Publié dans autobiographie, récit, romans

Zwazo – Gerry L’Etang & Victorien Permal – 2019

Quatrième de couverture

Cet ouvrage est le récit de vie d’Antoine Tangamen, dit Zwazo (1902-1992). Sa compétence en matière d’hindouisme à la Martinique en fit l’interlocuteur principal de ceux qui s’intéressaient à cette religion. De ceux qui, ethnologues ou non, pressentaient qu’avec lui disparaîtrait tout un monde. Et surtout de ces dévots qui se pressaient la semaine devant sa porte pour le prier d’organiser leurs cérémonies. Car le dimanche, quand s’arrêtaient les tambours cultuels, l’homme dialoguait avec des dieux. Il a également vécu un siècle de reconfiguration hindoue, de condition indienne, de créolisation indienne dans un espace plantationnaire, une habitation du nord de l’île dont il fut un rouage essentiel: un commandeur, contremaître des récoltes de canne à sucre. Grand témoin d’un siècle et de ses mutations, il nous laisse ce document.

Chronique

Antoine Tangamen dit Zwazo. Tout un poème. Toute une histoire. Toute une vie. Dépositaire du culte hindouiste martiniquais. Dépositaire de l’histoire des indiens sur cette île. Quelle est son histoire? Comment sa famille est-elle arrivée sur cette île? Comment les indiens ont-ils vécu leur exil en terre étrangère? Quel héritage Zwazo laissera t-il à ses concitoyens?

Zwazo nous transporte dans l’histoire d’un peuple au lendemain de l’abolition de l’esclavage. Un peuple qui, croyant aux mensonges de travail facile, fut enlevé, parfois, transporté, souvent, vers l’eldorado antillais. Eldorado qui se révélait être un enfer sur terre. Un peuple isolé, par la langue, par la religion, par les rituels, sur une île qui ne l’acceptait pas. Un peuple qui ne souhaitait qu’une chose: survivre, et si possible, retourner dans son pays couvert d’or et de gloire.

A travers la vie de Zwazo, défile l’histoire de la Martinique. Une histoire racontée du point de vue d’un Indien dont les origines se perdent de l’autre côté de l’océan. Nous découvrons le racisme anti-Indien qui fut très violent pour ces derniers. Au fil de la lecture, nous suivons l’évolutions sociale, religieuse d’un peuple, d’une île. Une île que Zwazo connaissait sur le bout des doigts. Une île dont il sera la mémoire des rituels indiens. Il sera la mémoire religieuse indienne. Il sera la mémoire de la Martinique. Tout simplement. Une histoire ilienne à laquelle il participera, parfois malgré lui. Nous découvrons dans une lecture fluide, la vie d’un homme financièrement d’une pauvreté sans nom. Mais un homme d’une grande richesse culturelle, religieuse, cultuelle. Cet homme fut le dépositaire-témoin de tout un peuple. Celui de l’Autre bord. Celui du pays de ses parents. Il s’appelait Antoine Tangamen dit Zwazo.

Note 18/20

9782357204157    HC Editions      144 p.     12,50€

 

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Publié dans Contemporain, récit, romans

Negombo – Virginie Vanos – 2019

Quatrième de couverture

A trente deux ans, Jenny Colomb semble posséder tout ce qu’une femme peut souhaiter: un mari aimant et une fabuleuse carrière de romancière à succès. Pourtant, elle est dévorée par l’ennui, l’angoisse et le désœuvrement. Un divorce, le décès de son ex-mari et toute une série de menaces et d’intimidations la laissent totalement anéantie. Elle décide alors de tout quitter pour partir seule à Negombo, sur la côte ouest du Sri Lanka. Aspirant tout d’abord au calme, la solitude et la tranquillité, Jenny fera cependant de nombreuses rencontres tant parmi les sri lankais que les expatriés, dont certaines changeront son destin à jamais.

