Une nuit à Aden T. 1 & 2 – Emad Jarar – 2018

Quatrième de couverture T.1

« Mon père pensait qu’on « naissait musulman » et qu’être musulman était un statut qui dépendait du Tout Puissant uniquement. Et comme pour se soumettre à ses propres certitudes, il s’était convaincu que l’islam était irréversible en ce qu’il l’emportait sur quelque autre religion; il était de ceux pour lesquels l’islam ne se limitait pas au seul culte, entretenant l’idée qu’être musulman préemptait pour ainsi dire tout autre choix de conscience. Pour lui, le christianisme ne serait qu’un avatar illégitime de son propre héritage, puis qu’il était désormais représenté par la religion vraie et transcendante qu’était l’islam. Sa suprématie sur les autres religions  et cette sorte d’inviolabilité  du statut de musulman semblaient d’ailleurs apaiser ses craintes: elles étaient censées me protéger de toute manoeuvre rusée de la part de ma mère ».

Quatrième de couverture T. 2

« Soudain, le fil de mes pensées cesse, quand dans l’obscurité, je perçois au loin le bruit d’un moteur, arrivant de nulle part; il semble provenir du fin fond de cette nuit: c’est u son aussi fin que le soupir de la nuit si elle pouvait respirer. Il y a que je n’ai plus besoin de tendre l’oreille pour écouter la nuit profonde. De mes mois de captivité et d’isolement, j’ai appris à domestiquer les bruits du silence, à soupeser l’air de ma prison; et je le sens cette nuit-ci plus léger; ou est ce mon corps qui est plus lourd à l’approche de la mort? Oui, l’idée me passe dans l’esprit que ce bruit peut plus facilement transpercer l’atmosphère si fine de cette nuit; c’est celui d’un moteur très au loin, et je l’entends à ne point s’y méprendre. Je me tourne vers la sentinelle: elle dort toujours ».

Mon avis

Naître Palestinien exilé est déjà une particularité. Naître d’un père musulman et d’une mère chrétienne pratiquante est une intrigue. Cette dichotomie pèsera dans tous les actes du jeune héros. A travers l’évocation de sa vie, nous découvrons les lois du Coran telles qu’elles sont établies en parallèle aux actes de ses parents. Ainsi, dans une nuit à Aden, cette particularité religieuse dans la vie de l’auteur est très intéressante et très instructive. Du fait de son statut d’homme citoyen du monde, son raisonnement est-il le résultat de cette situation? Cette dichotomie interne, psychologique entre sa vie et sa religion/ses religions rend la lecture agréable malgré les longues digressions. Ce qui est sûr, c’est que Emad Jarar est un érudit, un intellectuel doué et un théologien.

La lecture se déroule entre histoire personnelle, édits du Coran, de la Sunna, des Hadiths et les proverbes, les citations du monde Arabe. Des citations des plus grands maîtres de la pensée arabophone. C’est un regard plein de tendresse et d’humour qu’il pose sur sa vie et celle de ses parents. Au fur et à mesure de la lecture, une sorte d’addiction s’installe et les pages se tournent avec beaucoup de curiosité. Dans un monde où l’Islam est devenu un objet d’incompréhension, de questionnement, une nuit à Aden est le symbole de la possibilité d’une symbiose entre deux religions monothéistes.

Cependant, Emad Jarar ne parle pas que de religion. Il présente la vie d’un jeune homme sans patrie. Un jeune homme qui est le lien entre l’Orient et l’Occident. Qui mène une vie en fonction de ses antécédents familiaux. Un homme qui vit un amour passionné et passionnel. Il vit cet amour dans l’extrême. Avec douceur. Avec force. Malgré le monde qui s’écroule autour de lui. Malgré sa vie coincée entre quatre murs. Une vie qui s’effrite au nom de l’amour absent. Une vie retrouvée au nom de l’amour absent. Malgré le fanatisme religieux.

Une nuit à Aden fait revivre les moments clés des pays du Maghreb, du Proche et de Moyen Orient. Il s’agit d’une découverte des différents modes de vie de ces régions liées à l’islam et aux conséquences terribles des différentes interprétations des peuples. C’est une plongée dans un monde qui ne laisse pas indifférent. Qui ne laisse pas indemne. Qui permet de comprendre les raisons de la montée de certains courants extrémistes. Une nuit à Aden est un voyage superbe à travers l’amour. A travers les souvenirs. A travers la vie et ses déboires. Un voyage profondément humain. Un voyage d’un homme à la recherche de sa vie. De son destin. Quitte à se perdre à jamais. Quitte à se retrouver pour toujours.

