L’innocence oubliée – Véronique Videau-Martinez – 2018

Quatrième de couverture

Emma n’est pas une petite fille comme les autres. Diagnostiquée EIP à l’âge de six ans, elle va avoir du mal à trouver sa place dans un monde où élèves et enseignants ne lui feront aucun cadeau. Posséder un haut potentiel intellectuel: don ou handicap? La question mérite d’être posée. Harcèlement et humiliations diverses vont jalonner son parcours sans oublier des drames qui la marqueront à tout jamais. Elle pourra compter sur l’amour inconditionnel de certaines personnes pour surmonter beaucoup d’épreuves mais pour combien de temps?

Mon avis

Oh mazette! Des mots qui expriment bien mal ce que j’ai ressenti à la lecture de l’innocence oubliée. Ce sujet me touche profondément car durant mes années de collège, j’ai été une victime comme tant d’autres. Parce que j’étais la plus jeune. Parce que j’avais de bonnes notes dans certaines matières. Je n’en ai jamais parlé. Mais, je m’en suis sortie. Contrairement à beaucoup de victimes. L’innocence oubliée est un roman de toute beauté. Tout en émotion. Une famille comme toutes les autres. Une petite fille différente des autres. Des parents désemparés par le regard, les réactions des autres. Que se passe t-il réellement? Emma semble d’une grande maturité pour son âge. Pourquoi les adultes ne le comprennent-ils pas? Pourquoi est-elle stigmatisée à l’école? Pourquoi est-elle toujours l’objet de punition? Le bouc émissaire ?

L’innocence oubliée est un roman qui nous interpelle. Doucement. Fortement. Sur le harcèlement en milieu scolaire. Sur la stigmatisation de la différence. Sur cette violence en vase clos qui ne dit pas son nom. Violences souvent ignorées des adultes. Du personnel enseignant. Pourquoi les victimes hésitent-elles à parler? Comment cette violence peut-elle être ignorée des adultes? Un calvaire vécu au quotidien. Une vie de peur. Une vie de honte pour la victime qui hésite à parler. Une victime qui ignore son statut de victime. Au fil des pages, des chapitres nous suivons l’évolution des brimades subies par Emma de l’enfance à l’adolescence. Son mutisme face aux agissements. Le mutisme de ceux qui savaient. Comment mettre des mots sur cette souffrance? Sur cette culpabilité de ne pas être comme les autres? Sur cette peur d’être montrée du doigt si elle parlait? Comment expliquer à ses parents son cœur, son corps, son âme en miettes? Ce désir fou de vouloir ressembler aux autres? Comment dire ce calvaire inscrit dans sa chair? Comment expliquer que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue car le bout du tunnel n’existe plus?

 L’innocence oubliée est un récit poignant. Une superbe manière de rendre hommage aux victimes qui sont allées jusqu’au bout de leur peur. De leur peine. De leur vie. Chaque mot nous emmène au plus profond du désespoir de la jeune Emma. Un très beau roman. Poignant. Juste. Humain. Un roman qui pousse à la réflexion. A mettre entre toutes les mains pour susciter des prises de conscience. Un superbe récit criant de vérité.

Ma note 19/20

9791026217237    Ed. Librinova  206 p.

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Violences faites aux femmes – Une anthropologue au Tchad – Joëlle Kerl-Kochanski – 2018

Quatrième de couverture

Pourquoi les violences faites aux femmes au Tchad revêtent-elles une spécificité particulière? Car la nature et la forme des violences exercées contre les femmes sont « spectaculaires » et raffinées parfois dans leur ampleur. Les actes de violence ou de torture commis à l’encontre des femmes et des fillettes Tchadiennes sont peu connus ou mal connus. Elles interrogent en tout cas sur les pratiques toujours en cours au 21ème siècle. Le fonds culturel n’a guère évolué. La criminalisation des actes de cruauté envers les femmes et les fillettes est largement passée sous silence par des communautés enchâssées dans les normes et les tabous. C’est peu dire que les hommes se taisent et la justice ferme les yeux, n’engageant aucune véritable pénalisation de ces violences, en dépit des lois internes au pays. La société toute entière y trouverait-elle son compte? Pourtant la destruction physique et morale des femmes et des fillettes, rétives à une culture qui soumet la femme au pouvoir des hommes, à la tradition et à la religion, porte atteinte très directement à l’avenir d’un pays, à son tissu social et économique.

Mon avis

Lorsque j’ai concouru au Crazy Books Day de Evidence Edition, je souhaitais recevoir cet essai. C’est chose faite. J’en suis très heureuse. La violence faite aux femmes est le mal de notre siècle car, enfin, les langues se délient. Cependant, il existe des endroits où cette violence est endémique, culturelle, au nom de la tradition. Une violence qui n’est pas reconnue comme telle. Ce qui est le cas au Tchad.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, au Tchad, des lois sont votées pour lutter contre ce mal. Cependant, elles sont rarement appliquées. Violences faites aux femmes – Une Anthropologue au Tchad nous entraine dans le quotidien de ces femmes, parfois femmes-enfants, qui se racontent avec humilité, pudeur, franchise, réalisme. Elles font juste état de ces traditions qu’elles subissent au quotidien. Que dire du mariage forcé non seulement dans les faits, mais, parfois voire souvent avec des adolescentes à peine pubères? Comment ces femmes arrivent-elles parfois à réagir face à ces injonctions paternelles? Que dire, que faire, quand la violence répond à la violence? Dans quel désarroi vivent-elles?

Dans violences faites aux femmes – Une Anthropologue au Tchad, Joëlle Kerl-Kochanski nous fait voyager dans un monde de femmes. De fillettes. Blessées. Victimes. Des jeunes femmes dont les rêves d’études, de carrière sont bouleversés à jamais. Enterrés sous le poids des traditions et des exigences masculines. Des témoignages poignants. Des témoignages qui font mal à la féminité. Tout en simplicité. En pudeur. De quoi s’interroger sur l’incidence  ou l’absence d’incidence  sur le rôle de ces femmes dans l’économie de leur pays. L’impact de ces coutumes sur leur rôle économique et social. Ont-elles une réelle existence dans un pays qui tait ce qu’elles subissent? Un pays qui nie cette souffrance physique, psychologique?

Cette violence faite aux femmes tchadiennes est présente à toutes les étapes de leur vie: excision, infibulation, mariage forcé ou précoce, grossesse et accouchement précoce, violences pendant l’accouchement, viols non punis. Un mariage est sensé être le plus beau jour dans une vie. Eh bien, ce n’est pas le cas pour toutes les femmes. Imaginez-vous découvrir votre époux le jour de votre mariage. Quelle détresse pour ces petites filles, ces femmes face à un vieillard! Quel désespoir! Que dire des violences conjugales! Le taux de mortalité est très élevé, dans l’indifférence générale. Pourquoi tant d’impunité envers les auteurs? Pourquoi les lois ne sont-elles pas appliquées? Des questions qui laissent songeur.

Les faits sont présentés simplement. Les lois sont présentées dans chaque chapitre. Violences faites aux femmes – une anthropologue au Tchad est un essai qui ne laisse pas indifférent. Une fois refermé, les questions, les pensées continuent à surgir. Un livre à lire. A conseiller. Un essai fort. Humain, ô combien! Profondément humain. A lire, pour le bien de la condition féminine. Le bien de l’humanité. Pour faire réfléchir l’humain en toute personne. Un chef-d’oeuvre!

Ma note 19/20

9791034807291   307 p.   Evidence Edition  Coll. Electron libre  16€