Les fleurs qui poussent en enfer – Mirza Mohammad Massoud (Dehati) – 2019

Quatrième de couverture

Parmi les romanciers des années trente-quarante, Mohammad Massoud, héritier comme tous ceux de sa génération des idées de la révolution constitutionnelle, offre la figure  du libertaire  et du redresseur de torts. Massoud est un « self-made man ». Issu d’une famille religieuse, traditionnaliste et économiquement défavorisée, il arrive à Téhéran encore adolescent […].

Chronique

L’Iran avant les ayatollahs. L’Iran à l’époque du Shah. Un pays qui se modernisait. Un pays où le port du voile avait été aboli. Un pays où la liberté de la parole n’existait toujours pas… C’est dans ce royaume qu’évolue Mohamed Massoud, journaliste satyrique.

Les fleurs qui poussent en enfer est d’abord un échange  épistolaire. Un échange qui démontre les rêves brisés. Qui montre la déception d’un homme de retour dans son pays. Pays où rien ne se fait dans les règles. Pays où règnent le mensonge et la peur. C’est aussi l’histoire d’un homme qui raconte son déclin, sa déchéance, ses désirs ensevelis sous des tonnes d’indifférence politique et sociale. C’est un cri dans le désert émotionnel, humain qui l’environne. Massoud s’est rêvé une vie en Iran avec son épouse européenne. L’Iran a assassiné ses rêves et dansé sur sa dignité.

Les fleurs qui poussent en enfer est une violente prise de conscience. De ce genre de prise de conscience qui annihile toute velléité de survie. Qui annihile toute joie de vivre et cueille dans le sang, la douleur et l’ignominie les fleurs qui poussent en enfer. Ces fleurs qui poussent au plus profond de l’être. Massoud nous dévoile un Iran effarant. Un pays qui va de mal en pis à travers son histoire. A travers ses gouvernants. Il présente l’enfer de Dante sur terre dans ses plaintes muettes. Dans ses larmes séchées par le feu de l’enfer. Dans ses rêves foulés au pied par une société tétanisée par la peur. Une société si violente qu’elle écrase volontiers les fleurs qui poussent en enfer.

Note 18/20

9782343169415 Ed. L’Harmattan   150 p.   13€

 

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Aya – Marie-Virginie Dru – 2019

Quatrième de couverture

« En Casamance on ne meurt pas pour de vrai. On reste toujours présent dans les arbres, les pierres, les rivières… La mort, c’est l’autre côté de la vie. A Karabane, les morts sont autour de nous, ils nous voient, pas nous. C’est tout« .

C’est le poème que son père lui avait appris. Aya, douze ans, le connaît par cœur. Elle sait que les arbres sont vivants grâce aux morts qui les habitent. Elle sait aussi que quelque chose en elle risque de mourir si elle reste aux côtés de son oncle. Alors, un jour, Aya décide de quitter son petit village adossé à ce vaste océan qui donne à ses larmes un goût de sel. Le voyage qu’elle entreprend va forger son destin et faire d’elle une femme libre d’aimer et de vivre.

Chronique

Ce roman me touche particulièrement et profondément car j’ai perdu des amis dans le naufrage du Joola. Une grande tragédie. Dans un petit village, au cœur de la forêt casamançaise, vivait une petite fille de douze ans: Aya. Ainsi aurait pu débuter cette chronique sur cette petite fille. Mais sa vie n’a rien d’un conte de fée, mais a tout à envier au cauchemar.

Aya nous emmène dans son monde. Un monde où elle a grandi trop vite. Un monde qui renferme des secrets douloureux. Un monde où sa mère, suite au naufrage du Joola, a laissé son esprit au fond de la mer en compagnie de son mari. La vie a fait d’Aya une adulte dans le corps d’une enfant. Un corps qui attise des convoitises. Aya rêve du retour de son frère parti vers l’Eldorado comme tant d’autres avant lui.  Où est-il? A t-il atteint son but? Pourquoi un si long silence? Pourquoi ne vient-il pas la protéger de ce parent lubrique et incestueux?

