Marcher sur son ombre – Isabelle Mercat Maheu – 2018

Quatrième de couverture

Marcher sur son ombre est aussi paradoxal que de jouer aux échecs contre soi-même, selon Stefan Zweig. C’est pourtant ce que s’obstine à faire Fabien dans sa maison d’arrêt. Mais aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres, c’est le dernier. Il attend la venue de sa femme et de sa fille. Toutes deux sont dans le train en route vers Grenoble. Elise a la vitalité des enfants de son âge. Le paysage qui défile suscite en elle mille pensées : l’école et ses copines, sa grand-mère libanaise, ses parents, sa chienne. De son père elle s’approche prudemment, au fur et à mesure que les kilomètres diminuent. Fabien, lui, est immobile. Il songe à son travail, à la femme qu’il aime et à leur fille, tandis que surgissent des souvenirs épars de sa détention. Certains prisonniers se sont révoltés ou ont inventé des ruses pour garder le moral, mais lui-même est resté durant trois ans comme étranger à tout.

Chronique

Ressasser des souvenirs lorsque l’on est enfermé entre quatre murs, semble logique. La prison est peut-être un moteur à mémoire. Cependant, qui est cet homme? Qu’a t-il fait pour se retrouver dans cette prison? Il semble ne jamais pouvoir s’y adapter.  Mais la sortie est proche. Comment se passeront les retrouvailles avec les siens? Comment arrivera t-il à s’adapter à ce monde  qui a continué à tourner sans lui? Surtout, comment va t-il être accueilli par sa fille qui a grandi sans lui?  Pas si simple.

Les mots sont poétiquement durs. Merveilleusement tristes et déchirants. Marcher sur son ombre est une histoire qui prend aux tripes et ne vous lâche pas. Une histoire racontée à deux voix, doucement tristes. Tendrement fortes. Deux êtres, un père et sa fille, qui se sont perdus de vue et ne savent pas comment se retrouver. Deux êtres que le temps a éloigné et que les regrets, les remords, la colère font douter. Angoisser. Deux êtres qui ne savent pas comment raccrocher les wagons de leur vie. Un peu de colère d’une enfant? Peut-être. Beaucoup de regrets paternels? Sûrement.

Marcher sur son ombre est l’histoire d’une douloureuse absence. Celle de l’autre. D’une vie sans l’autre. D’un manque de contact avec l’autre. Le temps égrène les douleurs. Les absences. Les regrets. Les espoirs ténus. Les fortes angoisses. C’est une discussion en décalage entre deux personnes qui ne s’en rendent pas compte. Peut-être des retrouvailles branlantes? Avec un temps pour se reconnaître et pour remettre les émotions à leur vraie place. Une sortie de prison qui sonnera peut-être comme une page blanche à réécrire à trois.

Note 18/20

9782490580002    Ed. Le Chant des voyelles    174 p.    16€

 

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