Ma note 17/20

Tome 1 – 97823631588949  382 p.   17€     Tome 2 – 97823631588956   394 p.   19€

 

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Noces d’un tombeau – Germain Nyada – 2017

Quatrième de couverture

Ayant perdu sa clé USB dans la maison familiale avant son départ pour des études supérieures en Allemagne, Pura charge Sita sa mère, de la retrouver et de la lui renvoyer tout en lui interdisant d’en lire le contenu. Mais cette dernière ne résiste pas à la tentation. Elle y découvre « noces d’un tombeau », le récit fantastique d’une jeune femme condamnée aux dures réalités d’un veuvage en campagne, puis soumise aux aleas conjoncturels d’une vie urbaine. D’abord fascinée par l’idée d’avoir un fils écrivain, Sita estime après réflexion que la réputation  de toute l’Afrique prendrait un coup si le texte était publié. Mais s’opposer à sa parution reviendrait à reconnaître qu’elle a trahi la confiance de Pura…

Mon avis

Oublier ou perdre une clé USB, cela peut arriver. Que se passerait-il si la personne qui la retrouvait la lisait? Sita, mère aimante, découvre ainsi son fils. Sa vie. Leur vie. Vivre sa vie est normal. La lire noir sur blanc est bouleversant. Surtout s’il y a des secrets.

Avec beaucoup d’humour, nous découvrons la vie  d’un village, d’une famille, d’une femme, d’un enfant à travers les traditions et les coutumes ethniques. Puis dans une vie citadine. Sita se pose de nombreuses questions. Faut-il rendre la clé à son fils? Faut-il, donc, accepter la publication de ce roman? La clé USB est à l’origine de tribulations tragi-comiques qui font réfléchir. Des tribulations qui nous poussent à tourner les pages avec frénésie, le sourire aux lèvres.

Tout se déroule tel une pièce de théâtre de Guillaume Oyono Mbia, tel un écrit de Francis Bebey. Le sourire et la grandiloquence des personnages tissent une histoire superbe. Superbe de doutes. D’humour. Une histoire criante de vérité. Noces d’un tombeau nous fait découvrir le poids des traditions pour les femmes. Le poids des traditions tout simplement. La lecture est très agréable et c’est avec plaisir  que l’on retrouve le parler local (« ékiééé ») et des expressions typiques qui insufflent une particularité vibrante au texte.

Sita doit réfléchir à un choix car, c’est accepter de révéler sa vie aux yeux du monde entier. A condition, bien sûr, qu’elle accepte de renvoyer cette clé. Dans le cas contraire… Mais, a-t-elle le droit de cacher son histoire? Qu’est ce qui l’y autorise? Trouvera t-elle la meilleure solution pour tout le monde? Que choisira t-elle finalement? Une question qui tient en haleine jusqu’au bout. Son choix peut sceller le destin de noces d’un tombeau à tout jamais. Et vous, si c’était votre vie qui se trouvait sur cette clé USB, quel serait votre choix?

Ma note 18/20

9782754735803 Ed. du Panthéon   331 p.   22,90€

Le spectateur – Virginie Vanos

Quatrième de couverture

 Axel, un jeune psychiatre un peu snob et fort solitaire, se retrouve confronté à Alexandra, une reporter aussi mystérieuse qu’ambiguë. Tour à tour agacé, désarçonné, intrigué par la jeune femme, il finira par en tomber violemment amoureux, jusqu’à l’obsession, jusqu’à la folie.

Mon avis

Axel, jeune médecin a une vie bien monotone et presque triste. Mais la vie peut jouer des tours bien fallacieux. Une rencontre. Une sommité. Et le monde se met à tourner à l’envers. Axel est pris dans la nasse de l’amour  et se laisse emporter. Cependant, qui est cette femme qui lui a ravi le cœur? L’aime t-elle? A quel point?