Chronique

Un mariage transparent. Insipide. Un divorce dangereux. Un veuvage post divorce. Telle est la vie de Jenny. Du moins, la sensation qu’elle en a. Une vie qui lui semble vide mis à part les menaces de son ex belle-famille. Alors, c’est le moment de partir. De changer d’horizon. Afin de mieux se retrouver?

Negombo. Lieu-pansement. Lieu-baume au cœur. Un roman qui nous fait accompagner une femme dans sa renaissance après une vie anesthésiée. Nous la suivons dans ce voyage intérieur. Un voyage où elle se retrouve face à elle-même avant de pouvoir s’ouvrir aux autres. Avant de pouvoir découvrir les autres. C’est l’histoire d’une écrivaine face à la page blanche telle que fut sa vie, avant de trouver son inspiration à travers les autres. Elle trouve l’inspiration en se découvrant dans le regard des autres. Ce regard qu’ils portent sur elle.

Negombo nous entraîne dans le sillage d’une femme qui, à un moment, avait oublié de vivre. Une femme qui avait mis sa vie entre parenthèse. Au décours de ses rencontres, elle trouve des amitiés solides. Elle découvre enfin le plaisir d’aimer et de se laisser aimer. Elle retrouve sa vie. Elle retrouve la sensation d’exister et se met à croquer la vie à pleines dents. Pour combien de temps? Retournera t-elle dans son pays? Une fois dans son pays, y gardera t-elle cette soif de vivre? Peut-être qu’elle la gardera tant qu’elle demeurera à Negombo. 

Note 18/20

9781074785642    Auto Edition    92 p.   10,02€   Kindle 3,99€

Publié dans historique, récit, romans

Dernier printemps à Paris – Jelena Bacic Alimpic – 2019

Quatrième de couverture

Pianiste de talent reconvertie dans le journalisme, avec une vie de couple qui bat de l’aile, Olga part en reportage à Toulon. Elle doit y recueillir le témoignage d’une vieille femme russe pensionnaire depuis longtemps d’un sanatorium. Cette Maria Koltchak, qu’on dit folle, affirme être une ancienne détenue du goulag stalinien et désire se confier avant de mourir. Au fil des entretiens, Olga est happée malgré elle par son histoire poignante. On assiste à une tragédie familiale sur fond d’histoire de l’URSS. Aidée par le directeur de l’hôpital, Olga tente de renouer chacun des fils d’un récit palpitant marqué par les trahisons et l’espoir. Elle remonte avec Maria dans les profondeurs de ses souvenirs, notamment celui de la recherche de sa fille disparue. A travers ses yeux, la jeune femme découvre Moscou, la Sibérie, elle retourne là où tout a commencé, lors du dernier printemps à Paris…

Chronique

Une illusion de couple. Des choix professionnels différents. Un couple pour qui la routine devient pénible. Un couple pour qui le quotidien est à peine supportable. Est-ce la raison pour laquelle Olga se jette à corps perdu dans ce récit horriblement magnifique? Un récit qui éveille sa curiosité et remplit le vide de sa vie. Une excursion dans le monde soviétique de Staline. Une excursion dans une famille en souffrance. Une longue descente en enfer dans une Union Soviétique en pleine Révolution. Un amour maudit scellé dans l’obscurantisme. La bonne foi. L’innocence. L’ignorance.

Dernier printemps à Paris nous emporte dans un monde où la souffrance, la trahison,  sont écrites en lettres d’or glacé sur le destin  des hommes qui les subissent. Il nous offre un regard obscurément éclairé sur les actions de Staline et de ses sbires. Un monde où la force morale, la dignité, la bonne foi sont foulés au pied. Piétinés par des hommes qui n’ont aucun scrupule pour imposer leurs idées. Maria connaitra l’horreur, la peur, le désespoir. Mais elle se relèvera. Elle fera tout pour transmettre. Pour que nul n’ignore. Pour témoigner. Pour ne pas taire au monde une période noire de sa vie, de son pays. Comment des êtres humains ont-ils pu se comporter ainsi? Comment ont-ils pu faire fi de l’humanité?

