Maman, lève-toi et marche – Chadi Bouhafs – 2018

Quatrième de couverture

A travers ce récit, l’auteur rend hommage à sa mère dont le chemine a croisé celui d’un mari tyrannique et bigame. Celle que le destin n’a pas ménagée et pour qui « la thérapie par la plume » fut le seul exutoire à une existence dramatique et tumultueuse. Au fil des pages, s’élève le cri de détresse d’un auteur  face à une société figée et qui refuse de quitter un navire qui coule. Issu d’une famille nombreuse et modeste, disloquée une première fois par la guerre d’Algérie, puis par la violence d’un père despotique, l’auteur libère la mémoire de sa mère, figure remarquable, image emblématique de la condition féminine.

Mon avis

Maman, lève-toi et marche - Chadi Bouhafs1962, la fin de la guerre d’Algérie. L’enfant prodigue est attendu de tous. Sauf de sa femme. Pourquoi? Que redoute t-elle? D’où lui vient cette sourde angoisse? Est-ce l’annonce d’une probable seconde épouse? Sa terreur sans nom ne relève t-elle pas autre chose? Le pire? La vie d’une famille bascule au plus profond de la violence. Avec la bénédiction de la société. Une société érigeant cette violence comme moyen d’éducation. Une violence sociale. Keltoum est l’étendard de cette souffrance larvée au sein des foyers, des cœurs. Combien de femmes vivent cet enfer au vu et au su de tous? pire, dans une indifférence socialement légitimée?

Avec Maman, lève-toi et marche, nous entrons dans le quotidien d’une famille . Une

Maman, lève-toi et marche - Chadi Bouhafs

famille traumatisée, maltraitée par une personne. Un homme roi en sa demeure. Demeure où vivent deux épouses que le sort a lié à un même homme. Deux épouses égales dans les coups et les insultes. Ces deux femmes se haïssent et pourtant leur destin est lié. Par la douleur, la peur, mutiques face à tant de violences. Deux femmes dont la progéniture sera marquée à vie, au fer rouge, par cette violence cataclysmique. Des enfants qui font partie des dégâts collatéraux, victimes innocentes  de ce diktat de la crainte, des coups. Mais, des enfants et des épouses résilients.

En refermant Maman, lève-toi et marche, on ne peut s’empêcher de penser à toutes ces femmes, à tous ces enfants dont le quotidien est un enfer. Dont la maison est une totale insécurité. Dont le quotidien est fait de larmes, de terreur, de violence inouïe. Cependant la force de cette famille est là, présente, dans  une résilience très forte, malgré les séquelles. Une résilience qui peut finalement mener à un apaisement. Mais, à quel prix? A quel moment? Un roman écrit avec tendresse. Douloureusement beau. D’une beauté machiavélique. D’un espoir fou. Rédemption? Merci aux Editions du Panthéon pour m’avoir permis de faire une si belle lecture.

Ma note 16/20

9782754742245  Ed. du Panthéon 15,90€ (broché)  163 p.

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SABADAÏ- Mignar Adamson – 2018

Quatrième de couverture

Sabadaï ou le démon qui rêvait du Paradis est l’histoire du démon Sabadaï qui, au crépuscule de sa vie, revient sur les faits qui l’ont marqués. Il émergea du cinquième cercle de She’ôl, celui de la colère qui était depuis toujours gouverné par Zaa’me, ange déchu suite à la Bellum Prima. Cette guerre aux origines du temps qui déchira Eden et se conclut par le bannissement d’Adam, Eve et de nombreux anges, à la suite de Hêylêl.

Comme toutes les créatures immatérielles, il lui fallut trouver un réceptacle pour son essence. Cette tâche bien que triviale lui permettra de se forger une terrible légende de Violeur de Réceptacle puis de Tueur d’Anges. Sa renommée sera telle  que Zaa’me, lui-même, le fera convoquer pour lui confier une mission d’importance vitale pour She’ôl: ralentir l’effort de guerre d’Eden. C’est donc sous les traits parfaits d’un Marche-Ombre et armé de ses terribles compagnes Fléau des Âmes et Ravages, qu’il accomplira sa destinée.

Mon avis

Le ton est donné dès les premiers mots. Le monde s’écroule. L’enfer hérite d’un démon: Sabadaï. Son arrivée est digne de son rang. Fort de son destin, nous l’accompagnons dans un périple qui devrait forger sa vie. Sabadaï est écrit comme un poème, un chant scandant une destinée hors norme. Un poème sans fin. Horrible. Effrayant. Mais si tentant. Si addictif. Les mots se posent d’abord délicatement. Puis, ils explosent dans un artifice de sens que l’on  ne cherche pas à retenir: Curiosité, peur, dégoût, et  autres. Mignar Adamson a une écriture sublime qui rend la lecture agréable et nous transporte sans peine dans son monde.

Sabadaï nous aspire dans sa vie qui n’a rien de féérique. Dans son abominable vie qui peut nous crisper  et nous faire grincer des dents.  Un monde où nous plongeons avec une sorte de douce culpabilité. Ce qui ne nous empêche pas d’en redemander, de tourner la page avec frénésie pour connaître la suite. A aucun moment ne nous vient l’envie de fermer le livre malgré la dureté de certaines scènes. Au contraire.

Sabadaï est un démon et nul ne peut le nier. Cependant, nous nous surprenons à éprouver de la sympathie pour cet hère sans âme et bouffi de colère. Oui, je dis bien sympathie car il a une vie de démon somme toute normale et comme tout un chacun, aspire à s’élever socialement. Qui ne rêve pas de grimper l’échelle sociale? Comment expliquer que l’on a de la sympathie pour un démon? Pourtant, c’est le cas, tant les mots sont beaux, vrais, humains. Profondément. Sincèrement. Telle est la plume de Mignar Adamson pour nous raconter son démon Sabadaï. Lisez-le et vous comprendrez. Un superbe roman.

Ma note 18/20