Les mots nous emportent  dans un monde où la réalité dépasse la fiction. Un monde où l’amour tient une place importante. Trop importante. Au-delà du temps. Au-delà de la vie. Le spectateur nous emmène bien malgré nous dans la vie de ce médecin sorti de sa routine. Pour une femme. Un être sublimé. Aimé. Adulé. Cet amour est-il sain? D’ailleurs l’amour est-il toujours raisonnable?

Avec le spectateur nous mettons les pieds dans le monde de l’extrême. Le monde où réalité et rêves se fondent pour former le trop. Le pas assez. Pour former un univers, un sentiment qui peut emporter l’âme dans un abîme.

Virginie Vanos nous démontre que l’amour à la folie n’est pas une utopie. Axel va aimer. Doucement. Fortement. Follement. Démesurément. Enormément. Il va se laisser emporter par cette belle vague, sans résistance. Tel un objet soumis à une marée incontrôlable. Axel va aimer comme il n’a jamais aimé. Est-ce prudent? Quel sacrifice est-il prêt à faire pour obtenir et garder cet amour? Restera t-il raisonnable? Et ses amis, comment réagiront-ils ? Ils seront peut-être des spectateurs de ce bouleversement de la vie de leur ami. Peut-être seront-ils dépassés par ce qui a changé profondément Axel. Ils seront juste de simples spectateurs.

Ma note 18/20

9782332924681  Ed. Edilivre  146 p.   14,50€

Trois jours sans portable – Renzo Ardiccioni – 2018

Quatrième de couverture

Début du nouveau millénaire, en Italie, pendant les vacances d’été. Les téléphones portables et internet ont envahi le quotidien, au point que l’existence ne se vit plus que par écrans interposés. Dans cette frénésie, Davide vient d’avoir 50 ans, il travaille dans le marketing et a pris l’habitude d’utiliser trois lignes de téléphone. Pour se sevrer de son addiction, il suit les conseils de son médecin et tente alors de s’en passer. Au moins pendant trois jours… Trois jours sans portable, ça n’est pas la fin du monde! Davide va donc essayer. Pendant cette période, il retrouve un vieux répertoire téléphonique et ressent alors une certaine nostalgie  qui le pousse à appeler Lisa (depuis une bonne vieille cabine téléphonique). Il a connu cette femme trente ans plus tôt et a vécu avec elle une aventure passionnée. Lisa lui promet de le rejoindre en Italie. Mais, sur le quai de la gare, une surprise attend Davide…

Mon avis

A une époque où tout est connecté, humains ou non, qui oserait se déconnecter? Accepter de sortir de ce monde virtuel? Cela risque de s’avérer difficile pour de nombreuses personnes. C’est le début de l’aventure pour Davide, quinquagénaire hyper connecté. Un homme de son époque. Survivra t-il à ce choix?  Comment sera sa nouvelle vie? Supportera t-il cette déconnection? Pas facile, surtout quand, autour de soi, tout le monde s’installe dans le vingt et unième siècle.

Trois jours sans portable est un roman à trois voix: Davide qui est en train de se sevrer de ces petites machines addictives, Maestro l’intellectuel plein d’humour et Giulia qui adore ces petites boîtes qui sont le  monde extérieur. Les échanges, les discours sont truculents. Les mots sont incisifs. Durs parfois avec un brin de mauvaise foi pour certains personnages. Ils sont bourrés d’humour. Un humour caustique et fin à la fois. Les situations sont de plus en plus rocambolesques. Au fil des mots, nous finissons par regarder notre téléphone portable d’une manière dubitative.

Trois jours sans portable est une sorte de huis clos entre trois principaux personnages que tout sépare: les rêves, la vie, les choix, les portables… Des personages qui se sondent mutuellement dans une sorte de frénésie à se révéler à l’autre. Un trio qui dépeint notre société sans fards. Avec  parfois une vive cruauté.