Les chapitre nous entrainent dans la vie de cette jeune fille. Enfant douce et victime.Que font les gens autour? Sa mère, bien qu’elle ait perdu son esprit, se doute t-elle de ce qui se passe? Son rêve de retrouver son frère sera t-il exaucé? Aya femme-enfant.  Aya mère courage. Un petit bout de femme qui lutte pour retrouver une mère saine d’esprit. Une femme qui lutte afin de pouvoir expliquer ce qui lui est arrivé. Comment le faire? Peut-elle échapper à ce destin mortifère?

Aya est un hommage. Un hommage aux femmes qui subissent. Aux femmes qui souffrent et qui trouvent la force de se re-créer. Aux femmes qui trouvent toujours de nouveaux buts pour avancer. Un hommage à toutes ces femmes enfants qui subissent en silence. Des résilentes. Des maîtresse-femmes telle que Aya.

Note 18/20

9782226438430   Ed. Albin Michel   219p.

Sœur Yvonne, vendéenne d’Ahmedabad – Didier Giroud-Piffoz – 2014

Quatrième de couverture

« Nous avions peu de moyens, c’était très primitif.  Quelques fois, pour prendre la température , nous mettions un crayon sous l’aisselle du patient. Il croyait que c’était un thermomètre… Nous avons guéri plein de gens. Nous mettions toujours un peu d’eau de Lourdes dans nos médicaments. Notre fondateur avait apporté des médailles du sanctuaire. Il nous avait dit:  » Mettez une médaille dans une bouteille et remettez toujours de l’eau ». Nous avions ainsi notre propre production d’eau de Lourdes (rires)« .

Chronique

Dans la vie, certaines personnes existent pour le bien  de l’humanité. Des personnes qui savent faire preuve d’empathie. De bonté suprême. Des personnes pour qui s’occuper des autres est un sacerdoce. Et quand l’Autre est au bout de sa souffrance, ces êtres sont les baumes qui cicatrisent les plaies, les blessures et insufflent le goût à une nouvelle vie.

Sœur Yvonne Vendéenne d’Ahmedabad est une histoire. Celle d’une femme. Celle d’une religieuse. Une femme ET une religieuse qui a su tendre la main à ceux que la société rejetait. A ceux que la société avait banni. A ceux à qui la maladie avait retiré toute once d’humanité: les lépreux. Aujourd’hui, retirée dans sa mission, elle revient avec humour, avec humilité sur ces années passées au service des Autres. Nous découvrons ses premiers pas auprès des personnes en souffrance (orphelins, femmes et enfants en souffrance, lépreux…). Des actions très réfléchies. Des actions très généreuses car son altruisme est né bien avant son entrée dans les ordres.

Sœur Yvonne Vendéenne d’Ahmedabad est l’histoire d’une abnégation. L’histoire d’une femme forte qui sait donner du bonheur, de l’humilité, de la joie de vivre à ceux qui l’entourent. A ceux qui viennent à sa rencontre. Elle raconte avec espièglerie son histoire. Ses histoires. Ses rencontres. Ses souvenirs. Elle raconte avec malice les leçons que la vie lui a inculqué. C’est une religieuse profondément généreuse qui partage avec plaisir ce que la vie lui a appris. La force que le Christ lui a insuflé durant toute son existence. Cette force qui a fait d’Yvonne Boyer, Sœur Yvonne Vendéenne d’Ahmedabad

Note 17/20

9782368030455    Ella Editions    182 p.   17€

Jours de pluie – Pascal Graff – 2019

Quatrième de couverture

Une semaine aux Antilles, François tient son journal de voyage. Explorateur contemplatif, il collectionne les sensations. Il découvre avec délice les eaux tropicales. Un autre jour, il gravit des collines et pénètre la forêt. En chemin, il rencontre trois hommes étonnants, trois destins brisés qui déroulent leur vie devant lui. Derrière l’image de carte postale, apparaît alors une réalité complexe et tourmentée, dans laquelle François est aspiré. Quand la pluie s’abat avec violence sur cette île de tragédie, les trois hommes décident de rejouer leur destin. Ils entraînent avec eux François, dans une histoire qui n’est pas la sienne: le meurtre a son témoin.

