverte sur la vie de chacun. Sur leur lien avec Lila. Chacun passe le flambeau, le bâton de parole à l’autre pour qu’il se raconte. Qu’il se justifie. Qu’il explique son lien à sa mère. Est-ce enfin l’occasion pour chacun de dire ce qu’il pense ou ressent à haute voix? Un moment de partage familial? Laisseront-ils Lila partir en paix? Seront-ils en paix avec eux-mêmes?

L’adieu à Lila est une ode à la famille, avec ses travers et ses liens. Ses secrets. La lecture est aisée et facilitée par l’impression d’avoir déjà vu ou vécu les situations. Ce rassemblement familial où les discussions entre adultes ne sont pas facilement prévisibles. C’est un roman qui rime avec vie. Avec adieu. Avec famille. Avec fraternité. Un roman où le lecteur se retrouve face à lui-même pour un adieu à Lila. Tout simplement.

Ma note 18/20

9781710763777  Editions Dédicaces  108 p.

Maman, lève-toi et marche – Chadi Bouhafs – 2018

Quatrième de couverture

A travers ce récit, l’auteur rend hommage à sa mère dont le chemine a croisé celui d’un mari tyrannique et bigame. Celle que le destin n’a pas ménagée et pour qui « la thérapie par la plume » fut le seul exutoire à une existence dramatique et tumultueuse. Au fil des pages, s’élève le cri de détresse d’un auteur  face à une société figée et qui refuse de quitter un navire qui coule. Issu d’une famille nombreuse et modeste, disloquée une première fois par la guerre d’Algérie, puis par la violence d’un père despotique, l’auteur libère la mémoire de sa mère, figure remarquable, image emblématique de la condition féminine.

Mon avis

Maman, lève-toi et marche - Chadi Bouhafs1962, la fin de la guerre d’Algérie. L’enfant prodigue est attendu de tous. Sauf de sa femme. Pourquoi? Que redoute t-elle? D’où lui vient cette sourde angoisse? Est-ce l’annonce d’une probable seconde épouse? Sa terreur sans nom ne relève t-elle pas autre chose? Le pire? La vie d’une famille bascule au plus profond de la violence. Avec la bénédiction de la société. Une société érigeant cette violence comme moyen d’éducation. Une violence sociale. Keltoum est l’étendard de cette souffrance larvée au sein des foyers, des cœurs. Combien de femmes vivent cet enfer au vu et au su de tous? pire, dans une indifférence socialement légitimée?

Avec Maman, lève-toi et marche, nous entrons dans le quotidien d’une famille . Une

Maman, lève-toi et marche - Chadi Bouhafs

famille traumatisée, maltraitée par une personne. Un homme roi en sa demeure. Demeure où vivent deux épouses que le sort a lié à un même homme. Deux épouses égales dans les coups et les insultes. Ces deux femmes se haïssent et pourtant leur destin est lié. Par la douleur, la peur, mutiques face à tant de violences. Deux femmes dont la progéniture sera marquée à vie, au fer rouge, par cette violence cataclysmique. Des enfants qui font partie des dégâts collatéraux, victimes innocentes  de ce diktat de la crainte, des coups. Mais, des enfants et des épouses résilients.

En refermant Maman, lève-toi et marche, on ne peut s’empêcher de penser à toutes ces femmes, à tous ces enfants dont le quotidien est un enfer. Dont la maison est une totale insécurité. Dont le quotidien est fait de larmes, de terreur, de violence inouïe. Cependant la force de cette famille est là, présente, dans  une résilience très forte, malgré les séquelles. Une résilience qui peut finalement mener à un apaisement. Mais, à quel prix? A quel moment? Un roman écrit avec tendresse. Douloureusement beau. D’une beauté machiavélique. D’un espoir fou. Rédemption? Merci aux Editions du Panthéon pour m’avoir permis de faire une si belle lecture.

Ma note 16/20

9782754742245  Ed. du Panthéon 15,90€ (broché)  163 p.