Dernier printemps à Paris est un cri de colère. Un cri de douloureuse surprise. Un cri qui ne laisse personne indifférent. C’est un cri, un hurlement sur l’injustice, la trahison, la bassesse humaine. C’est un cri qui dérange la tranquillité des bien pensants. C’est un cri de résilience après un dernier printemps à Paris.

Note 18/20

9791097594251   Editions Serge Safran    336 p.    23,50€

 

Publié dans Jeunesse, récit, romans

Parfums d’enfances – Aude Lafait – 2012

Quatrième de couverture

Kim habite la région parisienne, où elle a été adoptée par une famille française à l’âge de cinq ans. A vingt-deux ans, elle retourne en Thaïlande à la recherche de ses racines.

Chronique

L’adoption est toujours un moment délicat dans la vie d’une personne. Dans la vie d’une famille. Kim est une enfant adoptée. Qu’est-ce qui a bien pu conduire à cette adoption? Pourquoi elle? Comment s’est passée son adaptation dans son nouveau pays? Parviendra t-elle à oublier ses racines, son pays d’origine? Tant de questions auxquelles il lui est si difficile de répondre. Et si elle faisait le chemin en sens inverse afin de trouver des réponses?

Parfums d’enfances nous embarque dans une histoire racontée par chaque membre de la famille de Kim. Chacun revit ce moment qui a bouleverse sa vie. C’est un roman de douleur. La douleur de ne rien savoir de son histoire personnelle. La douleur d’une mère adoptive qui fait face aux questionnements de sa fille. La douleur d’une mère acculée par la misère. Nous plongeons dans la peur d’une famille qui craint de perdre l’être aimé au cas où cette dernière retrouverait sa mère naturelle. La peur de cette famille d’être reniée, rejetée, ignorée. C’est l’histoire d’une famille qui s’interroge. Cette adoption devait-elle se faire? Kim les reniera t-elle si elle retrouvait sa mère naturelle?

Parfums d’enfances est un récit plein d’amour. De tendresse. C’est un récit avec des moments d’une force incroyable. C’est un roman qui interroge sur l’adoption. Sur les choix guidés par la misère. Sur la recherche des origines. C’est le récit de la séparation. Une séparation douloureusement merveilleuse afin de mieux se retrouver. Une séparation-retrouvailles aux parfums d’enfances.

Note  17/20

9782296570238    Editions l’Harmattan    140 p.    13€

Publié dans autobiographie, historique, récit, romans, témoignage

Les étoiles cachées – Régine Soszewicz – 2019

Quatrième de couverture

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, la vie de Régine et de sa famille est bouleversée. Juives, elles sont soumises aux multiples interdits. Maurice, leur père, engagé volontaire, est alors prisonnier de guerre. Grâce au courage et à la détermination de Marie, leur mère, échappant aux rafles annonçant une mort certaine, Régine et sa sœur Marcelle, aidées clandestinement, fuient Paris. Elles trouvent refuge  et la vie sauve auprès de paysans accueillants. Elles partageront leur quotidien et le travail à la ferme. Régine raconte….

Chronique

Il est des périodes dans l’histoire que ne nous envieraient pas les pires animaux. Des périodes qui n’ont rien d’honorable pour les humains. Les étoiles cachées nous les rappelle fortement à notre bon souvenir. Qui n’a pas entendu parler de la rafle du Vel d’Hiv, des pogroms, des stalags? Surtout, qui ignore cette étoile jaune qui a stigmatisé tout un peuple?  Une étoile qui rappelle l’indignité  et la honte humaine? Une étoile qui a marqué un peuple qui devait être sacrifié sur l’autel de la folie des hommes.

Les étoiles cachées nous parle d’innocence, de la vie simple d’une famille heureuse que les appels à la guerre de 1939 mènera à la quasi extinction. Une famille dont certains membres seront victimes de la shoah. Alors Régine a pris la plume pour raconter. Pour témoigner. Pour la postérité. La guerre à travers le regard d’une petite fille qui ignore que les horreurs toucheront profondément sa famille. Que ces horreurs transformeront sa vie à jamais. Que d’innocence dans ce regard!