Chronique

François, jeune français est en vacances sur une île des Antilles. Le dépaysement est assuré. Les rencontres aussi sont dépaysantes, surtout quand la population est accueillante et sympathique. Des vacances où il va découvrir l’autre visage de l’île. Celui que les touristes ignorent. Celui qui donne une identité particulière à ce lieu.

Au fil des pages, nous faisons la connaissance d’un touriste en goguette. Nous le suivons dans des aventures qu’il vit à chaque rencontre. Des rencontres avec des personnages hauts en couleurs et énigmatiques. Des aventures où les découvertes sont mystérieuses. Mais, est-ce le bon moment pour visiter Saint Peter? Une période de l’année où la pluie s’invite très souvent? Une pluie comme seule peut en recevoir une île tropicale. Une pluie qui rythme les évènements. Une pluie complice des évènements, de la vie. Une pluie qui gère les sentiments et les ressentiments. Acceptée de tout le monde. Parfois bénéfique. Parfois dérangeante. Toujours acceptée car elle cache les secrets les plus sordides.

Jour de pluie, au travers de ses chapitres, de ses pages, de ses mots, nous invite à une visite. Etrange, il faut l’avouer. Une visite qui révèle des énigmes. Une visite qui révèle les secrets les plus sombres que recèle l’âme des iliens. La lecture est aisée et se fait d’une traite. En filigrane se dessine une histoire. Une histoire comme il en arrive partout. Une histoire qui reste secrète, cachée aux yeux des touristes. Une histoire qui tue parfois les jours de pluie.

Note 15/20

9782343165882   Ed L’Harmattan   135 p.   15€

 

La voie de l’errance – Jean-Luc Brémond – 2019

Quatrième de couverture

Un jeune Mongol du désert du Gobi, Naranbaatar, neuf ans, doit quitter sa yourte pour aller à l’école en ville. Avec deux camarades, ils décident de fuir l’institution scolaire chinoise pour retrouver leurs familles. Un projet ambitieux qu’un chaman viendra bouleverser. Ainsi commence l’errance, beaucoup plus longue que les fugueurs l’auraient imaginée. D’épreuves en découvertes, elle leur permet de trouver leur voie annoncée par un chant

Chronique

Quitter sa famille pour l’inconnu quand on a neuf ans, n’est pas facile. Quand il s’agit de perdre son identité, c’est pire. A cet âge, l’esprit de rébellion peut être très forte. La recherche des racines que l’on est en train de perdre devient une quête. Une quête qui va au-delà de sa propre volonté. C’est le début de l’aventure. Trois enfants, symboles de résistance Mongole face à l’institution chinoise. Guidés par leur désir de liberté, par les diverses rencontres, par la foi en leur rêve, ils avancent vers un but. LEUR but. Que trouveront-ils au bout du chemin? Est-ce une manière de se confronter à leur destinée propre?

La voie de l’errance est un ode à la liberté. Une liberté qui peut être acquise très chèrement. Chacun pourrait en sortir grandi. Chacun pourra se découvrir et découvrir l’autre dans les épreuves. Dans l’amitié. Pour la vie. Pour leur destinée. Nous assistons à un voyage initiatique. Les trois fugueurs iront au bout d’eux-mêmes pour se découvrir. pour se connaitre enfin. Pour comprendre leurs choix. Pour accepter leur destin. Qui aurait pensé qu’un chant, fut-il chamanique, bouleverserait leur vie?

La voie de l’errance comporte sept parties qui portent des noms d’animaux-totems. Ces animaux qui illustrent les caractères, les aventures de chaque enfant. La lecture se fait d’une traite tant l’aventure de ces jeunes nous intrigue et nous rend addictifs. La voie de l’errance ne raconte pas une banale errance. Mais raconte une vie. Des vies. Des personnes à la recherche d’eux-mêmes et de leur idéal. Vont-ils le trouver? Dans combien de temps? Ce roman est un chant de liberté. Un chant de conquête. Conquête de soi. Conquête des idéaux. Conquête de la liberté. Une liberté chèrement acquise. Mais, profondément méritée. Une quête de liberté sur la voie de l’errance.