Ce croquis pittoresque du 21ème siècle pourrait donner des idées à certains tant les excuses des personnages sont logiques et farfelues à la fois. Où est la poésie? L’art d’écrire? De fabriquer de belles phrases? Où est passé le plaisir de converser avec l’autre? Le plaisir d’écouter, de regarder la vie autour de soi? Et s’il s’agissait de révéler au mieux l’humain, avec ses forces et ses faiblesses en le regardant dans une glace sans tain? Pour s’ouvrir à notre monde en déliquescence. Sans portable, mais avec une vie. Quelle qu’elle soit. Peut-être…

Ma note 16/20

978281271047  Editions Les Presses du Midi    123 p.  15€

Ultimate Terra nova T. 1 – Aboubakri Sao – 2018

Quatrième de couverture

En 2025, le monde entre dans une nouvelle ère. La troisième guerre mondiale a fait des ravages considérables, provoquant le chaos sur la planète. Pour rétablir l’ordre, des clans apparaissent dans divers endroits du monde. La plupart de leurs membres possèdent un Néo Cerveau leur conférant des aptitudes spectaculaires. Membre du clan Terra Nova, Kadaj, Electromancien, voit sa vie basculer le jour où il rencontre Ragnarök, une milice extrêmement dangereuse. Cette organisation recherche activement Atlas, le chef des Terra Nova. De plus, le gouvernement qui considère les clans comme illégaux, veut à tout prix mettre la main sur un Cyborg que possèderaient les Terra Nova. Quelles sont les origines du Néo Cerveau? Pourquoi un cyborg attise t-il la convoitise du gouvernement? Et d’où provient cette pierre qui permet à son détenteur de bénéficier de pouvoirs extraordinaires? La nuit succède au jour, les réponses succèdent aux questions… ces évènements vont bouleverser à tout jamais la vie de Kadaj.

Mon avis

Un jeune homme à prendre en charge. Pourquoi? Qui est-il? Quel pouvoir peut-il avoir pour être admis dans la cité? L’environnement est spécifique et nous plonge dans un monde où le danger est quotidien. C’est en douceur que nous entrons dans ce clan, la Terra Nova. Ce monde où la nouvelle technologie règne en maître. Avec Kadaj, nous faisons connaissance de cet environnement où ne vivent que ceux qui le méritent. Un jour. Une attaque. Violente. Qui semble gratuite. Et la vie devient une aventure.

Avec Ultimate Terra Nova T.1 nous entrons dans le Japon du futur. Avec des personnages raffinés, énigmatiques. Vivre dans l’anonymat n’est pas chose facile. Maintenir quotidiennement cet anonymat est encore plus difficile. C’est une lutte de chaque seconde. Un moment d’inattention et le monde s’écroule. Kadaj en sait quelque chose. La vie devient précieuse surtout quand il faut se battre pour la conserver.

Au début du roman, une rapide instruction sur l’échelle sociale japonaise nous aide à situer les personnages et leur rang social. Ce qui aide beaucoup le lecteur quant aux titres. La lecture est agréable car les chapitres titrés sont courts et l’écriture est aérée. Le style ressemble à celui d’un manga, dans les batailles et dans la description des personnages. Des batailles qui ressemblent à des danses aériennes, sur une musique chronométrée.

Cependant, La trahison n’est-elle pas l’arme qui pourrait mettre à mal le clan? Ce clan gardera t-il longtemps sa puissance? Pourquoi tant de convoitise? Le Néo Cerveau restera t-il dans la cité? De plus, tout est agréable à imaginer. Quelle que soit la scène. Scène de bataille ou de discussion. Aboubakri Sao nous transporte avec ravissement dans son monde de haute technologie avec sa superbe plume. Le suspens nous tiraille jusqu’à la dernière ligne. Vivement la suite.

Ma note 17/20

9782368925812 Ed. L’Ivre-Book 325 p. 16€

Derniers mois en enfance – Philippe Mangion – 2018

Quatrième de couverture

Il est un  âge, au sortir de l’enfance, où les sentiments, les sensations, les pulsions nous envahissent, où l’on ne possède pas assez s’expérience pour les analyser et les garder à distance. il est un âge où l’on ressent les problèmes des adultes qui, eux, nous pensant innocents, ne nous épargnent rien. Il est un âge à partir duquel, plus tard, on peut dérouler le fil de son histoire. La mienne débute à neuf ans au bord d’une pelouse interdite…

Mon avis

Une enfance somme toute normale. Faite de jeux, de cachotteries, de découvertes. Une enfance qui s’arrête brusquement. Il y aura toujours un avant et un après. Cette enfance qui bascule met fin à l’innocence. La vie routinière a aussi changé. Que se passe t-il? Le monde est-il devenu fou? A quel moment le monde de l’enfance a t-il basculé? Pourquoi tant de difficultés dans le monde des adultes?