Nous assistons à la lente et longue descente aux enfers d’une famille. Seuls les adultes se doutent. Les enfants sont loins de tout cela, cachés dans la campagne française. Un endroit où l’horreur ne les touchera pas. Nous ressentons cette lente dégradation sociale pour la population juive. Une atmosphère délétère qui l’isole peu à peu. Des actes qui la stigmatise de plus en plus, la mettant en grand danger. Régine présente des photos touchantes, montrant la vie d’une famille comme toutes les autres, si ce n’était cette grossière étoile  qui les désignera à la vindicte populaire, à la haine. Ces photos sont remplacées par celles de la honte, de l’horreur, de l’invivable, de l’inavouable. Ces étoiles qui ne marqueront pas les innocentes cachées en Province, ces deux sœurs qui sont les étoiles cachées de cette période sanguinaire.

Note 19/20

9782343177649    Ed. L’Harmattan   180 p.    19€

Publié dans récit, romans

Matins d’altitude – Claire Chastan – 2013

Quatrième de couverture

Clara n’a pas de mots pour décrire le ciel changeant et habité qui fait défiler sur nos têtes son train de créatures voyageuses… C’est pourtant ce que révèle Claire Chastan dans ces matins d’altitude que l’on avale d’un trait comme une bouffée d’oxygène arrachée aux cimes de la montagne au terme d’une lente montée.[…]

Chronique

Pour certains, la vie est faite de passion. Et la passion ne s’explique pas. Pour Clara, la vie, sa passion c’est la montagne. Plutôt SA montagne, la Lance. Là où elle vit ses habitudes et ses plaisirs. Une sensation intime d’isolement. Un sentiment de redécouvrir à chaque fois son domaine. Un domaine inconnu des autres. Un domaine où elle reconnait chaque brin d’herbe, chaque sentier.

Au fil de ses sorties, Clara fait des découvertes sur cette nature qu’elle aime tant. Elle se remémore les légendes qui illustrent cette terre sauvage où seuls les animaux ont leur place. Matins d’altitude est une aventure où nous nous faisons discrets pour ne pas troubler la quiétude des lieux. Pour ne pas déranger une passionnée de la montagne. Pour pouvoir flâner en compagnie d’un guide solitaire.

Matins d’altitude est un pèlerinage sur une terre d’amour. Une terre de regrets. Une terre où le bonheur côtoie le malheur. Une terre faite d’immensité. D’ingratitude humaine. D’exploits inénarrables. Une terre de toute beauté comme cela existe tous les matins en altitude.

Note 17/20

9782919270040   Editions Les Trois Platanes   122 p.   15€

Publié dans récit, témoignage

Chroniques de Katmandou – Jérôme Edou – 2015

Quatrième de couverture

Lorsque les premières peuplades arrivèrent sur les contreforts de l’Himalaya, stupéfaits par la grandeur, elles en firent la résidence de leurs dieux. Aujourd’hui, la région est confrontée aux assauts de la modernité faisant suite notamment à l’annexion du Tibet par la Chine, elle est sous le coup du désastre provoqué par le séisme du 25 avril 2015 et doit faire face à l’immense défi de la reconstruction.

Chronique

Qui n’a pas entendu parler ou vu le tremblement de terre qui a secoué Katmandou en 2015? Comment un peuple dont la survie  avait été, ainsi, mis en suspens, a pu s’en sortir? Un magnifique portrait brossé du Népal. A travers chroniques, anecdotes personnelles, légendes, pièces de théâtre, nous faisons connaissance avec ce pays de montagne. Une douce et merveilleuse présentation d’un pays qui défraya la chronique lors de l’assassinat de la famille royale. Jérôme Edou nous fait ressentir son amour pour ce petit pays de l’Himalaya à travers ses récits, ses souvenirs.