Note 18/20

9782918951704   Editions la lampe de chevet   358 p.   19€

Sapin-Lilas – Alvyane Kermoal – 2018

Quatrième de couverture

Ce sont des temps que l’on ne compte pas, mais des années  que l’on n’oublie pas. On va doucement vers le bout de sa vie et les souvenirs affluent comme pour nous dire : »Regarde, tu as eu de beaux moments dans ce qui fut le pire« .

Une mère et ses jumeaux devant les belles vitrines des grands magasins à Paris. La détresse d’une femme qui travaille et ne peut rien offrir à ses enfants….rien….sauf…la dignité. Une pièce jetée au sol et le rêve se brise. Le « bienfaiteur » pourra t-il comprendre ce qu’elle va essayer de lui montrer avec le Sapin-Lilas?

Mon Avis

Une colombe en plein vol prise dans une boule de neige. Telle est la couverture de ce roman. Un symbole? Perte de liberté? Fin du rêve? Début du cauchemar? Comment vivre quand la vie est compliquée? Surtout comment faire pour que les enfants ne la subissent pas trop?

Sapin-lilas. Une belle invention pour les fêtes de Noël. Le symbole d’une vie compliquée mais belle. Celle de Sybille et de ses deux enfants. Le symbole de la simplicité. De l’amour profond. Sans fards.  Sans faux semblants. Symbole de l’amour innocence. De cette pauvreté riche d’autre chose  que de biens pécuniers. Que signifie la pauvreté? Sur quoi se base t-on pour l’attribuer à quelqu’un?

Sapin-lilas nous montre la vie. La vraie. Sans ostentation. La vie dans toute sa beauté et tous ses manques. C’est aussi une belle leçon d’amour. De partage. De don de soi. De don de son temps. Sans rien attendre en retour. Sapin-lilas est une offrande superbe sur l’autel des idées toutes faites. Des idées convenues sur les pauvres. Sur ceux qui ont très peu de pouvoirs financiers. Une famille, sans biens matériels, mais avec tant d’amour. C’est ce que nous découvrons au fil des pages. Au fil des mots. Un espoir en l’humanité. Une famille d’une grande simplicité et qui se nourrit de petits moments de bonheur.

 Un livre qui se dévore rapidement. Un livre qui fait réfléchir aux priorités de la vie. Un roman qui démontre la force de la résilience. Avec pudeur. Avec sensibilité. Avec générosité. L’art de faire de sa vie  des moments uniques malgré le manque financier. Manque qui n’entame pas la joie de vivre. Le plaisir de regarder autour de soi sans juger. Le plaisir de donner juste pour voir une étincelle de bonheur dans un regard inconnu. Des rencontres inoubliables et mémorables qui deviennent de précieux moments de partage. Juste pour voir le bonheur. La joie. Tant d’émotions qui ont tendance à déserter notre société. Au fait, qu’est-ce qu’un sapin-lilas?

Ma note 19/20

9781790980475   Autoédition   80 p.

Naissance d’une femme – Camomille – 2017

Quatrième de couverture

Geneviève grandit dans les années 60, à Langevin, un écart de Saint-Joseph, au sud de l’île de la Réunion. Après une enfance heureuse auprès des siens, malgré la misère et le décès prématuré du père, une rencontre entraîne la jeune fille naïve dans un tourbillon qui lui enlève tout contrôle sur sa vie. Choc des cultures, violence et humiliations deviennent progressivement son lot. Mais Geneviève tient bon. Elle espère. Surtout pour ses enfants, sa seule consolation et l’objet de sa fierté. Jusqu’à ce qu’éclate le scandale, qui brisera sa famille et ses dernières illusions. Geneviève saisit alors l’opportunité de devenir la femme libre et capable qui, au fond d’elle, attendait d’être révélée.

Mon Avis

Etre femme dans certains endroits du monde peut représenter une grande difficulté. Tout peut contribuer à ce qu’une jeune fille à la fleur de l’âge découvre et exploite son statut de femme dans la douleur. Le mensonge. La pauvreté fait force de maturité et oblige à tous les extrêmes. Ainsi se découvre Geneviève, jeune réunionnaise qui a grandi trop vite. Avec empressement. Avec ignorance. Pourquoi a t-elle accepté ce genre de vie si jeune?