Derniers mois  en enfance nous fait entrer dans la vie d’un enfant qui a mûri trop vite. Et pas de la meilleure manière. Un enfant un peu balloté dans les histoires d’adultes et leurs mystères. Peu à peu, nous découvrons ces énigmes, ces drôles de vie. Tout en douceur. une immersion toute en innocence. Le monde des adultes au travers du regard d’un enfant qui ne le sera plus. La lecture est aisée et rendue agréable par des chapitres denses, mais d’une écriture légère. Les mots glissent et s’imprègnent en douceur dans notre subconscient., nous invitant à découvrir une histoire hors norme, pleine de surprises, de rebondissements.

Derniers mois en enfance est un roman riche en non-dits, en secrets. Ce qui en fait un roman agréable à lire. Surtout que cette lecture nous fait découvrir le regard d’un enfant. Un regard intransigeant, sans fards, sur la vie autour de lui. Un très beau roman.

Ma note 16/20

9781718049819  175 p.

 

SABADAÏ- Mignar Adamson – 2018

Quatrième de couverture

Sabadaï ou le démon qui rêvait du Paradis est l’histoire du démon Sabadaï qui, au crépuscule de sa vie, revient sur les faits qui l’ont marqués. Il émergea du cinquième cercle de She’ôl, celui de la colère qui était depuis toujours gouverné par Zaa’me, ange déchu suite à la Bellum Prima. Cette guerre aux origines du temps qui déchira Eden et se conclut par le bannissement d’Adam, Eve et de nombreux anges, à la suite de Hêylêl.

Comme toutes les créatures immatérielles, il lui fallut trouver un réceptacle pour son essence. Cette tâche bien que triviale lui permettra de se forger une terrible légende de Violeur de Réceptacle puis de Tueur d’Anges. Sa renommée sera telle  que Zaa’me, lui-même, le fera convoquer pour lui confier une mission d’importance vitale pour She’ôl: ralentir l’effort de guerre d’Eden. C’est donc sous les traits parfaits d’un Marche-Ombre et armé de ses terribles compagnes Fléau des Âmes et Ravages, qu’il accomplira sa destinée.

Mon avis

Le ton est donné dès les premiers mots. Le monde s’écroule. L’enfer hérite d’un démon: Sabadaï. Son arrivée est digne de son rang. Fort de son destin, nous l’accompagnons dans un périple qui devrait forger sa vie. Sabadaï est écrit comme un poème, un chant scandant une destinée hors norme. Un poème sans fin. Horrible. Effrayant. Mais si tentant. Si addictif. Les mots se posent d’abord délicatement. Puis, ils explosent dans un artifice de sens que l’on  ne cherche pas à retenir: Curiosité, peur, dégoût, et  autres. Mignar Adamson a une écriture sublime qui rend la lecture agréable et nous transporte sans peine dans son monde.

Sabadaï nous aspire dans sa vie qui n’a rien de féérique. Dans son abominable vie qui peut nous crisper  et nous faire grincer des dents.  Un monde où nous plongeons avec une sorte de douce culpabilité. Ce qui ne nous empêche pas d’en redemander, de tourner la page avec frénésie pour connaître la suite. A aucun moment ne nous vient l’envie de fermer le livre malgré la dureté de certaines scènes. Au contraire.

Sabadaï est un démon et nul ne peut le nier. Cependant, nous nous surprenons à éprouver de la sympathie pour cet hère sans âme et bouffi de colère. Oui, je dis bien sympathie car il a une vie de démon somme toute normale et comme tout un chacun, aspire à s’élever socialement. Qui ne rêve pas de grimper l’échelle sociale? Comment expliquer que l’on a de la sympathie pour un démon? Pourtant, c’est le cas, tant les mots sont beaux, vrais, humains. Profondément. Sincèrement. Telle est la plume de Mignar Adamson pour nous raconter son démon Sabadaï. Lisez-le et vous comprendrez. Un superbe roman.