Chroniques de Katmandou est un petit bijou qui tient dans le sac, la poche et qui peut être lu partout. Les chapitres sont courts et titrés, et cependant, très denses en émotion et en renseignements. La lecture se fait d’une traite tant nous avons l’impression de passer d’un conte à l’autre, d’une découverte à une autre. Jérôme Edou mêle faits historiques contemporains, politique, évènements passés. Des histoires qui s’imbriquent les unes aux autres pour donner un récit rythmé, soutenu, clair et attrayant. Nous nous laissons emporter avec plaisir.

Chroniques de Katmandou est un voyage à la rencontre de l’Himalaya et de son peuple. A la rencontre d’une histoire qui fut commune à de nombreux pays tels que l’Inde, le Tibet, le Bhoutan. Des noms qui font rêver. Des histoires qui font voyager grâce aux chroniques de Katmandou.

Note 18/20

9782919270057   Editions Les Trois Platanes   170 p.   18€

 

 

Publié dans fiction, récit

La belle Fanny – Pedro Lenz – 2018

Quatrième de couverture

Pedro Lenz revisite avec humour, tendresse et espièglerie le mythe ancestral de la beauté féminine inspiratrice. Une belle Fanny hante le milieu artistique d’Olten, petite ville postindustrielle du plateau suisse en passe de devenir une capitale culturelle. Le héros de ce roman s’appelle Jackpot, c’est un parieur professionnel aux aspirations littéraires. Il fait partie d’une bande de copains artistes peintres et musiciens dont il ne comprend pas forcément les règles. Jackpot se considère plutôt comme « un normalo, sans signe distinctif  » jusqu’au jour où il tomba fou amoureux d’une femme mystérieuse et indépendante…..

Chronique

Tout commence par une banale histoire d’amitié entre un peintre et un écrivain. Chacun a son idée sur son art. Chacun sa petite histoire de vie. Mais, la vie n’aime pas la routine. Elle aime embrouiller les hommes. Elle aime leur soumettre ses choix et faire un pied de nez à leur destin. Ces deux hommes qui cherchent chacun leur Graal artistique. Puis Fanny fut. Et un destin chut.

La belle Fanny est écrit à la première personne. Dans un style un peu argotique. C’est un roman raconté par un écrivain qui écrit comme il parle. Ce qui rend la lecture agréable et l’humour caustique. C’est un roman qui baigne dans le monde de la peinture. Un monde où l’être est sensible, fantasque avec un ego plus ou moins démesuré. Mais c’est un être attachant et profondément humain. En tournant les pages, nous suivons l’histoire de personnes enfermées dans un monde qui les force à se tourner autour. Louis le peintre et Jackpot le presqu’écrivain aiment-ils la même femme? Peut-on parler d’amour? Comment se terminera l’histoire de ce trio?

En filigrane, les paroles des plus grands chanteurs bercent ce conte des temps modernes et donne une particularité appréciable au texte. Le cœur de la belle Fanny vers qui penche t-il? Ne serait-elle pas simplement une muse? La belle Fanny est une superbe promenade dans l’amour, la jalousie. Dans la vie. Une vie de bohême. Rythmée par la peinture, la musique, l’écriture. Un monde où la muse se dénomme la belle Fanny.

Note 17/20

9782829005824    Editions d’en bas   196 p.

 

Publié dans récit, témoignage

Je t’aime affreusement – Estelle Gapp -2018

Quatrième de couverture

Si Marina Tsvetaeva (1892-1941) compte aujourd’’hui parmi les grands poetes russes du XXe siècle, on le doit au destin et au tempérament hors du commun de sa fille, Ariadna Efron (1912-1975), seule survivante d’une famille broyée par la Terreur stalinienne. Après seize ans de Goulag, elle consacre les vingt dernières années de son existence à faire publier l’’œœuvre de Marina. La « fille prodige » deviendra le premier éditeur de sa mère. Je t’’aime affreusement est une lettre fictive qu’’Ariadna aurait pu écrire, depuis le premier jour de sa libération, en 1955, jusqu’à’ sa mort, en 1975. […]

Chronique

Quand nous pensons à notre enfance, à notre mère, c’est souvent avec une tendre nostalgie. Tendre malgré les coups durs de la vie. Nous portons d’habitude un regard plus compréhensif sur certains faits. Compréhensif après le temps qui passe, le regard de l’adulte que nous sommes devenus. Pour Ariadna, ce sont des souvenirs doux-amers d’une période qui ne fut pas facile.