Peu à peu, elle entre dans le monde d’adulte  et doit s’adapter rapidement. Naissance d’une femme nous fait entrer avec vivacité dans la vie d’une enfant. D’une enfant-femme. Une vie pas toujours facile. Une vie pas toujours supportable. Une vie de résilience entre la Réunion et la France. Chaque chapitre nous fait découvrir la force, la faiblesse, le courage d’une femme. D’une épouse. D’une mère. Comment ne pas baisser les bras quand la vie n’est que lutte de tous les instants? Comment faire pour ne pas sombrer? Le courage est-il un acquis? La vie de Geneviève défile ainsi que les épreuves. Les bons moments. Les instants de joie. De découragement. Cependant, vaille que vaille, la vie continue.

Naissance d’une femme est un cri. Une ode à la force de la femme. Force physique ou mentale. Une ode à sa capacité de résilience. C’est un roman d’une grande simplicité. Un roman bouleversant. Au fil des mots, nous nous laissons emporter par l’histoire de ce bout de femme. Par l’histoire d’une famille. A travers les épreuves, les joies, les rires, les larmes, la chenille devient papillon pour voler de ses propres ailes. Au fil des pages, nous assistons à l’accomplissement, à la naissance d’une femme. En toute beauté. En toute humanité. En toute humilité.

Ma note 18/20

9791092429121   Ed. du 20 décembre   375 p.   20€

 

 

Une nuit à Aden T. 1 & 2 – Emad Jarar – 2018

Quatrième de couverture T.1

« Mon père pensait qu’on « naissait musulman » et qu’être musulman était un statut qui dépendait du Tout Puissant uniquement. Et comme pour se soumettre à ses propres certitudes, il s’était convaincu que l’islam était irréversible en ce qu’il l’emportait sur quelque autre religion; il était de ceux pour lesquels l’islam ne se limitait pas au seul culte, entretenant l’idée qu’être musulman préemptait pour ainsi dire tout autre choix de conscience. Pour lui, le christianisme ne serait qu’un avatar illégitime de son propre héritage, puis qu’il était désormais représenté par la religion vraie et transcendante qu’était l’islam. Sa suprématie sur les autres religions  et cette sorte d’inviolabilité  du statut de musulman semblaient d’ailleurs apaiser ses craintes: elles étaient censées me protéger de toute manoeuvre rusée de la part de ma mère ».

Quatrième de couverture T. 2

« Soudain, le fil de mes pensées cesse, quand dans l’obscurité, je perçois au loin le bruit d’un moteur, arrivant de nulle part; il semble provenir du fin fond de cette nuit: c’est u son aussi fin que le soupir de la nuit si elle pouvait respirer. Il y a que je n’ai plus besoin de tendre l’oreille pour écouter la nuit profonde. De mes mois de captivité et d’isolement, j’ai appris à domestiquer les bruits du silence, à soupeser l’air de ma prison; et je le sens cette nuit-ci plus léger; ou est ce mon corps qui est plus lourd à l’approche de la mort? Oui, l’idée me passe dans l’esprit que ce bruit peut plus facilement transpercer l’atmosphère si fine de cette nuit; c’est celui d’un moteur très au loin, et je l’entends à ne point s’y méprendre. Je me tourne vers la sentinelle: elle dort toujours ».

Mon avis

Naître Palestinien exilé est déjà une particularité. Naître d’un père musulman et d’une mère chrétienne pratiquante est une intrigue. Cette dichotomie pèsera dans tous les actes du jeune héros. A travers l’évocation de sa vie, nous découvrons les lois du Coran telles qu’elles sont établies en parallèle aux actes de ses parents. Ainsi, dans une nuit à Aden, cette particularité religieuse dans la vie de l’auteur est très intéressante et très instructive. Du fait de son statut d’homme citoyen du monde, son raisonnement est-il le résultat de cette situation? Cette dichotomie interne, psychologique entre sa vie et sa religion/ses religions rend la lecture agréable malgré les longues digressions. Ce qui est sûr, c’est que Emad Jarar est un érudit, un intellectuel doué et un théologien.