Ma note 18/20

 

 

De profundis – Eric Maliska – 2018

Quatrième de couverture

Je suis impatient. Voilà plusieurs semaines que j’attends le dérivateur des champs. Une pièce maîtresse dans mon oeuvre. Je n’en suis pas encore à me ronger les ongles, ni à faire tout à fait les cent pas, mais mon acrimonie s’est accentuée de façon perceptible au fur et à mesure de l’attente. Ce n’est pas la première fois cependant que l’on me verra faire preuve d’une telle acerbité.  Sans aller jusqu’à dire que j’en suis coutumier, ceux que je dois conventionnellement nommer mes chers collègues ne s’étonnent guère d’une telle humeur…. On ne me situe pas volontiers dans cette partie de la société, composée de gens aimables dont on attend, le matin en arrivant, un mot aimable, un sourire affable ou  une plaisanterie. J’ai cependant renoncé depuis longtemps à toute amélioration de mes rapports sociaux. Je suis « ailleurs », concentré sur mon projet. Il est inutile de m’encombrer de rapports humains qui ne m’ont jamais vraiment réussi, même s’ils m’ont sûrement manqué.

Mon avis

Au début, j’ai pensé que c’était un livre de scientifique pour des scientifiques. Je me suis trompée. Le ton est donné dès le début. Une vague impression de lire le journal de grincheux ou du Schtroumpf grognon. C’est édifiant. Un grand râleur qui rejette une société dans laquelle, malgré lui, il essaie de se faire une petite place. De montrer qu’il existe. Ne dit-on pas que râler est un signe d’existence? Nait – on râleur ou le devient – on?

Puis, on découvre un être pétri de rêves. De désirs. D’amour de l’autre. Que lui est-il alors arrivé? Quelle est la place de l’autre dans ce trait de caractère?  Que dire de la timidité dans tout çà? Quel est le rôle de la vie, du quotient intellectuel dans la définition d’un caractère? Ainsi découvre -t-on un homme un brin obsédé.

J’avoue avoir souri à certains passages tant l’humour est fin. D’une profondeur exquise. Cependant, je n’ai pas aimé le fait que les chapitre soient trop condensés. Qu’il n’y ait pas d’espace entre les lignes. Ce qui n’enlève rien à une histoire touchante. Pleine d’humour. Profondément humaine. De Profundis nous fait plonger au plus profond d’un homme. De sa vie. De ses désirs.

Voici un livre vraiment touchant. Il est écrit à la première personne. Ce qui crée rapidement un lien avec le personnage. Un Homme pétri de maladresse. D’humanité sincère et profonde. Il aime l’Humain. Mais, l’Humain ne l’aime pas tant que ça. Un personnage très attachant. Un livre à lire. Vraiment.

 

Ma note 16/20

ISBN 9781515131748  300 p.

Battue – Virginie Vanos – 2013

Quatrième de couverture

De septembre 2000 à mai 2002, Virginie Vanos a été violentée, battue, torturée, humiliée… Mais, aujourd’hui, pour rien au monde, elle ne veut rester confinée dans son statut de victime, c’est pour cela qu’elle a choisi de témoigner… avec ironie et un maximum d’humour…noir.

 

Mon avis

Un sujet très sérieux traité avec beaucoup d’humour. D’auto dérision. Au vu du titre, je m’attendais à sortir les mouchoirs. A hurler en sanglotant à chaque page. Eh bien non. Le récit se fait sur un ton léger, bien que l’histoire, elle, ne le soit pas. Le sujet est actuel. Très actuel.

Une vie chaotique. Orchestrée par une descente aux enfers méthodique. d’abord lente,battue puis de plus en plus précipité. Plus ou moins volontaire. Une vie entre parenthèses. Qui fait réfléchir. Parfois sourire tant l’humour est décapant et l’ironie grinçante.

En lisant Battue!, je m’attendais vraiment à des termes très durs. Ce qui n’est pas le cas. La lecture se fait facilement. J’avoue qu’à certains moments, j’ai presque oublié le thème du roman tant j’ai ri. Je dis bien « presque ». Surtout en lisant les fiches établies sur les différents personnages.

Cependant, en filigrane, la manipulation, les critiques envers le partenaire, les contre-vérités sont présents tout au long du roman.  Ils démontrent bien la difficulté des femmes et des hommes battus à quitter un giron qui n’est plus protecteur. La difficulté à se reconstruire. A ne pas culpabiliser d’avoir accepté de vivre cet enfer. A avoir du mal à accepter son statut de victime.