Je t’aime affreusement est un cri d’amour d’une fille à sa mère. Une mère qui est allée au bout de son amour maternel. Parfois en faisant les pires choses pour le bien-être de sa progéniture. L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on. L’enfance d’Ariadna a été voué à l’enfer éternel. Au froid sibérien. Une enfance marquée par la Première Guerre Mondiale et l’autocratie de Staline. Une enfance de crainte, de cris, de désespoir.

Je t’aime affreusement est la colère d’une enfant qui le restera malgré les années. Qui le restera face à cette mère absente. C’est le cri de colère d’Ariadna qui voit le monde se vider autour d’elle sans trop savoir ce qui se passe. Des disparitions que la petite fille prend pour une punition. C’est aussi une promesse. Promesse faite en échange du retour  et de l’amour d’une mère disparue. La promesse de faire connaitre l’oeuvre de sa mère-fantôme. Malgré certains regrets. Malgré les promesses échangées contre un peu d’intérêt, je t’aime affreusement est fait d’amour. D’un amour fort et sincère. D’un amour qui a fait tomber tous les obstacles. C’est un superbe cri d’amour d’une fille à sa mère, envers et contre tout: je t’aime affreusement.

Note 17/20

9782940628155   Edition des Syrtes   172 p.   13€

Publié dans autobiographie, récit

Les fleurs qui poussent en enfer – Mirza Mohammad Massoud (Dehati) – 2019

Quatrième de couverture

Parmi les romanciers des années trente-quarante, Mohammad Massoud, héritier comme tous ceux de sa génération des idées de la révolution constitutionnelle, offre la figure  du libertaire  et du redresseur de torts. Massoud est un « self-made man ». Issu d’une famille religieuse, traditionnaliste et économiquement défavorisée, il arrive à Téhéran encore adolescent […].

Chronique

L’Iran avant les ayatollahs. L’Iran à l’époque du Shah. Un pays qui se modernisait. Un pays où le port du voile avait été aboli. Un pays où la liberté de la parole n’existait toujours pas… C’est dans ce royaume qu’évolue Mohamed Massoud, journaliste satyrique.

Les fleurs qui poussent en enfer est d’abord un échange  épistolaire. Un échange qui démontre les rêves brisés. Qui montre la déception d’un homme de retour dans son pays. Pays où rien ne se fait dans les règles. Pays où règnent le mensonge et la peur. C’est aussi l’histoire d’un homme qui raconte son déclin, sa déchéance, ses désirs ensevelis sous des tonnes d’indifférence politique et sociale. C’est un cri dans le désert émotionnel, humain qui l’environne. Massoud s’est rêvé une vie en Iran avec son épouse européenne. L’Iran a assassiné ses rêves et dansé sur sa dignité.

Les fleurs qui poussent en enfer est une violente prise de conscience. De ce genre de prise de conscience qui annihile toute velléité de survie. Qui annihile toute joie de vivre et cueille dans le sang, la douleur et l’ignominie les fleurs qui poussent en enfer. Ces fleurs qui poussent au plus profond de l’être. Massoud nous dévoile un Iran effarant. Un pays qui va de mal en pis à travers son histoire. A travers ses gouvernants. Il présente l’enfer de Dante sur terre dans ses plaintes muettes. Dans ses larmes séchées par le feu de l’enfer. Dans ses rêves foulés au pied par une société tétanisée par la peur. Une société si violente qu’elle écrase volontiers les fleurs qui poussent en enfer.

Note 18/20

9782343169415 Ed. L’Harmattan   150 p.   13€