La lecture se déroule entre histoire personnelle, édits du Coran, de la Sunna, des Hadiths et les proverbes, les citations du monde Arabe. Des citations des plus grands maîtres de la pensée arabophone. C’est un regard plein de tendresse et d’humour qu’il pose sur sa vie et celle de ses parents. Au fur et à mesure de la lecture, une sorte d’addiction s’installe et les pages se tournent avec beaucoup de curiosité. Dans un monde où l’Islam est devenu un objet d’incompréhension, de questionnement, une nuit à Aden est le symbole de la possibilité d’une symbiose entre deux religions monothéistes.

Cependant, Emad Jarar ne parle pas que de religion. Il présente la vie d’un jeune homme sans patrie. Un jeune homme qui est le lien entre l’Orient et l’Occident. Qui mène une vie en fonction de ses antécédents familiaux. Un homme qui vit un amour passionné et passionnel. Il vit cet amour dans l’extrême. Avec douceur. Avec force. Malgré le monde qui s’écroule autour de lui. Malgré sa vie coincée entre quatre murs. Une vie qui s’effrite au nom de l’amour absent. Une vie retrouvée au nom de l’amour absent. Malgré le fanatisme religieux.

Une nuit à Aden fait revivre les moments clés des pays du Maghreb, du Proche et de Moyen Orient. Il s’agit d’une découverte des différents modes de vie de ces régions liées à l’islam et aux conséquences terribles des différentes interprétations des peuples. C’est une plongée dans un monde qui ne laisse pas indifférent. Qui ne laisse pas indemne. Qui permet de comprendre les raisons de la montée de certains courants extrémistes. Une nuit à Aden est un voyage superbe à travers l’amour. A travers les souvenirs. A travers la vie et ses déboires. Un voyage profondément humain. Un voyage d’un homme à la recherche de sa vie. De son destin. Quitte à se perdre à jamais. Quitte à se retrouver pour toujours.

Ma note 17/20

Tome 1 – 97823631588949  382 p.   17€     Tome 2 – 97823631588956   394 p.   19€

 

La bombe – Maëlle Denis – 2018

Quatrième de couverture

Suite à un gage, Suzanne entreprend de faire la connaissance de Sayid, nouveau dans sa classe et déjà considéré comme un paria par ses camarades. Ce qui a commencé comme un désagréable défi à relever se mue rapidement en amitié, et l’envie d’en savoir plus sur ce garçon mystérieux et taciturne devient sincère et authentique. Mais le jeune homme tient à ses secrets et son passé demeure obscur… Qui est vraiment Sayid Zebary?

Mon avis

L’histoire d’une amitié. Un peu bancale. Mais une amitié quand même. Deux jeunes enfants. Presque adultes. Deux histoires de vie différentes. Deux destins. Une amitié aux prémices timides. Maladroits. Qui est le nouveau? D’où vient-il? Pourquoi est-il  là?  Deux êtres très différents. L’un quasi mutique. L’autre bavard. Deux êtres qui vont s’apprivoiser dans une longue danse virtuelle. Deux adolescents, face l’un à l’autre, tentant plus ou moins facilement  de se découvrir. De s’apprivoiser. De s’apprécier. Au plus grand dam de certains de leurs proches. De leurs amis.

Les mots sont doux, au début. Délicats. Avant de s’endurcir. Chacun vit avec un secret. Lourd. Qui ne peut être confié. Que se passerait-il si tout le monde savait? Sayid aurait-il toujours sa place au sein de la société? Une société loin des horreurs de la guerre. Une société qui, pourtant, subit le terrorisme. Lorsque les Editions du Panthéon m’ont envoyé ce roman, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Le titre m’avait interpelée.  J’ai découvert une pure merveille. Un roman qui ne laisse pas intact, qui ne laisse pas indifférent.

