L’adieu à Lila – Colline Hoarau – 2014

Quatrième de couverture

La mère disparait et les souvenirs qui reviennent: une famille de la Réunion, les frères, les sœurs, les jalousies, les injustices et la mère qu’il faut enterrer après lui avoir pardonné. C’est ce que saura faire Isabella, la résiliente. Cette journée particulière permettra de voyager dans « le temps longtemps », dans une île de l’Océan Indien, bien rarement décrite. Une journée où tous se retrouvent autour de Lila. C’est un voyage, au cœur de l’île de la Réunion, dans la famille réunie  pour la première fois. Isabella photographie ou filme. Chaque personnage passe devant l’objectif à tour de rôle, avec les imperfections que le regard de l’autre saisit.

Mon avis

Le décès d’une mère. L’occasion pour tous ses enfants de se retrouver. Avec les rancunes. Les non dits. Les haines. Les joies. Les jalousies. Les questions sans réponses. Les souhaits avortés. Les amours inexistants. Brefs, les souvenirs. Lila, la mère d’une famille nombreuse, n’échappe pas à la règle. Tous ses enfants sont présents pour l’accompagner dans sa dernière demeure. Quelle mère a t-elle été? Qu’éprouvent tous ses enfants devant son corps sans vie? Amour? Désespoir? Soulagement? Rien du tout?

A partir de scènes de vie somme toute habituelles, Colline Hoarau a le don, par sa belle plume, de nous faire vivre chaque instant de manière incroyable. Chacun s’y retrouve et se reconnait dans les personnages. Des scènes vivantes, animées par des sentiments nobles ou non. Du vécu. C’est le cas de l’adieu à Lila. Perdre un être cher est terrible et fait revenir en masse tous les souvenirs. Revivre une dernière fois, en communion avec les autres, devant la personne disparue, la vie qui fut, du vivant  du disparu. Comme partout dans le monde.

Dans l’adieu à Lila, l’auteure nous fait découvrir les coutumes (face à la mort) de ce pays, cet ailleurs qu’elle connait si bien. Durant ce moment de recueil, que pensent les enfants de leur mère? Quels souvenirs ont-ils gardé d’elle? Quels sentiments éprouvent – ils envers elle? Colline Hoarau nous fait voyager dans la vie, dans le cœur de chacun. Les découvertes sont fortes. Parfois inimaginables. Parfois attendues. Toujours émouvantes. Des découvertes belles de cris du cœur. De cris des tripes. Alourdies de non dits. De souvenirs enfouis.

Les personnages sont superbes dans leur détresse, leur deuil réel ou non. Le lecteur va de découverte en découverte sur la vie de chacun. Sur leur lien avec Lila. Chacun passe le flambeau, le bâton de parole à l’autre pour qu’il se raconte. Qu’il se justifie. Qu’il explique son lien à sa mère. Est-ce enfin l’occasion pour chacun de dire ce qu’il pense ou ressent à haute voix? Un moment de partage familial? Laisseront-ils Lila partir en paix? Seront-ils en paix avec eux-mêmes?

L’adieu à Lila est une ode à la famille, avec ses travers et ses liens. Ses secrets. La lecture est aisée et facilitée par l’impression d’avoir déjà vu ou vécu les situations. Ce rassemblement familial où les discussions entre adultes ne sont pas facilement prévisibles. C’est un roman qui rime avec vie. Avec adieu. Avec famille. Avec fraternité. Un roman où le lecteur se retrouve face à lui-même pour un adieu à Lila. Tout simplement.

Ma note 18/20

9781710763777  Editions Dédicaces  108 p.

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Sois sage, Reine-May – Colline Hoarau – 2016

Quatrième de couverture

A dix ans, Reine-May quitte son île, la Réunion, pour être adoptée par un couple de Bretons dans le centre de la Bretagne, à Sainte-Tréphine. Quelques années plus tard, elle reçoit une lettre. Elle doit venir régler des affaires dans l’Océan Indien. C’est un voyage dans le temps dans deux univers différents: la Bretagne et la Réunion.

Mon avis

Sois Sage, Reine-May. Des mots. Simples. Usuels. Dits sans arrière-pensées. Des mots. Qui résonnent dans la tête d’une petite fille. Loin de son pays. Loin de ses racines. Des mots. Synonymes de nouvelle vie. Un courrier. Un seul. Et la vie routinière bascule. Des souvenirs se bousculent dans la mémoire. Un accident de la vie et Reine-May doit quitter son île pour l’inconnu. Un courrier. C’est le retour vers une île presqu’oubliée. Pourtant si chère à son cœur. Reine-May retourne sur son île avec un secret si bien gardé. Un secret pour elle toute seule. Que s’est -il passé?  Pourquoi cet envoi en Bretagne? Où est la famille de cette petite fille? Quel est ce secret?

Un roman plein d’une douce nostalgie. De doux souvenirs. De jolis moments de vie. De toute beauté. Des moments plus durs aussi. Un roman qui chante la mixité culturelle. Tous ceux qui ont quitté leur pays pour un ailleurs, connaissent ce retour au bercail. Ce moment où le cerveau enregistre le changement tout en faisant appel aux souvenirs. Moments d’extase ou de déception si bien décrits. Sois sage Reine-May est un roman qui parle d’amour d’un terroir. Que dis-je? Deux terroirs. Un roman qui parle du poids des souvenirs. De la beauté de la rencontre de l’autre.

Une écriture fluide. Une histoire superbement humaine. Des personnages d’une humanité remarquable. Simples. Des personnages qui ont un cœur gros comme ça. D’une noble humilité. Une histoire mine de rien intrigante. Un secret bien gardé. Voilà ce que  vous offre Sois sage, Reine-May. Chacun s’y retrouve. Se reconnaît. Chacun y trouve ses propres mots. Un roman profondément humain et digne. Lisez-le. Il le mérite grandement.

Ma note 17/20

9781770766341 Ed. Dédicaces  124 p.