Battue! est un roman très instructif. Il reste très dur malgré le style léger. Chaque mot est une leçon de survie. De protection précaire. Il faut le lire pour faire voler en éclat les préjugés sur les femmes et les hommes qui subissent ce sort. Ceux pour qui leur foyer n’est plus un abri. Pour qui l’enfer est impossible à relater.

Une lecture fluide. Des mots qui claquent. Résonnent. Sombrent telle la vie de Virginie. Que dis-je? Sa survie. Virginie,  une femme forte. Meurtrie. Rabaissée. Mais combative. Résiliente. Une superbe histoire à partager.

Ma note 17/20

ISBN  9782332551023   Ed. Edilivre 226 p.  Broché 22,50 €

Divine Corruption -Tome 1 Déviance David & Alexandre Rousseau – 2018

4ème de couverture

Que devient-on à notre mort terrestre? Un paradis, un dieu aimant et bienveillant attendant patiemment notre venue, facétie ou vérité? Derrière la beauté se cache parfois la pire des cruautés.

Joseph est un soldat humain tricentenaire, ambitieux, à la recherche d’une opportunité rare, rejoindre la caste céleste. Pour ce faire, il entre au service d’un archange manipulateur et avide de pouvoir qui l’entraîne dans une course pour sa propre survie. Fier et déterminé, il accepte sans hésitation la tâche qui lui est confiée, loin d’imaginer toute la portée de cette décision

 

Mon avis

En ouvrant ce roman, j’ai plongé dans un monde que je n’imaginais pas. J’étais même à des lieues de l’imaginer. Ce qui est sûr, c’est qu’on rentre de plein pied dans l’histoire, dès la première page. Dans l’autre monde. Un monde que l’on souhaite ne jamais connaître. Qui frappe l’esprit dès le départ. L’horreur. Le cauchemar  dans toute sa splendeur. C’est ce qui, bizarrement, rend l’entrée en matière intéressante. La curiosité vous happe et vous fait oublier l’horreur du moment. Cependant, on se rend compte de cette horreur de la situation que très tard dans la lecture tant les mots sont bien choisis et que l’atmosphère n’est pas étouffante.rousseau (2)

Après cette entrée en matière, on entre dans l’histoire dans la foulée. Tout va vite et lentement. La suite de l’histoire se déroule avec beaucoup de beauté, d’imagination. Rien à voir avec le début. Ce qui est surprenant, c’est qu’on se laisse emporter dans cette quête du pouvoir avec presque de la tendresse pour les personnages dont les portraits sont si riches, si complets, si réalistes. Chacun d’entre eux est pourvu d’une âme, d’une ambition terriblement humaine. A tel point que l’on s’identifie à eux naturellement. Même les batailles pourtant si sanglantes sont d’une beauté à couper le souffle.

Les lois au début de chaque chapitre vous promettent un monde différent de celui visité et pourtant si complémentaire. Votre curiosité est, ainsi attisée et vous n’avez qu’une hâte: tout découvrir de ce nouveau monde et de son histoire.divine corruption

Selon moi, les derniers chapitres des romans démontrent les qualités d’un écrivain. Et ici, on est servi. La fin est terriblement tendre, humaine, vivante. C’est d’autant plus beau qu’il s’agit d’un roman écrit à quatre mains. A aucun moment, on ne s’en rend compte. Un seul esprit, une seule histoire. Et quelle histoire! A croire qu’elle a été écrite par des jumeaux monozygotes. Pourtant, bien qu’ils soient frères, David et Alexandre Rousseau ne sont pas jumeaux et encore moins monozygotes. Avec Joseph, La céleste, Thola et les autres, ils nous font passer un excellent moment dans leur monde des cieux.

rousseau (3)J’ai aimé. Que dis-je? j’ai adoré ce roman. Je m’y suis perdue avec bonheur. J’y ai été l’otage admirative et terriblement consentante des personnages, de leur histoire. Je recommencerai avec autant de plaisir. Quand j’ai refermé Divine corruption, mes premiers mots ont été « oh, bon sang, oh mazette ». En général, quand je dis ça, c’est que la bavarde que je suis se retrouve muette de bonheur. Un livre à lire, à conseiller tant il est beau. Tant il est bon. A lire tout simplement

Ma note 19/20

ISBN 9781980500124 – 305 pages – Editions Amazon

Broché 16€

E-Book 4,99€

Points de vente: Amazon KDP Kobo, divinecorruption.fr