La bombe nous entraîne dans le monde de la violence. Violence que la société subit avec rage. Avec douleurs. Avec colère. Avec larmes. Une violence qui détruit l’être, l’âme. Une violence qui fait de certaines personnes des morts-vivants. Des morts-vivants entrainés. Téléguidés. Pour le pire et encore le pire. L’histoire est pleine de suspens. Au fur et à mesure de la lecture, le voile se lève sur un monde que l’on peine à imaginer, même si la réalité n’est un secret pour personne. Pour le plus grand malheur du Monde Entier. Un monde où l’innocence se liquéfie  et les sentiments s’évanouissent sous les brimades, les coups, la torture physique et mentale. Qui est vraiment Sayid? Quel est son rôle dans ce monde anesthésié où la mort, omniprésente, est ordonnée/donnée par contrat interposé? Quelle serait la réaction des gens qui l’entourent et qui l’aiment?

La bombe est un roman écrit à deux voix. Deux visions différentes de l’histoire. Visions si proches et si éloignées. Deux réactions. Deux consciences qui soupèsent les mots, l’environnement. Les actes. Deux consciences troublées par une violence si différente mais qui brise l’âme de la même manière. La conscience qui anesthésie l’Humain et le pousse à faire comme si le mal n’existait pas. Maëlle Denis a su décrire des évènements qui brisent sporadiquement notre société. L’éclaboussant de sang pour déclencher la haine. Cette haine si forte que certains réussissent à insinuer dans les cœurs, les âmes, dans les humains fragiles. Y arriveront-ils un jour? Espérons que non….

Ma note 20/20

9782754741446   Editions du Panthéon   235 p.   18,90€

L’étrangère – Françoise Belloir – 2017

Quatrième de couverture

Septembre 2011 _ Leila vient s’installer chez son compagnon. Mais quand celui-ci retourne en Tunisie à la recherche de son frère, elle est confiée à Rachid et Jasmine à Saint-Denis. Cependant, son amour ne revient pas, et Leila veut conquérir son indépendance, surtout depuis que Rachid, véritable intégriste, montre son vrai visage.

Mon avis

Quitter son pays est toujours une déchirure. Quitter sa famille, ses amis, sa vie, ses repères est une blessure qui met du temps à cicatriser. Les bleus à l’âme sont trop nombreux. Le pire est d’arriver dans un monde où la communication est impossible. Telle est la situation de Leila, jeune épouse Tunisienne. Une femme qui a une soif de connaissances, une soif inextinguible de vivre, de se faire des amis. Y arrivera t-elle? Le destin veille. Il joue parfois des tours. Pas forcément sympathiques. Leila l’apprendra bien vite. Que se passe t-il autour d’elle? Quelle sera sa vie sur le sol français? Pourra t-elle faire un pied de nez au destin?

L’étrangère est superbe de force. De la force d’une femme. De la force de l’amour d’une femme. De la force d’une femme qui refuse de renoncer. Nous découvrons une vie côté yin et une autre côté yang. Deux couples aux mêmes origines, mais à la vie si différente. L’étrangère est superbement écrit et emporte le lecteur dans un monde où la peur est crescendo. Un monde où la liberté se gagne à la pince à épiler et où il faut se battre bec et ongles pour la conserver. L’entrée dans ce monde trouble se fait au fil des pages. Avec lenteur mais avec sûreté. Les chapitres nous entrainent dans l’intimité des traditions, des coutumes, des travers de l’homme. De sa faiblesse. De sa force. De sa cruauté. Que deviennent Leila et Jasmine dans ce monde incertain? La lecture se fait d’une traite et les mystères sont nombreux. Le suspens dure jusqu’à la dernière ligne. Jusqu’au dernier mot.

Françoise Belloir, avec beaucoup de pudeur aborde les problèmes contemporains. Cette subtile manière d’engendrer le changement chez l’Humain. D’une manière insidieuse. Sournoise. Qui pousse l’autre à devenir un étranger face à ses amis. Face à sa famille. Face à lui-même. Finalement, quand on referme l’étrangère, une question se pose: finalement, les personnages ne sont-ils pas tous des étrangers à la recherche de leur ego?

Ma note 17/20

9782754736961  Ed. du Panthéon  189 p.  17,90€